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Transcender les frontières

Par | 2018-05-25T10:51:22+00:00 30 mars 2013|Catégories : Rencontres|

Ce qui suit est tiré d’une rubrique men­suelle spé­ciale de la revue lit­té­raire amé­ri­caine en ligne The Bakery, édi­tée par le poète Albert Abonado. Cette rubrique s’intitule Writing from Israel : Poets, Poems, and Translations, “écrire en Israël : les poètes, les poèmes et les tra­duc­tions”. La dis­cus­sion sui­vante, inti­tu­lée orgi­nel­le­ment Transcending Boundaries : A Conversation on Contemporary Israeli Poetry, a été menée (et édi­tée) par la rédac­trice invi­tée Sarah Wetzel, entre les poètes et tra­duc­trices lit­té­raires Dara Barnat, Jane Medved, Joanna Chen et Marcela Sulak, qui vivent toutes en Israël. Les sujets abor­dés sont : l’état des lieux de la poé­sie israé­lienne, la nature et la néces­si­té des tra­duc­tions, et l’importance des com­mu­nau­tés lit­té­raires, à la fois locales et glo­bales.

 

Cette dis­cus­sion a été tra­duite de l’anglais par Sabine Huynh, qui connaît bien les poètes en ques­tion, car elles par­ti­cipent ensemble aux mêmes soi­rées lit­té­raires en anglais, durant les­quelles elles échangent sur leurs tra­vaux en cours. En tant qu’auteure et tra­duc­trice lit­té­raire basée à Tel Aviv, elle appor­te­ra éga­le­ment son grain de sel à cette dis­cus­sion pas­sion­nante. 

 

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Introduction, par Sarah Wetzel

 

Les quatre poètes de langue anglaise qui ont pris part à cette dis­cus­sion, Dara Barnat, Joanna Chen, Jane Medved et Marcela Sulak, ont toutes immi­gré en Israël pour des rai­sons dif­fé­rentes, ayant à voir avec la famille, un mariage, la car­rière ou peut-être même l’idéologie. Mais au-delà de leur langue mater­nelle com­mune, elles sont liées par la lit­té­ra­ture. Elles par­tagent non seule­ment la même pas­sion pour la poé­sie, mais elles sont aus­si pro­fon­dé­ment impli­quées dans la lit­té­ra­ture du lieu où elles se trouvent. Nous avons dis­cu­té en ligne de ces sujets ain­si que d’autres, un peu en vrac.

Leurs mots expriment si bien la dif­fi­cul­té et la beau­té qu’il y a d’écrire dans un pays secoué par tant de tur­bu­lences, et pour­quoi elles se sont tour­nées vers la tra­duc­tion. Elles expliquent aus­si pour­quoi elles ne peuvent dire avec cer­ti­tude qu’elles sont des poètes israé­liennes, même après avoir vécu en Israël pen­dant de nom­breuses années,. Leurs mots (et leur tra­vail) disent com­bien le déra­ci­ne­ment peut ser­vir de cata­ly­seur à leur propre écri­ture poé­tique.

Les quatre poètes qu’elles tra­duisent forment éga­le­ment un groupe assez varié. Agi Mishol est l’une des poètes israé­liennes les plus connues et les plus récom­pen­sées actuel­le­ment. Elle a pro­ba­ble­ment reçu tous les prix lit­té­raires en cours et publié une dou­zaine de livres. Orit Gidali et Gili Haïmovich appar­tiennent à ce que l’on pour­rait appe­ler la nou­velle vague de la poé­sie israé­lienne. Elles sont saluées una­ni­me­ment et ont publié à elles deux plus de sept livres en hébreu. Dan Pagis fai­sait par­tie d’une géné­ra­tion de poètes israé­liens qui ont révo­lu­tion­né la poé­sie hébraïque, et il reste, plus de vingt-cinq ans après sa mort, une réfé­rence lit­té­raire israé­lienne incon­tour­nable.

