> Le scalp en feu (1)

Le scalp en feu (1)

Par |2018-10-16T07:52:08+00:00 25 mai 2012|Catégories : Chroniques|

Le Scalp en feu est une chro­nique irré­gu­lière et inter­mit­tente, dont le seul sujet, en rai­son du manque et de l’urgence, est la poé­sie. Elle ouvre six fenêtres de tir sur le poète et son poème. Selon le temps, l’humeur, les néces­si­tés de l’instant ou du jour, son auteur, un cynique sans scru­pules, s’engage à ouvrir à chaque fois toutes ces fenêtres ou quelques-unes seule­ment.

UNE PENSEE

« La poé­sie n’est jamais fic­tive ». (Frédérick Tristan)

Même néga­tive, cette ten­ta­tive de défi­ni­tion de la poé­sie est une des plus pro­fondes par­mi toutes celles que j’ai ren­con­trées. On la reli­ra dans Le retour­ne­ment du gant – (Entretiens avec Jean-Luc Moreau, p. 73, Fayard, 2000).

Il me faut faire un ou deux pas de plus.

Oui, bien enten­du, la Poésie de l’un ou l’autre, tel ou tel de ses poèmes, avant que d’être écrits, puis figés dans les pages d’un recueil, ont d’abord tis­sé un lien pro­fond avec son exis­tence, sa tem­po­ra­li­té sur terre, ses amours, ses goûts et ses dégoûts, ses révoltes… En somme, ce que l’on résu­me­rait par l’expérience, la part non-fic­tive de l’homme, de la femme qui se sont décla­rés poètes.

Mais s’ouvrent aus­si­tôt un champ de mines et le jeu de vie ou de mort. De ce lien, de cette expé­rience, le poète peut n’avoir fait que le théâtre de ses opé­ra­tions intimes, le lieu où, habile stra­tège, avec plus ou moins de dis­cré­tion il sol­li­cite l’admiration de ses géné­raux et celle des géné­raux qu’il aura vain­cus. On résume cette posi­tion, d’ordinaire, par poé­sie nom­bri­liste. À moins qu’il ne s’agisse de poé­sie imi­ta­tive, car il n’est pas exclu que le mili­taire des Lettres s’inspire d’autres stra­tèges des temps anciens, les Gengis Khan, les Alexandre, les Scipion, les Napoléon du verbe poé­tique… Que n’est-on capable de faire, en effet, pour être encen­sé ! Souvent, cette poé­sie-là perd ses bras, ses jambes et sa vie sur les ter­rains où elle fait mine de com­battre. Elle périt car elle est péris­sable.

 L’autre cas, plus rare il me semble, est celui du stra­tège qui n’entre en lutte, en poé­sie donc, que pour sau­ver les siens, je veux dire les hommes. On ne sauve qu’en ral­liant les peines de tous, les enthou­siasmes de tous : en par­ta­geant, en somme. C’est dire que cette « expé­rience », cette part non-fic­tive, est hau­te­ment trans­mis­sible et clai­re­ment à trans­mettre. Partagée, elle n’est plus fic­tion de soi. Qu’elle s’appuie sur la beau­té ou l’horreur, l’amour ou la détes­ta­tion, la colère ou la célé­bra­tion, qu’importe…  les com­bat­tants, et der­rière eux la foule, pas­se­ront à tra­vers le champ miné et tout le monde res­te­ra en vie.

 LE POÈME

C’est « La chan­son des che­veux dénat­tés » de Jaroslav Seifert, poète pra­guois, tchèque et uni­ver­sel, parue dans le recueil Le concert en l’île et autres poèmes, publié en tra­duc­tion[1] chez Belfond, en 1986, avec une pré­face d’Hubert Juin.  Seifert reçut le prix Nobel de Littérature en 1984. Ce n’est pas pour cette rai­son que Le Scalp en feu le met en exergue, mais parce que son enga­ge­ment ne fut pas de façade et que la vie est au cœur de sa poé­sie.

