LAIT MENTHE
La vie de Marguerite est son œuvre. Aussi. Dans l’addiction. A l’amour ou au désir (confusion). A l’alcool. A la donation du pain et de sel. (épisode des « Petits chevaux de T. trop passé aux oubliettes. Comme le cadavre des bouteilles). Atmosphère. Effluve. Par l ‘alcool l’ordre s’est fait. Un ordre dont l’écrivaine ne fut plus responsable.
L’alcool crie. Y aller avec des amis. Puis seule. Honte de la honte bue. A la dérive. A la merci de l’identité dépressive. L’alcool ne demande rien. Il répond. « J’ai passé des semaines avec lui, les plus décisives » pour les livres à venir les livres avenir. L’alcool comme Yann : « quand il était absent je ne pouvais écrire ». Poivrote de la côte normande. Pute suivra, dit-elle. Ecriture et alcool : maladie de la mort, maladie de la vie. C’est une but. Une course.
La vie de Marguerite est son œuvre. Aussi. Dans l’addiction. A l’amour ou au désir (confusion). A l’alcool. A la donation du pain et de sel. (épisode des « Petits chevaux de T. trop passé aux oubliettes. Comme le cadavre des bouteilles).
Atmosphère. Effluve.
Par l ‘alcool l’ordre s’est fait. Un ordre dont l’écrivaine ne fut plus responsable. L’alcool crie. Y aller avec des amis. Puis seule. Honte de la honte bue. A la dérive. A la merci de l’identité dépressive. L’alcool ne demande rien. Il répond. « J’ai passé des semaines avec lui, les plus décisives » pour les livres à venir les livres avenir. L’alcool comme Yann : « quand il était absent je ne pouvais écrire ». Poivrote de la côte normande. Pute suivra, dit-elle.
Ecriture et alcool : maladie de la mort, maladie de la vie. C’est une but. Une course. Vers l’amour. Ou sa fuite. La vie de Marguerite est son œuvre. Aussi. Dans l’addiction. A l’amour ou au désir (confusion). A l’alcool. A la donation du pain et de sel. (épisode des « Petits chevaux de T. trop passé aux oubliettes. Comme le cadavre des bouteilles).

Atmosphère. Effluve.
Par l ‘alcool l’ordre s’est fait. Un ordre dont l’écrivaine ne fut plus responsable. L’alcool crie. Y aller avec des amis. Puis seule. Honte de la honte bue. A la dérive. A la merci de l’identité dépressive.
L’alcool ne demande rien. Il répond. « J’ai passé des semaines avec lui, les plus décisives » pour les livres à venir les livres avenir. L’alcool comme Yann : « quand il était absent je ne pouvais écrire ». Poivrote de la côte normande. Pute suivra, dit-elle.
Ecriture et alcool : maladie de la mort, maladie de la vie. C’est une but. Une course.
Chez Duras les amants sont coupés du monde et ils rêvent — le mot est important car il y a loin chez eux de la coupe aux lèvres. Ils rêvent de vivre comme le reste d’une peuplade perdue dans le temps lui-même. Bien plus encore qu’au sein de l’espace c’est dans le temps que les amants durassiens doivent être désemparés et « achevés » au coeur de l’amour qu’ils se portent. Comme s’il fallait toujours pour eux se séparer de l’histoire sous diverss aspects (guerres coloniales, guerre mondiale ou fil des événements d’époques en apparence moins troublées). Il leur faut — faudrait — ainsi sortir de l’histoire afin d’atteindre un « temps pur » qui n’appartiendrait qu’à eux. Un temps sans conscience, un temps des premiers êtres.
L’amour devient non seulement le philtre mystérieux qui unit et sépare mais le filtre contre la réceptivité organisée, à l’hospitalité sociale exogame, sélective, qui ne cesse de trier et ne peut accepter la passion par nature obsessionnelle qui dérange son ordre. L’amour s’inscrit toujours en faux contre la convention collective des pactes sociaux. Il est la fausse note qui vient perturber le choeur antique de l’ordre et devient l’adversaire de la société. Elle voit en cette note trop aiguë une onde détestable. L’amour est la chair qui se manifeste. Elle tente de sortir du jeu d’inhibition psychique et de la stupeur sexuelle organisées. Mais c’est un luxe que la société ne peut s’offrir. Elle risque de faire capoter la passion dans quelque chose de mystique. C’est une force qui entrave.
Mais chez Duras, même si la créatrice ne l’exhibe pas, la chair n’est plus un écran. Elle est au centre du dispositif poétique. L’amour est cet océan immense face « au barrage sur le Pacifique ». Mais l’odeur obscure de la chair surgit. Une musique révèle le corps fantomatique. La musique des mots tente ainsi de le coloniser. Elle permet d’entendre ce qui n’a pas de nom, de s’approcher de soi en s’approchant de l’autre. L’étreinte ouvre le refoulé, à savoir ce qu’on a repoussé dans la solitude qu’aucun ne mérite. Ses héroïnes deviennent des menteuses à force d’être sincères.