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Discussion entre Sarah Wetzel, Dara Barnat, Joanna Chen et Marcela Sulak

 

Sarah : Dara, Jane, Joanna, et Marcela, vous vivez et tra­vaillez toutes en Israël et vous avez la natio­na­li­té israé­lienne. Pourtant, vous venez des États-Unis, ou, dans le cas de Joanna, d’Angleterre, et l’anglais est votre langue mater­nelle. Au vu de cette toile de fond, vous consi­dé­rez-vous comme des poètes israé­liennes ?

 

Marcela : Je ne suis pas très à l’aise avec l’appellation “poète israé­lien”, vu que je ne vis ici que depuis deux ans et demi. J’ai pas­sé autant de temps en République Tchèque et au Vénézuela, et quand je tra­vaillais là-bas, ain­si que quand je tra­vaillais en Allemagne, je vivais et tra­vaillais dans les langues de ces pays : tchèque, alle­mand et espa­gnol. En Israël, je tra­vaille en anglais. Israël est le seul endroit où j’ai vécu dont je ne connais­sais pas du tout la langue en arri­vant.

 

Joanna : Écrire en anglais alors que vous êtes entou­rée d’hébreu et, dans une moindre mesure, d’arabe, est un défi. Je suis une novice dans le monde de la poé­sie, contrai­re­ment à Marcela, à Jane et à Dara, et je me suis sen­tie un peu iso­lée et décon­nec­tée du monde poé­tique glo­bal, à la fois en Israël mais aus­si dans le reste du monde. Il m’arrive de me deman­der ce qui me manque. Cependant, grâce aux réseaux sociaux, j’ai l’impression que cet écart, au lieu de se creu­ser, com­mence à se com­bler. La dis­tance géo­gra­phique ne vous coupe plus for­cé­ment du reste du monde si vous four­nis­sez les efforts néces­saires.

 

Jane : Je ne suis pas sûre de savoir si je me consi­dère comme une poète israé­lienne. Je ne suis pas sûre en fait de ce que je suis. Je crois que je suis un hybride bizarre, mais ce n’est pas très grave. Comme l’a sou­li­gné Joanna, l’internet per­met de réduire les dis­tances et même de les abo­lir presque tota­le­ment. J’ajouterai que même si les mondes poé­tiques de langues dif­fé­rentes se che­vauchent rare­ment, il existe cer­tai­ne­ment une vie lit­té­raire dyna­mique en Israël, et aus­si vivace cer­tai­ne­ment du côté arabe et russe, bien que je n’aie aucune idée de ce qui s’y raconte.

Dara : Je me vois comme une Américaine, bien que j’aie vécu à Tel Aviv pen­dant une décen­nie, depuis l’âge de vingt-deux ans. J’adore Tel Aviv, mais j’ai l’impression que je n’ai pas vrai­ment d’atomes cro­chus avec la com­mu­nau­té lit­té­raire hébraïque. Je crois que cela est dû à la langue, mais aus­si au fait que j’ai four­ni très peu d’efforts pour aller vers cette com­mu­nau­té. Je pense qu’en fait le sen­ti­ment de déra­ci­ne­ment que j’éprouve en vivant à Tel Aviv me force, et même, plus cru­cia­le­ment, me donne la per­mis­sion d’écrire. Je suis en train de ter­mi­ner la rédac­tion d’un recueil de poèmes sur la mort de mon père.  J’ai trou­vé que de vivre loin du lieu de sa mort m’a aidée à la digé­rer et à y réflé­chir. Je ne suis pas une poète “du lieu”. En fait, très peu de mes poèmes men­tionnent Tel Aviv ou Israël.

Je vou­drais aus­si ajou­ter que les écri­vains qui écrivent en anglais (et dans d’autres langues, comme le fran­çais ou le russe) et vivent en Israël, peuvent être confron­tés à des dif­fi­cul­tés frus­trantes, liées au fait que leur tra­vail n’est pas per­çu comme étant “authen­ti­que­ment israé­lien”. Je ne par­tage pas leur frus­tra­tion cepen­dant, car je ne recherche pas ce genre de recon­nais­sance et d’inclusion.