Hubert Juin nous en dit ceci : « Pas de tumulte, ici. Pas de rhé­to­rique écla­tante ou indue. Pas d’éclat, jus­te­ment. Cette mesure par­tout appli­quée est plus ter­rible que les cris. C’est ain­si, je crois, que che­mine la poé­sie de Seifert, s’avançant dans la pro­fon­deur. Elle a par­tie liée avec le quo­ti­dien, avec l’homme de tous les jours… »

– Donc, pour­quoi Seifert ?
– Eh bien… « la pro­fon­deur »… « le quo­ti­dien »… « l’homme de tous les jours »…  Nous tous.
– Et pour­quoi ce poème et non un autre ? 
– Pour la Femme, qui se trouve en son centre. Pour la beau­té Femme intime, sa beau­té cos­mique.
 

La chan­son des che­veux dénat­tés

Sans talons, dans des pan­toufles de vair doux
bougent des jambes de femme.
Mes yeux refusent le som­meil.
Quand elle a rejoint la fenêtre, elle s’est assise
dans ses pan­toufles de vair doux.

Elle cache son fou­lard de soie, plus lourd de quelques larmes,
là où il fut aupa­ra­vant.
Combien pèse une larme ? Cela fait rire !
Comme est pesante cepen­dant la soli­tude d’une nuit plus lourde de quelques larmes.

Il pleut en silence, le che­veu de son par­fum
vers les ron­deurs de ses épaules de colombe,
et le peigne sou­le­vé par la main
regagne en des­cen­dant la tresse
des che­veux de ce par­fum.

Elle cou­vri­ra la tempe de sa beau­té,
Sous la cam­brure d’un bras. Légèrement,
pour la nuit, elle refait ses tresses défaites il y a un ins­tant,
sur la tempe de sa beau­té.

 Jaroslav Seifert

 LE POÈTE

Gaston Marty est le Poète.

Non parce que je l’avais ren­con­tré, il y a des années aujourd’hui, sans m’être dou­té de rien. Il ne m’avait pas don­né alors l’occasion de devi­ner quoi que ce fût. Il fut mon pro­fes­seur de péda­go­gie de l’espagnol, langue et culture que je m’apprêtais à ensei­gner pen­dant des dizaines d’années. Il pra­ti­quait, ô com­bien ! son métier, j’apprenais le mien. C’est une autre ren­contre, celle que je fis des Éditions de l’Atlantique, sises à Saintes, en Charente-Maritime, qui me per­mit de le retrou­ver : il y publiait des recueils de poèmes. Nous refîmes connais­sance sur cet autre ter­rain, comme dans une « autre vie » qui s’ouvrait.

En pre­mier lieu, je reprends ici des notes que la revue en ligne La Vie lit­té­raire avait accueillies lorsque ne lui avait pas suc­cé­dé encore La Cause Littéraire. Et aus­si j’y détaille un peu plus les cir­cons­tances de ces retrou­vailles inat­ten­dues.  

En second lieu, je cite­rai quelques poèmes de Gaston Marty, qui nous parlent de l’ici et du main­te­nant, mais aus­si de l’hier et de l’ailleurs.

 I – QUATRE SAISONS UN DÉSIR  de Gaston MARTY

Aux Editions de l’Atlantique, Collection Phoïbos, 2009

Gaston Marty fut mon guide lors de la pré­pa­ra­tion de concours des­ti­nés à faire de moi un pro­fes­seur d’espagnol, il y a de cela quelque temps ! C’était à Orléans. Un heu­reux hasard  – ma ren­contre avec les édi­tions de l’Atlantique, pré­ci­sé­ment – a per­mis que nous nous retrou­vions. La France est petite et grande à la fois : ce maître excellent était donc aus­si poète ! J’aurais bien dû savoir que, pour beau et exal­tant qu’il soit, le métier de pro­fes­seur (c’était ain­si qu’il était alors, et j’espère qu’il l’est res­té en dépit des bruits sinistres qui courent ici et là !), s’il fait dans bien des cas la tota­li­té d’un homme, lui ouvre cepen­dant assez de portes pour qu’il puisse, s’il en a la force et le désir, se réa­li­ser dans une vie plus ample, à d’autres mesures.  Je suis donc repar­ti sur la piste de Gaston Marty, elle me condui­sit vers le sud, là où il vit désor­mais, occu­pé d’une revue de créa­tion lit­té­raire – Souffles -, et de sa propre poé­sie. Son recueil des Quatre sai­sons n’a rien d’horticole et tout de ce plus vaste désir. Son édi­trice pré­sente ain­si sa poé­sie : « [Elle] est pleine de com­pas­sion et d’humanité…  celle qui s’interroge et inter­roge le sou­ve­nir. Il faut y ajou­ter une langue par­fai­te­ment ori­gi­nale et des images qui nous enchantent, fai­sant vibrer en nous la mémoire per­due. » (Silvaine Arabo).

