> Marie-Françoise Ghesquier, De tout bois si

Marie-Françoise Ghesquier, De tout bois si

Par |2018-10-04T06:11:00+00:00 5 octobre 2018|Catégories : Critiques, Marie-Françoise Ghesquier|

Traductrice de for­ma­tion, Marie-Françoise Ghesquier (qui a aus­si signé Di Fraja) vit près de Chalon-sur-Saône. Elle écrit dans des revues (Décharge, Comme en Poésie, Traction Brabant, Nouveaux délits), et a publié trois recueils : Aux confins du prin­temps, À hau­teur d’ombre et La parole comme un cris­tal de sel 1). Un feu qui brûle par son absence et une condi­tion hors-champ : ce titre sin­gu­lier se retrouve dans le der­nier vers d’un des poèmes – « je feu de tout bois si ».

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Marie-Françoise Ghesquier, De tout bois si,
Éditions Henry, 2017. 74 p., 8 €.

 La sus­pen­sion finale demeure, tan­dis que l’ellipse du verbe accen­tue la reven­di­ca­tion d’une liber­té totale. On trou­ve­ra sou­vent ce jeconstruit en prise directe avec un groupe nomi­nal ou un par­ti­cipe – jeau rebond des refus, je décli­né jusqu’au noir, etc – , et des phrases qui se ter­minent dans le vide – Comment vou­lez-vous /​ que toute notion d’incarnat ?

Ces ellipses sont le point limite d’une écri­ture qui scinde /​ le sens et brasse des motifs à la tona­li­té sur­réa­liste, à la langue constel­lée de mots obsé­dants (bran­chies, dupli­qué) et de jeux sonores (car­dée au myo­carde, hame­çon-âme son), par­fois pré­cieuse – l’éristale enclave la parole héli­coï­dale– ou bri­sée jusqu’à la désar­ti­cu­la­tion :

 

Je lou­voie par­mi doutes assaillants       d’août

et fleurs furieu­se­ment

d’aucun ne vou­drait

parole gra­mi­née        minée par des­sous

 

La lec­ture peut buter sur ces pas­sages étranges, mais ils sont vite per­çus comme la seule voie lais­sée par le dire impos­sible.Jamais n’est rom­pu le fil qui nous relie à l’auteure aux prises avec la fra­gi­li­té du corps et du cœur, en proie à la sen­sa­tion aiguë de l’infini des pos­sibles, et atten­tive à une nature vibrante. D’autant que sa poé­sie, fidèle au titre, est loin de se limi­ter à ces formes de décons­truc­tion et de codage. Dans son kaléi­do­scope passe plus d’une image fluide – Je jette mes rêves comme des éclats de lune /​ entre les branches mortes. Et même cette plé­ni­tude fugi­tive si nour­ri­cière :

 

Parfois la libel­lule passe à tra­vers

les jeux de lumière

 

Aiguille d’acier pour recoudre

les clar­tés déchi­rées

 

De fil en aiguille

                                                                                 au plus pur du bleu

 


Notes

  1. Encres Vives, 2013 ; Cardère, 2014 (pho­tos de l’auteure et de Cathy Garcia) ; Cardère, 2016 (mono­types de l’auteure[]

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Philippe Habans

Philippe Habans est né à Nice en 1951. Il a ensei­gné le fran­çais à la façon de quelqu’un pour qui l’être humain n’a aucune sorte de rap­port avec une boîte dont il s’agit de déter­mi­ner la taille, la forme et le conte­nu. 

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