 

Joanna : Il est pos­sible que la ques­tion de dis­tance dont Dara parle s’applique aus­si à mon cas. Comme je me défi­nis comme étant bri­tan­nique, j’ai ten­dance à prendre du recul par rap­port à ce qui m’entoure. Je crois que je me mets en quelque sorte dans la peau d’un témoin, d’un obser­va­teur. Cela m’a per­mis de cir­cu­ler aisé­ment par­mi les dif­fé­rents peuples qui vivent ici, dans le Moyen-Orient : les Israéliens, les Palestiniens, les Juifs, les Arabes, les Chrétiens. Je ne m’identifie à aucun de ces groupes mais je res­sens cer­tai­ne­ment de la com­pas­sion pour eux.

 

Jane : En réponse à Dara et à Joanna : il est dif­fi­cile d’écrire sur le lieu où vous vous trou­vez actuel­le­ment. La dis­tance géo­gra­phique vous pro­cure une cer­taine liber­té de mou­ve­ment. Je trouve que plus j’écris sur Israël, Jérusalem, les sources juives, etc., plus je dois lais­ser le maté­riel “déra­per”, sinon cela peut prendre la forme d’une dia­tribe. Et puis un grand nombre de poètes israé­liens ont déjà écrit sur ces sujets avant moi, y com­pris Yehuda Amichaï, Dalia Ravikovitch, Rifka Miriam et Shirley Kaufman, qui vivait à Jérusalem mais n’écrivait qu’en anglais. Son tra­vail est remar­quable, il me rap­pelle gran­de­ment celui d’Amichaï.

 

Marcela : Joanna, je me demande com­ment c’est pour toi : tu es venue d’Angleterre en Israël quand tu étais encore au col­lège, et par consé­quent tout ce que tu as écrit, tes articles de presse et tes poèmes, tu l’as écrit en tant qu’expatriée. Il est évident qu’avec Newsweek tu avais un lec­to­rat inter­na­tio­nal et c’est peut-être pour cela que ton tra­vail et les sujets aux­quels il touche semblent plus “inter­na­tio­naux” que natio­naux. Est-ce que tu as l’impression que ta demeure poé­tique, ton foyer poé­tique, se trouve dans un lieu par­ti­cu­lier ? Ou s’agit-il seule­ment de la langue, et com­ment le vis-tu ?

 

Joanna : Alors… laisse-moi te répondre en te four­nis­sant la toile de fond de tout cela. J’ai pas­sé un an et demi dans une école anglaise, en plein milieu du désert. Il n’y avait pas du tout d’hébreu, donc pas d’échanges avec les enfants israé­liens de “l’autre école”, à qui l’on fai­sait croire de toute façon que nous étions pra­ti­que­ment des délin­quants. Ce n’était pas vrai­ment le meilleur endroit sur terre pour apprendre l’hébreu. J’ai donc vécu dans ma bulle anglaise pen­dant assez long­temps. Mon foyer poé­tique, si j’en ai un, se trouve dans ma tête, mais le maté­riau que j’utilise pro­vient de ce qui m’entoure, et qui se trouve en dehors de ma zone de confort. C’est pour­quoi je lis beau­coup en hébreu mais je réponds en anglais, tou­jours en anglais. Si tu me demandes où se trouve mon foyer poé­tique, il est au sein des gens qui m’entourent, pas dans un lieu géo­gra­phique par­ti­cu­lier. J’ai essayé d’écrire en hébreu, mais je m’exprime tou­jours mieux quand j’écris en anglais.