Une langue, oui, et qui sonne, claire, sur ce temps du sou­ve­nir, par­fois d’une nos­tal­gie vite rap­pe­lée à la tenue, à la noblesse dis­crète de l’allure et du dire… Genio y figu­ra ! – quelque chose d’espagnol peut-être,  de simple et d’essentiel :

La vieille femme se tient buste droit
…………………………………………………
Je savais en sa cui­sine trou­ver salon
Aux reflets de feu sur mosaïque gau­che­ment répa­rée.
Table aus­si que l’on touche à regret
Par peur de bles­ser la nappe et défleu­rir le temps.
Accourez mai­son inache­vée mémoire fidèle
La femme étiole les fleurs chan­gées de vase faux cris­tal.

On le pressent, plus que les quatre temps de l’année, c’est le temps tout entier qu’emportent avec eux ces vers d’autant plus libres qu’ils se vêtent de rigueur et fuient toute emphase. La force en est telle qu’ils nous emportent aus­si dans ce temps élar­gi, même ceux d’entre nous qui n’en auront res­pi­ré que de loin­tains effluves, ou même n’en auront rien res­pi­ré. Sa poé­sie me semble avoir été de long­temps den­si­té, cris­tal­li­sa­tions, prises secrètes dans et sur un réel sans cesse à sai­sir, énigme de nous-mêmes que l’énigme d’un tour inat­ten­du tente d’ouvrir pour nous le révé­ler. En témoignent ces dis­tiques bleu­tés et sus­pen­dus, dans l’attente des lec­tures révé­la­trices :

Il n’était plus ici rumeur de ville
mais pierre bleue un extrait de jour et nuit

Cassant comme une falaise dussent y foi­son­ner les nuages
je m’essayais à ce bleu brus­qué ou sans trouble

Parfois enfoui bleu de la plus belle eau
et en sa qua­li­té la remon­tée des oiseaux

Haut nouage (2001)

Dans l’attente du miracle d’adolescence, de ce que le jour déraille enfin, de ce que nous nous appro­priions un autre monde, celui du par­tage, son visage et notre autre visage… Ainsi dans les proses brèves de « L’onde et la braise » (1988) : « On nous dit de par­ta­ger mais quelles miettes si par esca­pade nous décou­vrons de quelle rivière sourdent les ver­dures aux visages de feuilles. Il suf­fi­rait j’imagine de sup­plier le monde d’entrer en poé­sie ou suivre au matin délié la bruine alliant prai­ries pelouses cœur des sar­ments pour qu’entre nuit et jour réver­bère et soleil émer­gé le train de l’aube brise ses aiguillages. »

Faisons retour à ces « Quatre sai­sons un désir » que viennent de publier les Éditions de l’Atlantique. Ce pour­rait être notre livre d’heures, celui des heures conden­sées, ras­sem­blées, d ‘une exis­tence qui suit son tra­cé aven­tu­reux quoique posé, médi­ta­tif et son­geur. Non livre de prière  – encore que la vie demande qu’on la prie de nous lais­ser la goû­ter plei­ne­ment -,  mais livre célé­bra­toire, sous sa tenue de tra­vail et de parade intime. En témoigne l’exergue, emprun­té à Alain Fournier : « Au vent de cet hiver qui était si tra­gique et si beau ». J’y devine tout un siècle qu’on ne se rési­gne­ra pas à jeter aux chiens en dépit qu’il fut si dif­fi­cile. On y prit le meilleur dans sa sou­dai­ne­té :

Nos dan­seurs jour et nuit de la Saint-Jean
n’avaient envi­sa­gé les mépris de plus tard
les hori­zons se cou­chant leur suf­fi­saient.
Adolescence telle une rafale
et la pierre jetée dans l’eau sous forme de galet
repart de la sur­face qu’il caresse.

