> Le numéro 63 de la forte revue Diérèse

Le numéro 63 de la forte revue Diérèse

Par | 2018-02-19T07:15:29+00:00 24 septembre 2014|Catégories : Revue des revues|

63e numé­ro de la revue Diérèse, près de 350 pages de poé­sie et de lit­té­ra­ture… Chapeau ! Qui n’a jamais réa­li­sé concrè­te­ment de revue de poé­sie ne peut pas se rendre compte de ce que cela signi­fie, sur le plan de l’abnégation, du cou­rage ; de la géné­ro­si­té, sur­tout. Merci à vous, Daniel Martinez et Isabelle Lévesque pour toute cette géné­ro­si­té, ce temps per­son­nel, ces parts de vie consa­crées à la poé­sie d’autrui. Car, en effet, ain­si que le pro­pose l’exergue du numé­ro que j’ai en mains, des mots du poète Bernard Noël : « La beau­té n’est jamais ce qu’on avait cru, c’est une sur­prise que nous font nos yeux ». Cela me fait pen­ser à ces répliques de films de genre, du type : « il y a deux types d’acteurs dans le monde (de la poé­sie), ceux qui brassent du vent avec leur bouche et ceux qui agissent (envers l’autre) ; les pre­miers répètent en dode­li­nant de la tête « tolé­rance », « amour »,  « poé­sie », « sub­ven­tions » (le mot « ma », « ma », « ma », évi­dem­ment résonne dans le cer­veau et on a du mal à l’empêcher de sor­tir par acci­dent), les seconds posent des actes. Dans le réel. Dans le concret. Je pense pour ma part que seuls les actes comptent vrai­ment, ce qui reste fina­le­ment. Le reste… Les bavar­dages…

L’être humain est ce qu’il fait.

Les mots… On peut bien se payer de mots…

C’est pour­quoi, de mon point de vue, la revue Diérèse compte. On ne se paie pas de mots creux dans cette belle et forte mai­son. On donne à lire, jugez du « peu » ! de et/​ou sur : Pierre Dhainaut, poète essen­tiel ren­dant hom­mage à Rüdiger Fischer, Michaël Krüger, Hanne Brammes et Bai Juyi, dans la par­tie « poé­sies du monde ». Superbe ! Bien d’autres choses évi­dem­ment, et je ne vexe­rai pas en ne citant pas toutes les beau­tés qui émaillent les pages (maté­rielles) de Diérèse : Luce Guilbaud, Nathalie Riou, Isabelle Lévesque, Raphaële George, pré­sen­tée par Jean-Louis Giovannoni et Isabelle Lévesque, très bel ensemble, pour le moins. Jean-Louis Giovannoni qu’on lira par ailleurs dans le tout récent et frais numé­ro de la revue Europe (Il semble, si nous com­pre­nons bien, que nous avons des désac­cords mais cela ne nous empê­che­ra pas d’affirmer haut et fort que Giovannoni est un poète majeur). Et puis… et puis… Gilles Lades, Marie Huot, Hubert Lucot, Jean-Jacques Nuel, des notes, des chro­niques….

Une revue à lire, et à se pro­cu­rer. 

Cela ne signi­fie évi­dem­ment pas que nous devons être en accord avec tout ce qui est écrit dans Diérèse. C'est que, démo­crates assi­dus, nous aimons les échanges d'idées, le débat, la confron­ta­tion des valeurs diverses et la richesse des visions du monde. Et nous ne dou­tons pas un ins­tant que cet état d'esprit soit lar­ge­ment par­ta­gé dans le milieu de la poé­sie. Débattons. Ainsi, de ce sen­ti­ment expri­mé par Daniel Martinez selon lequel sai­sir un livre tien­drait de l’archéologie… Nous pen­sons, nous, que conte­nu et conte­nant ne sont pas à confondre. Un livre, ce n’est pas seule­ment un objet, un livre c’est ce qui vit dans l’objet. C’est cette vie là qui est vivante, et elle peut voya­ger sous bien des formes. De même, nous ne croyons pas un ins­tant que l’acte de lire soit en voie de dis­pa­ri­tion ou « une vieille aven­ture ». Et même, nous pen­sons qu’il y a par­fois une sorte de res­sen­ti­ment à croire cela, devant les trans­for­ma­tions en cours (ce n’est pas ce que dit ou laisse entendre Daniel Martinez, au contraire, j’élargis mon pro­pos à une modeste par­tie de l’air ambiant). Toute trans­for­ma­tion, bien sûr, n’est pas par nature bonne. Elle n’est pas plus par nature… mau­vaise ! Nous pré­ten­dons, nous, que l’humain occi­den­ta­li­sé lit aujourd’hui autant qu’hier, et il n’est pas le seul en plus. Autant mais… autre­ment. Et alors ? La lit­té­ra­ture ne va pas ces­ser d’être parce que mon mode d’être lec­teur se trans­for­me­rait. Prétention que cela… Qu’elle soit, qu’elle évo­lue, qu’elle vive ! Et ce, sous tout sup­port pos­sible et ima­gi­nable. La lit­té­ra­ture vit même dans les condi­tions les plus effroyables, que l’on pense aux manières de dif­fu­ser des écrits dans les pri­sons et/​ou les pays où la cen­sure est à l’œuvre… À ce sujet, mer­veille par­fois de la nou­veau­té : on peut écrire et dif­fu­ser ses écrits, on peut lire sur sup­port vir­tuel… là où le papier ne peut être dif­fu­sé, Etats poli­ciers et autres… Ainsi, Recours au Poème a des lec­teurs dans les pires dic­ta­tures de la pla­nète, lec­teurs qui par­viennent (grâce au numé­rique) à nous com­mu­ni­quer leur bon­heur d’avoir accès à ce qui s’écrit et se pense au-delà des bar­rières de leurs fron­tières… lec­teurs qui découvrent, par exemple Diérèse, dans nos pages. Je parle ici de deux pays d’Asie.

Le vrai sou­ci n’est pas là. Le sou­ci est dans l’état de l’esprit qui semble avoir sai­si le col­lec­tif que nous sommes ou serions, cette espèce de moro­si­té qui paraît s’abattre sur tout un cha­cun, pour diverses et sou­vent sombres rai­sons. Mais… depuis quand l’être humain oublie-t-il que la vie est faite d’espoir, de chan­ge­ments, de trans­for­ma­tions per­ma­nentes ? Les modes d’accès à la lit­té­ra­ture évo­luent ? Grand bien leur fasse ! Et grand bien pour la lit­té­ra­ture, et les livres. Sous toutes leurs formes ! Car un livre est… un livre. Et une revue est une… revue. Le papier ne meurt pas du numé­rique, il meurt (ou pense mou­rir. Nous pen­sons nous, qu’il n’en est rien) de cet état de l’esprit.

Car… « La beau­té n’est jamais ce qu’on avait cru, c’est une sur­prise que nous font nos yeux ». Oui, c’est exac­te­ment cela.

Diérèse.
Daniel Martinez.
8 av. Hoche. 77330 Ozoir-la-Ferrière
Abonnement : 40 €
Le numé­ro : 15 €

 

 

 

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