> La revue des belles lettres, 1 et 2, 2015

La revue des belles lettres, 1 et 2, 2015

Par | 2018-05-25T09:22:21+00:00 4 mai 2016|Catégories : Revue des revues|

 

Marion Graf, que nous connais­sons comme tra­duc­trice des œuvres de Robert Walser, dirige cette très belle revue qui est une ins­ti­tu­tion. Il semble que, dans notre chère fran­co­pho­nie, ce sont les marches et autres péri­phé­ries qui savent conci­lier la lon­gé­vi­té et la bonne san­té.

En témoigne ce numé­ro consa­cré aux poètes de la caraïbe. Avec l’ambition, non de « s’ouvrir à l’exotisme et à l’étrangeté » mais « à une forme de connais­sance par­ta­gée ». Qu’il est bon de par­ta­ger ain­si ce spi­ci­lège qui com­mence par la géo­gra­phie de Césaire :

Îles mau­vais papier déchi­ré sur les eaux
Îles tron­çons côte à côte fichée sur l’épée flam­bée du Soleil

… et s’achève par le Guyanais Élie Stephenson : J’écris ce poème pour vous /​ Qui por­tez le cœur de vos hommes /​ Et leurs pas et leurs bles­sures /​ Vers le pays que vous rêvez /​ Le soleil que vous inven­tez

Belle ren­contre, beau par­tage, avec entre autres Frankétienne, Lionel Trouillot, Édouard Glissant et sa Déroute des sou­ve­nir. Une tou­chante lettre de Yacine à Glissant… C’est un choix réflé­chi, au ser­vice des auteurs et d’une véri­table uni­ver­sa­li­té res­pec­tant les sin­gu­la­ri­tés. L’Haïtien Coutechève Lavoie Aupont donne une irré­sis­tible lettre à son chien :

Une foule c’est du monde
Du monde c’est beau­coup
Et beau­coup ça trans­pire

Le lec­teur gyro­vague appré­cie­ra le CD qui accom­pagne la revue : écou­ter telle poé­sie incar­née en voi­ture quand on patiente sous les affiches et les bri­se­vues est tout bon­ne­ment robo­ra­tif.

Ce numé­ro s’ouvre par un cahier poé­tique et ico­no­gra­phique du Malgache Marcel Miracle : L’haile de l’irondelle /​ Pardon /​ L’aile de l’hirondelle /​ Dépasse tou­jours du ciel /​/​ C’est une vir­gule d’encre /​ qui ne sèche jamais.

°°°

Franck Venaille est l’invité du deuxième numé­ro. La « matière même du rêve », dont la sono­ri­té inau­gu­rale d’incertaine voyelle fait vaciller, « au petit jour il ne sait tou­jours pas quelle est son iden­ti­té véri­table ».

Je fus cet homme élé­gant
du moins le pen­sait-on. De braves per­sonnes.
Et tout autour de nous, le mys­tère entier, ce don des oiseaux nés ici.

Des essais accom­pagnent ce long poème, celui d’Alain Madeleine-Perdrillat com­men­çant par « Dans tous le livre (La Bataille des Éperons d’or) règne une sorte d’état de guerre géné­ral… », et celui de Pierre Voélin écri­vant du bate­lier de l’Escaut : Une âme, ô com­bien haras­sée, mais sur­vi­vante.

Après le « beau gris de fer » de Venaille, le cahier ico­no­gra­phique est consa­cré au « ver­millon » de Claude Garache.

Il est à noter une très inté­res­sante cri­tique de Jean-François Billeter de l’Anthologie de la poé­sie chi­noise parue en Pléiade. L’auteur offre de com­pa­rer pra­ti­que­ment des tra­duc­tions de ce livre et les siennes « en pre­mière approxi­ma­tion », les­quelles pour moins fidèles sont belles et piquantes à lire. En huit pages, une excel­lente leçon de pas­sage de fron­tière, concrète et modeste.

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