Marcela : J’aime bien l’idée évo­quée par Joanna du foyer poé­tique se trou­vant au sein des gens qui nous entourent et qui nous sont proches. Cela me semble être une idée dia­spo­rique du foyer, ain­si qu’une idée d’immigrant. Cela me ramène à la ques­tion posée par Sarah : je ne me sens jamais par­tie inté­grante d’un pays et de sa culture si j’y vis sans en connaître la langue et la lit­té­ra­ture. À mon avis, la lit­té­ra­ture d’une nation est sa culture, son his­toire (dans tous les sens du terme), son cœur, son humour, ses pré­ju­gés et son idée d’elle-même.

 

Sarah : Nous pou­vons donc rebon­dir sur le sujet de la tra­duc­tion, puisqu’elle intègre deux élé­ments qui vous sont impor­tants en tant que poètes de langue anglaise vivant et tra­vaillant en Israël : l’hébreu, et la lit­té­ra­ture d’Israël. Pourriez-vous me dire com­ment vous êtes venues à la tra­duc­tion et quelle poé­sie vous tra­dui­sez ?  

 

 

Marcela : En arri­vant en Israël, j’ai été extrê­me­ment déçue par le fos­sé, et par­fois on peut même par­ler d’abîme, exis­tant entre les groupes par­lant des langues dif­fé­rentes. C’est l’une des rai­sons prin­ci­pales qui m’ont pous­sée à tra­duire. Et c’est aus­si pour cette rai­son, Sarah, que cette rubrique de la revue The Bakery me plaît tout par­ti­cu­liè­re­ment, car elle contri­bue au tra­vail d’inter-pollinisation. En écri­vant cela, je me rends compte que le terme contient un joli jeu de mots : pol­li­ni­sa­tion au sein des nations lit­té­raires.

 

Jane : Franchement, je me suis tour­née vers la tra­duc­tion parce que j’ai réa­li­sé que tous les poètes sérieux tra­dui­saient, et je me suis dit que ce pro­ces­sus devait ren­fer­mer quelque chose de for­mi­dable, quelque mer­veilleux secret de créa­ti­vi­té pour les écri­vains. Je me suis tour­née vers Dan Pagis sur les conseils de Linda Zisquit (une autre mer­veilleuse poète israé­lo-amé­ri­caine), avec qui j’ai étu­dié. Au départ, j’avais pen­sé tra­duire un poète contem­po­rain (qui s’avérait être mon voi­sin), mais elle m’a encou­ra­gée à tra­duire quelqu’un de vrai­ment très bon, en me disant que si j’allais pas­ser du temps dans la tête de quelqu’un, il valait mieux que ce soit la tête de quelqu’un d’extraordinaire. J’adore le tra­vail de Pagis et j’y ai trou­vé beau­coup d’atomes cro­chus. J’ai donc natu­rel­le­ment conti­nué dans cette voie.

Marcela : Quant à moi, j’ai pen­sé, en pas­sant cela dit, en ce qui concerne le fait de tra­duire de la poé­sie israé­lienne dans le but d’apprendre l’hébreu, que je vou­lais tra­duire quelqu’un d’assez jeune, et qui soit une femme aus­si (car en dehors des poètes que nous avons men­tion­nés ici, la majo­ri­té des poètes israé­liens qu’on peut lire en tra­duc­tion sont des hommes d’un cer­tain âge). Un jour, une amie, Maya Lavie, m’a fait lire un poème écrit par son amie Orit Gidali. Le poème s’intitulait “Did you pack it your­self”. Il ne conte­nait que quelques vers, écrits dans une langue à l’apparence fort simple. J’ai trou­vé ce poème per­ti­nent à mon objec­tif d’apprendre l’hébreu (à cause de l’emploi du voca­bu­laire en rap­port avec les aéro­ports). Il s’est avé­ré que ce texte témoi­gnait d’une grande intel­li­gence de la part de son auteure, puisqu’il uti­li­sait un cer­tain nombre de registres d’hébreu dif­fé­rents et jouait avec les dif­fé­rents sens de chaque terme. Il ren­fer­mait un cours d’hébreu à lui tout seul. J’ai aus­si beau­coup aimé la sen­si­bi­li­té, l’esprit et l’humour qui s’en déga­geaient.