On y avan­ça, en ce siècle-là, de cent façons, tou­jours en quête d’une forme nou­velle du des­tin, d’une espé­rance dans les mots mêmes des livres :

L’errance fut celle d’un pié­ton du sable
au ren­dez-vous de la voile conquise.
Sous la poudre volante cris­saient rues pla­tanes
par­quets rues en beau désordre.
………………………………………………………..
Il nous reve­nait de ral­lier quelques livres suprêmes
ave­nues et appar­te­ments d’un exil tour­né en rési­dence.
Pâques se com­plaît à inter­ver­tir pages et mur­mures
dor­meuse buée regard fixe des mots.

L’exil est rési­dence. Brève et pro­vi­soire sans doute. Gaston Marty s’arrête et repart aus­si­tôt. « Le par­cours levé tôt appri­voise le loin­tain /​ une jour­née si longue nous ver­ra ailleurs. »  Le secret est dans cette per­pé­tuelle mobi­li­té, qui aide à com­prendre et accep­ter :

Il est jours tel­le­ment gre­nus que même
la chan­son de plainte s’y per­dra
jours étouf­fés dans la nuit.
Commandeur de la mer et la mort
le temps à dos d’homme se désha­bille peu à peu
le temps se mêle à nos foules croi­sées
d’un air de léger com­pa­gnon.

Et si pèse l’inéluctable hiver, s’il convient de le regar­der en face : « La suite va être un hiver sans échap­pée /​ impo­sant la pierre sous forme de pierre /​ ou d’eau gelée jusqu’à la pro­fon­deur des mai­sons.’, si « Le papillon perd dans nos mains la poudre de ses ailes »…, reste à se dépouiller de l’inutile « en un regard infi­ni », à trou­ver « un ver­ger aven­tu­ré aux fron­tières pos­sibles », car « Arrive l’heure des temps paci­fiés /​ s’épanche le suc de l’arbre qui craint la gelée /​ notre marche nous mène à des fau­bourgs oran­gés. »

Livre d’heures de Gaston Marty, oui, ou « Saisonnier », image d’une vie expri­mée en ses quatre étapes sym­bo­liques, haute pen­sée, stoïque et espa­gnole quant à la pro­fon­deur, sen­sible et lumi­neuse tel un grand ciel variable, émou­vante en son dire fluide et mesu­ré, au plus près du phé­no­mène de notre exis­tence prise dans ses fron­tières d’espace et de temps, mais libre celle-ci parce qu’elle se dit et s’écrit infi­ni­ment, heu­reu­se­ment :

Au milieu d’une puis­sante immo­bi­li­té des choses
S’élèvent les feux tres­sés du bon­heur.

                                      *

II – QUATRE POÈMES

(Extraits de L’ombre de par­tage)

Même sans signet l’œuvre s’épanouit à la juste page
puis devien­dra un vais­seau d’oubli.
Une feuille emporte la feuille pré­cé­dente
Il en est qui fuient devant l’auteur muet
pour­sui­vi par les soleils.
Aidons les yeux très neufs à déchif­frer
les livres capables d’être suprêmes.
Pour qui choi­sit cet esseu­le­ment d’écrire
le libre texte se mire dans l’illimité
de l’après-midi.

                                      *

 Nous voi­ci déser­tés

Nous avons eu l’insigne noblesse d’échouer
à flanc de gare et bal­cons à l’entour.
Une houle de trains ralen­tis enlace de loin
les mai­sons émer­geant de brumes enso­leillées.
Simple pas­sage ou arrêt durable le récit de branche
craque en sève gla­cée d’un prin­temps sans mer­ci.
Bifurcation des rails essai­mant à cette approche
ou débor­dant au-delà de la mar­quise.
Les trains immo­biles boivent les sai­sons.

