> The Black Herald : literary magazine /​ revue de littérature, numéro 5.

The Black Herald : literary magazine /​ revue de littérature, numéro 5.

Par |2018-08-19T00:41:01+00:00 22 juin 2015|Catégories : Revue des revues|

 

Cette revue bilingue en noir et blanc, sans note de lec­ture, sans pho­to (sauf celle – superbe – de James Goddard en page de cou­ver­ture) n’est ani­mée que par deux rédac­teurs : Paul Stubbs et Blandine Longre qui font un tra­vail remar­quable. Elle met en place un dis­po­si­tif qui intègre un maxi­mum de formes et de voix lit­té­raires : roman­ciers, nou­vel­listes, poètes, dra­ma­turges, pen­seurs… Tous se font écho, se confrontent, se mêlent, se contre­disent et sur­tout affirment libre­ment, sans thème impo­sé, leur sin­gu­la­ri­té. Il ne s’agit plus, en effet, de s’enfermer dans des clas­si­fi­ca­tions sco­laires et arbi­traires, dans des mémoires res­tric­tives fonc­tion­nant par oppo­si­tion, mais de choi­sir, par­mi la diver­si­té des registres et des genres, ce qui fait encore actua­li­té et moder­ni­té. Le cata­logue des édi­tions Black Herald Press (huit mono­gra­phies ont d’ores et déjà paru, notam­ment celles signées par Anne-Sylvie Salzman, Blandine Longre, Jos Roy… et cinq numé­ros de The Black Herald sont dis­po­nibles) envi­sage la lit­té­ra­ture comme un dis­po­si­tif capable de tout absor­ber et inté­grer, notam­ment la diver­si­té des voix qui résonnent dans toutes les langues du monde.

 

Ce qui s’intègre et se donne à lire, ce sont les cli­vages, les écarts, l’abondance de la matière, des pro­blé­ma­tiques et l’éveil aler­té dans le refus du mono­logue inté­rieur. Il s’agit bien d’approfondir et de recréer tous les enjeux, ceux qui défont le confort des acquis et invitent à une relec­ture de textes plus ou moins anciens (et oubliés) et à en décou­vrir de nou­veaux, écrits par des écri­vains encore peu connus, clan­des­tins. Ces écri­vains de géné­ra­tions et d’horizons esthé­tiques dif­fé­rents ouvrent un espace qui se déplace dans des rup­tures et des conti­nui­tés. Le lec­teur est invi­té à une biblio­lo­gie (j’emprunte ce mot à Philippe Beck (1). Autrement dit, le lec­teur est invi­té à une com­mu­ni­ca­tion et à un par­tage, à l’amour d’une affi­ni­té entre des textes ne par­lant pas de la même chose. La mémoire ne cesse de s’étendre dans le pré­sent du pas­sé et le pré­sent du pré­sent.

 

Ce numé­ro 5 s’ouvre par un poème aux longues laisses de David Gascoyne : Et le sep­tième rêve est le rêve d’Isis. Il date de 1933 : le pre­mier poème authen­ti­que­ment auto­ma­tique que j’ai écrit, sui­vant la recette ortho­doxe du Surréalisme pré­cise Gascoyne et il se conclue par un extrait du Réalisme total du poète tchèque Egon Bondy. Entre ces deux écri­vains, influen­cés par Dada et le sur­réa­lisme, une série de contri­bu­teurs qui m’étaient pour cer­tains – j’ai un peu honte de l’avouer – tota­le­ment incon­nus. J’ai ain­si décou­vert les textes de Pierre Cendors, de Peter Oswald, de Philippe Annocque, de David Spittle et de Paul Stubb. Deux autres textes ont atti­ré mon atten­tion, l’entretien inédit avec Cioran mené par Bensalem Himmich et un extrait, très contes­table : Le Double Rimbaud de Victor Segalen. Mais ce sont, avant tout, les poèmes de Jos Roy : Asphodèles que je vou­drais saluer ici. Ils consti­tuent un petit ensemble d’une rigueur pro­so­dique remar­quable. Ils agissent, comme les poèmes de son pre­mier recueil : De suc & d’espoir (Black Herald Press) par ful­gu­rance et défla­gra­tion. Ils bous­culent nos cer­ti­tudes et nous forcent à lire (et non pas à relire). Ils mêlent, avec élé­gance, sens et sen­sa­tion, musique et pen­sée. Ils captent tout un espace sous ten­sion et jouent sur les para­doxes, comme ici, ce poème, immo­bile dans le mou­ve­ment :

 

Il y a dans les aspho­dèles
une his­toire de chambre divi­sée
dans la chambre des lits jumeaux
un corps sur chaque lit errant & immo­bile
on est là sans savoir si les murs our­dissent
un com­plot de ren­contre ou de sépa­ra­tion
                                        hiver­prin­temp­sé­té
                                       la direc­tion s’essouffle
& les col­lines dans la chambre se salent d’une odeur
qui tangue entre le fade & le sucré
une ligne de flam­beaux éclai­re­rait les pôles enne­mis
d’un immense désir farouche

 

(1) : Philippe Beck : Poésie mon­diale, entre­tien avec Pascal Boulanger et Paul Louis Rossi, La Polygraphe n° 13/​14, mai 2000. Cet entre­tien avec Philippe Beck a été repris dans mon essai : Fusée & pape­roles, L’Act Mem, 2008.

Chez Recours au Poème édi­teurs, Pascal Boulanger a publié un recueil : Septembre déjà, 2014

 

 

 

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