Les mots ne peuvent contenir la fièvre, ils la biaisent, en font (presque) un usage pervers. Comme si le langage lui-même (parce qu’il est social) aimait — ne l’aimant pas — contredire la passion. C’est pourquoi la musique est l’art le plus ancien. L’audition — plus que la lecture — ouvre les yeux sur la force et le désastre de l’amour. Duras a eu besoin de doubler son oeuvre purement fictionnelle de genres plus auditifs (cinéma, théâtre, photographie, entretiens).
Mais l’amour ne sera qu’un temps non partagé, non vécu ensemble si ce n’est que par bouffées d’autant plus immenses qu’elles sont à la base même réduites à leur plus simple expression à l’échelle du temps humain.
Toutefois en dépit de l’échec « programmé », les amants découvrent que leur corps parle, peut parler une langue étrangère, extraordinairement mutique. Les amants n’échappent pas au malheur de leur passion. Ce n’est pas neuf, cela pourrait sembler « fleur bleue ». Mais l’auteur donne à cet état une dimension tragique neuve. On n’est pas à Vérone, mais à Venise, Calcutta, Paris. Trouville enfin. A mesure que la passion semble apprendre les rudiments du langage et de peau les mots s’effondrent. Leur accès direct, « sponte sua » s’éloigne. Rien ne se crée tout se transforme. En culpabilité ou en omission. Passer à l’humain c’est alors renoncer à exister. C’est boire. En conséquence l’être ne peut se dénuder dans le langage et le silence devient le seul recours.
Si comme l’écrit Pascal Quignard « Entre les jambes de la première femme le premier ermite montra déjà son visage », à travers son oeuvre, Duras nous rend plus perspicaces. Sans doute la question du sexe hante l’écriture de Marguerite dans la mesure où s’y rencontre l’inadéquation fondamentale de la langue aux choses, de la femme et de l’homme. Ce que l’érotisme n’ose dire, le mysticisme le dit. Le même écart, le même écartement. L’homme est assis dans un couloir afin qu’il n’y ait plus ni de dehors, ni de dedans. Marguerite s’offrit presque toute entière. Le corps soudain redevenant ce qu’il est : le lieu du paroxysme, de la ré-énumération (Duras Sainte Angèle) et de la rémunération (Marguerite en Mme. Edwarda). Autour du trou (de la plaie) il n’y a plus de peau. Mais le corps n’est plus enclos. Pour n’être pas le pauvre jouet du mâle elle se veut magique en l’écrivant : la raison courte d’haleine, silencieuse dépose et range son fouet par ses phrases, ses lacunes. Dans ses foudroyantes joie et douleur. Plus mère que sa mère, plus vierge que la Vierge, plus putain que Marie Madeleine et cherchant un langage à son bonheur en devenant l’épousée en dehors de toute culpabilité.
Marguerite divulgatrice des noces érotiques en remettant en jeu le désir. L’Epoux s’adresse à elle, elle s’adresse à l’amant. Ecrit en leur nom. Devient comme sa mère l’épouse du fils (Yann) afin que l’inceste soit consommé en une liaison sans remords. Ravie en esprit, ravie physiquement. Et souffrant le Calvaire, revivant la Passion. Mourant à elle pour pénétrer son intimité, pour pénétrer sa plaie. La douleur ouvre son sexe pour ce seul transport amoureux, pour qu’il la pénètre comme elle l’a pénétrée. Sachant que l’homme n’est que douleur, sachant que l’avenir de sa souffrance est le présent de sa douleur. Ses héroïnes sont douleur de la douleur, souffrant de souffrir. En leur redoublement voyez la se dédoubler. Passion de la passion. Jusqu’aux Roches Noires elle recommence à souffrir/jouir. Elle connaît ça, elle éprouve. Elle prend la parole, la dicte à l’amant non pour la retranscrire mais l’amplifier. Expérience mystique. Quand l’expérience produit le possible de l’écriture, l’écriture ouvre ainsi au possible de l’impossible. Elle engage une « sur en chair » mystique. La parole soudain débordée comme l’expérience est débordée. Insaisissable limite. Marguerite est la Sainte dont l’embrassement est si serré qu’elle rentre dans la plaie de côté. S’y place au fond dans une sécurité nouvelle, une mort ressuscitée. Marguerite s’offre une dernière fois pour souffrir. Noce par la lèvre de la plaie mâle, par la lèvre de la fille commune. “Il y a dépossession par la déchirure, par le jeu des organes qui s’écoulent” (Bataille). Il n’y a plus de dehors ni de dedans. Marguerite comme Mme. Edwarda au bordel, écartant les jambes, dit “Regarde la fente par ce que je suis Dieu”. Ce que le mysticisme n’ose dire, l’érotisme le dit.
Alors écrire dit-elle. L’écriture ne se quitte pas. C’est une maladie, une addiction, un alcoolisme. Ecrire ce qu’on ne sait pas. Ou plus. Ou trop bien. Ecrire ne sauve rien. Ecrire sauve « la Petite ».
A paraître, Marguerite Duras, L’Amant et autres écrits, La Pléiade, Gallimard 2026, 992 p. – 64,00 €.
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