                                      *

Nous sou­hai­tons à ce ciel volutes pour oiseaux
s’envolant des ter­rasses à l’envers des nuits.
L’espace se lève entre toits
et arrières de demeures
que la mer a vio­la­cées et défroisse.
Carrefour invi­sible entre les toi­tures
Divers élans s’y croisent
le temps d’une corolle.
Délectation de ne pas savoir où point le jour
tant la cour pos­sède de façades vitrées.

                                      *

Cette dis­tance nuage à nuage occupe
une belle part de l’après-midi
sus­cite vil­lage d’embarquement et abor­dages ter­riens
pré­sence fra­gile de la voix.
Tellement le sou­ve­nir regroupe les visages
le temps reste en retrait
de part et d’autre de nos vies.

_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​.

Gaston Marty a aus­si écrit et publié : L’onde et la braise (La Nouvelle Proue, 1988) ; En cet azur de grises cava­lières (Académie euro­péenne du livre, 1991) ; Conteuse d’orage (Poésie sau­vée, col­lec­tion, 1995) ; Vers des fau­bourgs oran­gés (Ed. du Panthéon, 1995) ; Jusqu’au der­nier soleil (Collection Lucarne sur, 1988) ; Comme un affût endor­mi (Collection Lucarne sur, 2001) ; Haut nouage (Cahiers Froissart, Valenciennes, 2001) ; Quelques demeures inquiètes (Collection Lucarne sur, 2002) ; Une bras­sée au plus près du feu (Ed. Encre & Lumière, 2003) ; Visage de source (Littérales, 2006) L’ombre de par­tage (Souffles, 2008). Il a été cou­ron­né à de nom­breuses reprises, entre autres du Grand Prix de la Compagnie des Ecrivains médi­ter­ra­néens de Montpellier (1986) ; du Prix Comtesse de Mauléon Narbonne (1987) ; du Grand Prix de la ville de Béziers (2003)…

Toujours aux Éd. de l’Atlantique, pro­chai­ne­ment, sera publié de Gaston Marty le recueil : À cette ville qui sut boire ses amants, sable et vent.

AUTRE(s) CHOSE(s)

Il m’a tou­jours sem­blé que la poé­sie, pour « tenir », doit tenir à ma vie, à mon être caché, puis visible, celui de mes songes et de mes actes. Elle tisse le lien de cohé­rence.

Bien qu’elle puisse y don­ner de belles images, de jolies musiques, sa demeure n’est pas la rhé­to­rique.

                                      *

« Un grand cor­beau tra­verse le ciel du XIIIe arron­dis­se­ment. Il se dirige vers le Panthéon et les tours loin­taines de La Défense. Il ne laisse der­rière lui aucune trace, aucun sillage. Il ne le sait pas et le sau­rait-il qu’il n’en aurait cure. » ( Faits & Gestes, car­nets, 2012 )

C’est en mars de cette année 2012. L’hiver va finir. Le ciel est déga­gé. Je vois le cor­beau et l’inscris en ma mémoire. Il s’éloigne, point se minus­cu­li­sant dans l’espace blanc. Où va-t-il ? Où va-t-il si loin, si sûr de son cap ? Cherche-t-il l’introuvable vie ? Sait-il, là-bas, un port d’arrivée, un peu­plier que seuls connaissent les grands cor­beaux ? L’émotion me sai­sit de cette soli­tude infi­nie. De cette force aus­si l’image me pour­suit et me peuple.

