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POESIDirecte

Par |2018-08-21T04:57:22+00:00 1 août 2012|Catégories : Revue des revues|

La dix-neu­vième livrai­son de la revue POESIEDirecte a pour thème le désir. Née il y a main­te­nant 12 ans, sous l'impulsion de Florentin Benoît d'Entrevaux, de Gaël de Bouteiller et de Gaëtan de Magneval, le pre­mier numé­ro, pla­cé sous le signe du silence, a vu le jour en l'an 2000. Le trio a, depuis, tra­vaillé régu­liè­re­ment à l'émergence d'un esprit poé­tique réunis­sant des voix dans une cer­taine com­mu­nau­té de pen­sée telles celles de Bernard Grasset, d'Athanase Vantchev de Thracy, de Gérard Lemaire, de Jean-Luc Maxence, de Gérard Pfister, de Gilles Baudry, de Rémi Pelon, de François Cassingéna-Trévedy, d'Isabelle Solari pour n'en citer que quelques uns.
Chaque numé­ro s'organise autour d'un thème, et ce sont ain­si l'incarnation, l'attente, la fai­blesse, le souffle, le nom, le regard ou le che­min qui sont alors invo­qués comme lieu d'invitation à prendre poé­sie comme on prend la parole, en direct. Car le nom, peut-être pro­gram­ma­tique, de la revue, inter­roge : POESIEDirecte. Ça claque comme un upper­cut. Comme une réac­tion poli­tique sou­cieuse d'une dis­tinc­tion d'avec la poé­sie indi­recte.
Aux vues des publi­ca­tions de cette revue grand for­mat (21×29,7), par "poé­sie directe" semble s'entendre un lieu de publi­ca­tion de poèmes. Façon d'affirmer que le lieu pri­vi­lé­gié de la poé­sie réside dans le poème, contre tous les détour­ne­ments du terme même de poé­sie qui ont, au cours du demi-siècle pas­sé, assé­né que la poé­sie était par­tout et que cha­cun était poète, par­ti­cu­liè­re­ment à par­tir du moment où il ne fai­sait pas des vers. A par­tir de là, il n'est pas éton­nant que la poé­sie ne fut plus per­cep­tible nulle part et qu'elle se dilua dans l'inconscient col­lec­tif des habi­tants de ce temps. Au point d'être per­çue comme une forme répul­sive lorsqu'elle conti­nuait de s'exprimer avec exi­gence, cette exi­gence étant deve­nue la marque d'une ver­ti­ca­li­té insup­por­table aux idéo­lo­gies sociales qui tra­vaillaient alors pour le pro­fit de quelques uns, à coup de "la poé­sie est par­tout" et de "tout est art", à faire croire que tout le monde était poète quand la créa­tion poé­tique avait tou­jours été dévo­lue à la capa­ci­té d'ascèse et d'abnégation d'individus y consa­crant leur vie.  Il n'est pas indis­pen­sable d'aller à la messe pour ren­con­trer Dieu. Mais enfin il y a une cohé­rence à prier dans une église pour s'approcher de son cœur silen­cieux.
Aussi, la dimen­sion "directe" de POESIEDirecte s'entend pro­ba­ble­ment par la voca­tion qu'a la parole d'être à l'origine d'essence poé­tique, et la revue sans doute cherche-t-elle à retrou­ver ce lien direct avec la construc­tion du monde à par­tir de l'ontologie pre­mière du lan­gage.
Le der­nier numé­ro s'articule ain­si autour de l'axe du désir, et nous y lisons en pre­mier lieu trois intenses poèmes de Matthieu Baumier. Depuis plu­sieurs mois, peut-être même quelques années, nous voyons émer­ger la voix poé­tique de Baumier qui fra­ter­nise en ses séries de Mystes avec l'engagement du grand Roberto Juarroz dans sa Poésie Verticale. Ici et là, de mois en mois, de revues en revues, nous voyons éclore les Mystes de Baumier, qui telles des paroles divi­na­toires construisent la poé­tique d'un che­min vital pra­ti­cable depuis le lieu qua­si pro­phé­tique de l'après fin du monde. Parole ora­cu­laire, pro­jet tra­vaillé par une conscience et un dévoue­ment peu com­muns tant semble insur­mon­table le déses­poir depuis lequel le poète pro­nonce ses visions, déses­poir qu'il s'applique pour­tant le plus fidè­le­ment pos­sible à pas­ser au rythme du cœur pour un retis­sage du corps d'humanité. Voix émer­gente, disais-je. Mais émer­geant depuis les pro­fon­deurs mil­lé­naires de la nuit de l'être. Voix majeure.

 

Mystes 3

 

Sommes-nous cer­tain de demeu­rer
vivants
éga­rés sur les récifs de ce temps ?

Il y a ici-bas un arbre dres­sé
les bras en croix
et une perle clouée, cru­ci­fiée.

Il y a ici-bas, la trace argen­tée
des racines, la rosée
et pour­tant

Sommes-nous cer­tains de demeu­rer
vivants
échoués contre l'écluse de l'Absent ?

 

Les poèmes de Florentin Benoît d'Entrevaux leur suc­cèdent, avec leur tes­si­ture sobre et leur habit de pau­vre­té volon­taire comme en cet humble poème le style de l'espérance

 

Maintenant
le der­nier temps
nous presse
d'avoir du style

le style de l'espérance

d'avoir la dis­tinc­tion
du haut désir
n'avoir au fond
que cha­ri­té

l'heure est venue
d'avoir du style
et de l'allure
l'allure de l'Esprit

Et d'être simple

 

Nous y lirons ensuite, avec pro­fit, les poèmes de Philippe Bissara, d'Anne-Gersende van Gaver, d'Olivier de Boisgelin, de Jean-Pierre Denis,  de Sabine d'Hardevilliers, sans être exhaus­tif.
Une atten­tion par­ti­cu­lière nous retien­dra au superbe poème d'Alain Santacreu, Le Saint Sénaire. Ne serait-ce que pour lire ce grand poème, nous invi­tons le lec­teur à faire l'acquisition de ce numé­ro 19 de POESIEDirecte.
Enfin, nous saluons la pré­sence de Monseigneur Dominique Rey, Evêque de Fréjus-Toulon, qui offre ici 3 poèmes remar­quables dont ce pré­cieux

 

Chuchotement
 

Murmure des choses
qui furent dites outre temps,
dans la béance de l'instant.
Le goût du vent
et de sa prose
m'emporte vers autre chose
que le pré­sent.

 

 

Contact :
Florentin Benoît d'Entrevaux "Le petit couvent", 07400 Saint-Martin-sur-Lavezon.

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