> L’Intranquille n° 10

L’Intranquille n° 10

Par | 2018-05-22T06:23:45+00:00 23 septembre 2016|Catégories : Revue des revues|

 

 

            De beau for­mat (21 x 25 cm), L'Intranquille a fière allure… La revue s'ouvre sur de faux haï­kus de Jean-Claude Pirotte que j'ai beau­coup lu depuis quelques années, rece­vant ses livres en SP. C'est dire que j'apprécie l'écrivain qui ne m'a jamais vrai­ment quit­té. Ses faux haï­kus (faux parce que Pirotte ne res­pecte pas la règle sacro-sainte des 17 mores, mais uni­que­ment -et encore, pas tou­jours !- celle des trois vers, faux parce qu'il ne parle pas de l'évanescence des choses) sont un vrai régal, humour en prime. Qu'on en juge : "Sois sage ô ma dou­leur /​ Et tiens-toi plus tran­quille /​ Attends le rebou­teux" ! Pirotte, l'iconoclaste…

            Suit un "dos­sier" pla­cé sous le signe de La Boétie et de son "Discours de la ser­vi­tude volon­taire". J'en retiens le texte de Christophe Manon : il aurait pu l'écrire au bien comme Paul Éluard pour van­ter ou appe­ler de ses vœux la Révolution ! On apprend en lisant l'éditorial de Françoise Favretto qu'un  dos­sier "Révoltons-nous" sui­vra celui-ci… En atten­dant, ce cahier sur la ser­vi­tude nous en fait décou­vrir de bien belles sur les illu­sions des hommes. Mais  Christophe Esnault ne fait-il pas qu'avouer ses propres limites ? En tout cas, il pose bien le pro­blème ! Reste alors le mot d'Achille Chavée : "Je suis un vieux Peau-Rouge qui ne mar­che­ra jamais dans une file indienne". Les textes les plus inté­res­sants sont les études et les essais, comme celui de Jean-Luc Coudray : "La seule liber­té qui reste à l'individu, c'est de dépen­ser son argent". Il en arrive à cette conclu­sion que l'état moderne, c'est la déper­son­na­li­sa­tion du citoyen. La ques­tion est posée : que faire, comme disait Lénine. Autre essai sti­mu­lant : celui de François Huglo qui note : "La grande ques­tion n'est pas celle du chô­mage, mais celle de l'inégalité dans la répar­ti­tion des richesses…" Voilà qui sonne clair en ces temps de lutte contre la loi tra­vail ; en tout cas, la dis­cus­sion est ouverte… Il faut désor­mais pas­ser à l'action. Autre étude éclai­rante, dans un autre registre (celui de l'islamophobie galo­pante qui gan­grène le monde occi­den­tal), celle d'Iraj Valipour, qui ana­lyse fine­ment les écrits de Mollâ Nasreddin. Un hom­mage méri­té à Pierre Courtaud (dis­pa­ru en 2010), l'éditeur de La Main Courante, com­plète cette livrai­son. Ivar Ch'Vavar donne un article très inté­res­sant sur le vers comme moyen mné­mo­tech­nique. J'ai beau aimer la prose poé­tique, cette approche théo­rique est convain­cante. Le domaine cri­tique (une dizaine de pages) enfin s'ouvre aux publi­ca­tions en langues étran­gères…

 

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