                                      *  *

À pro­pos des mau­vais poètes : « […] évi­dem­ment, per­sonne n’a jamais eu le cou­rage de sug­gé­rer ce que l’on devrait faire aux petits oiseaux qui ne savent pas chan­ter et qui chantent quand même. Il semble ne pas y avoir de sug­ges­tion pos­sible, à part leur tirer des­sus. »

G. K. Chesterton, De la mau­vaise poé­sie  _​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​.

 Extraits d’un  « Petit Vocabulaire de sur­vie, contre les agé­lastes et la timi­di­té dans la pen­sée et le dire » – par Michel Host  (à paraître aux éd. Hermann) :

POÉSIE

Selon la Mère Michel, c’est  « le roc fer­tile. »

L’idée n’est pas son amie : « La poé­sie cesse à l’idée. Toute idée la tue. » (Jean Cocteau)
Ne pas la confondre avec ses suc­cé­da­nés : la pôôé­sie… la poézzzzz­zie… la pwè­zie… etc.

POÈTE

Platon contes­ta son uti­li­té. Il s’est donc fait d’une grande dis­cré­tion, au point d’apparaître, dans nos pay­sages, sans plus d’importance que celle d’un bœuf ou d’un mou­ton : « Si un poète deman­dait à l’État le droit d’avoir quelques bour­geois dans son écu­rie, on serait fort éton­né, tan­dis que si un bour­geois deman­dait du poète rôti, on le trou­ve­rait tout natu­rel. »  Baudelaire.

Si, selon Balzac, « madame de Bargeton s’était éprise du Byron d’Angoulême », c’est qu’il y eut bien plus de faux Byron que de vrais. Cette repro­duc­ti­vi­té du médiocre se reflète aus­si dans bien des œuvres dites poé­tiques : « Ignorerais-tu, du reste, que les vers de nos jeunes rimeurs ont la facul­té de se repro­duire comme des lézards dont la queue repousse allè­gre­ment même si elle a été tran­chée à la base ? » Ernst Theodor Amadeus Hoffmann.

 FEU(x) SUR DAME POÉSIE
LE POÈTE AVEC OU SANS RECUEIL

Il est plu­sieurs façon de faire feu : sur qui l’on attache au poteau : il y fau­dra tout un pelo­ton d’exécution, d’ailleurs dif­fi­cile à réunir ; et sur qui l’on allume les flam­beaux pour voir briller ses joues, son front, ses yeux. Nous pré­fé­rons user de cette manière. De la pre­mière, beau­coup moins, et s’il se peut jamais, quoiqu’il faille bien, par­fois, que jus­tice soit faite. 

« Dame Poésie » – ne signi­fie nul­le­ment que Le Scalp en feu ne trai­te­ra que de la poé­sie des poé­tesses.

« Le Poète avec ou sans recueil » – signi­fie que des débu­tants, voire des incon­nus pour­raient se voir ici scal­pés sans plus de façons !

 Poèmes de Charo Rojo

Charo Rojo est madri­lène, spé­cia­liste de l’art et de l’esthétique, éle­vée dans la magni­fique uni­ver­si­té Complutense. Elle a étu­dié l’avant-garde lit­té­raire espa­gnole des années 1927-1932, le sur­réa­lisme, et que sais-je encore… Elle peint et sculpte, et son esprit s’est natu­rel­le­ment tour­né vers la spi­ri­tua­li­té, la médi­ta­tion. Nous aurons l’occasion de repar­ler d’elle. Voici, en atten­dant, quelques-uns de ses poèmes récents.

EL NUEVO SER                                       

No es momen­to de des­ta­par recuer­dos
ni de reco­ger la are­nas dor­mi­das
que se per­die­ron en el cami­no.

No es tiem­po de mirar hacia atrás
porque la llu­via ya no cae
sobre los cam­pos del ayer
ni el sol rie­ga con su luz
los tem­plos que que­da­ron dor­mi­dos.

Pero sí es el momen­to de reci­bir letras
como luces entre dos manos,
luces como la ver­dad y el perdón,
com­pañe­ros silen­cio­sos en  nues­tro cami­nar
hués­pedes nece­sa­rios del corazón.

Es el momen­to de levan­tar los ojos,
de esca­lar las mon­tañas más altas
y des­ple­gar nues­tras alas.

Es tiem­po de abrir­nos a otro espa­cio,
de reci­bir al pla­ne­ta Tierra,
de mecer­lo 
y can­tarle
y velar en noso­tros sus sueños de pri­ma­ve­ra.

Porque aca­ba de nacer
en el des­per­tar de los tiem­pos
lo dife­rente, el nue­vo ser.

Charo Rojo

EN LOS DOMINIOS DEL CORAZÓN

Allí donde ani­da la músi­ca más cla­ra
todas las pala­bras que aún duer­men
el sueño de los hechos por nacer
me devuel­ven al cami­no de la infan­cia
al inicio remo­to de mi Ser.

Estás en mí
y te lla­mo Verdad
Silencio lle­no
Espíritu asis­tente y Guía
Espacio celes­tial en mi cuer­po.

Y te pre­gun­to qué ten­go que decir
qué pala­bras debe escri­bir esta plu­ma
qué silen­cio he de rom­per
para que los soni­dos nece­sa­rios
para todos noso­tros se pro­nun­cien.

Aún mi voz se alo­ja en tu hue­co
sin obte­ner respues­ta
pero tu pre­sen­cia me augu­ra
capul­los  recién flo­re­ci­dos
en este infi­ni­to invier­no.

Todo es dife­rente en los domi­nios del corazón.
Los silen­cios son velas,  pequeñas chis­pas de paz  
calor puro, colores entre las som­bras
ver­dades aún mudas o tal vez dor­mi­das. . .
Y con solo tu pre­sen­cia anun­cias el des­per­tar.

La Libertad lucirá  su blan­ca mira­da
y nos dirá el por­qué de los cua­dra­dos uni­dos
rejas sol­da­das a nues­tro ser
como si fué­ra­mos tan solo ven­ta­na
ojo pri­sio­ne­ro bus­can­do el azul.

Nos dirá que somos  más que un bus­car
porque  somos sobre todo acción
micro­cos­mos divi­no
espa­cio donde luchan los contra­rios
enfren­ta­mien­to inme­mo­rial.

Nos dirá que somos además un fluir
un comien­zo a cada nue­vo ins­tante
ese fluir que por enci­ma de la lucha
recla­ma su alma de río
agua siempre nue­va sacian­do nues­tra sed de  paz.

La inmen­sa bon­dad nos envuelve
su calor atra­vie­sa nues­tra piel.
Solo al des­per­tar lle­nos de luz
com­pren­de­mos el gran secre­to
ése que solo ani­da en los domi­nios del corazón.

Somos vue­lo
poten­cia­li­dad
lám­pa­ra incan­des­cente
la mano de Dios en la Tierra
aro­ma sagra­do de eter­ni­dad.

Charo Rojo
_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​.

N.B.
La volon­té “inter­na­tio­na­liste” du Scalp et du maga­zine dans lequel il s’insère fait que l’on ne tra­dui­ra pas sys­té­ma­ti­que­ment les poèmes et textes ici publiés.

                                                     LIEUX DE POÉSIE

Lieu 1

La flaque sur le trot­toir après la pluie
les moi­neaux y viennent boire
leur splen­dide étang

Lieu 2

Les Éditions de l’Atlantique – BP. 70041 – 17 102  SAINTES CEDEX
/​
http://​mir​ra​.pages​per​so​-orange​.fr/​E​d​i​t​i​o​n​s​A​t​l​a​n​t​i​q​u​e​.​h​tml

Les Éditions de l’Atlantique publient aus­si la superbe et abon­dante revue : SARASWATI
_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​.

Lieu 3

La revue
      
NOUVEAUX DÉLITS est régu­liè­re­ment publiée par Cathy Garcia, qui est une poé­tesse que je consi­dère comme l’une des plus grandes et lumi­neuses de notre époque. D’elle LE SCALP EN FEU sera ame­né à par­ler plus lon­gue­ment dans quelque temps. Vient de paraître le n° 42 de sa revue (avril, mai, juin 2012) : on y lit l’aujourd’hui, l’urgence, le rire, les larmes, les charmes…
Aller sur le site : 
et sur : http://​www​.arpo​-poe​sie​.org/

 Fin de Scalp 1


[1] Traducteur : Igor Polach, en col­la­bo­ra­tion avec Hélène Angliviel de La Beaumelle.

 

X