Jane : Pour moi, tra­duire les poèmes de Dan Pagis a éga­le­ment consti­tué un appren­tis­sage. En fait, mon frère, qui un spé­cia­liste de la Torah, m’a beau­coup aidée, car Pagis fait éno­mé­ment réfé­rence au Tanakh, et par­fois il reprend même des lignes entières du Deutéronome, par exemple. Son tra­vail pré­sup­pose que les sources ne nous sont pas incon­nues et il se per­met ain­si de jouer avec les signi­fi­ca­tions. Par consé­quent, ce qui est impor­tant dans ce cas par­ti­cu­lier n’est pas seule­ment de tra­duire de l’hébreu vers l’anglais, mais aus­si de com­prendre les réfé­rences de Pagis.

 

Dara : Je suis d’accord avec le fait qu’on arrive à mieux com­prendre une culture à tra­vers sa langue et sa lit­té­ra­ture. Toutefois, j’ai vou­lu tra­duire parce que je consi­dé­rais que le tra­vail de Gili Haïmovich méri­tait un lec­to­rat plus large (au-delà de la sphère des per­sonnes qui parlent l’hébreu). Je suis heu­reuse de tra­vailler avec une poète contem­po­raine dont les sujets de pré­di­lec­tion sont le déra­ci­ne­ment et la confu­sion cultu­relle. Gili vient juste de ren­trer en Israël, après avoir pas­sé plu­sieurs années à Toronto. Certains de ses poèmes explorent cette expé­rience ou y font allu­sion.

Je vou­drais ajou­ter que nous menons ensemble un dia­logue très agréable et pous­sé sur la poé­sie et la tra­duc­tion. Je crois que Gili a été la pre­mière à tra­duire en hébreu quelques poèmes de mon livret Headwind Migration. Ces tra­duc­tions ont été publiées dans la revue israé­lienne Shvo. J’ai alors déci­dé de tra­duire quelques uns de ses poèmes en anglais. Le pro­ces­sus s’est enclen­ché. Nous nous envoyons des brouillons de nos poèmes, avec des sug­ges­tions, des com­men­taires, des expli­ca­tions, des argu­ments et des ques­tions. Je pense que Gili serait d’accord avec moi sur le fait que nous nous sen­tons res­pon­sables des poèmes que nous tra­dui­sons, même s’il se déploie beau­coup d’échanges et de com­pro­mis tout au long du pro­ces­sus.

Joanna : Pour ma part, tra­duire de la poé­sie hébraïque vers l’anglais est une chose que je trouve assez natu­relle. Après avoir pas­sé tant d’années en Israël, je suis au dia­pa­son avec le contexte cultu­rel et ceci est plus impor­tant, à mon avis, que de juste tra­duire des mots avec un dic­tion­naire. On m’a deman­dé l’autre jour s’il me res­tait encore du temps pour écrire des poèmes alors que je tra­dui­sais tant. J’ai répon­du que jus­te­ment, j’en écri­vais, des poèmes, puisque j’en tra­dui­sais.

 

Marcela : Je ren­ché­ris avec ce que Joanna dit. Récemment, les lit­té­ra­tures dites hybrides ont fait l’objet de beau­coup d’attention ; ces lit­té­ra­tures de genres dif­fé­rents qui se nour­rissent mutuel­le­ment, tout comme celles qui pro­viennent de langues et de lieux dif­fé­rents. Non seule­ment je trouve que ces lit­té­ra­tures injectent de la vita­li­té à ma propre écri­ture, mais j’aime aus­si lire de la lit­té­ra­ture qui dia­logue avec le monde, même si elle se bat pour sur­vivre, et je pense à Taha Muhammad Ali, tra­duit récem­ment par Peter Cole, ou à des textes que j’ai tra­duits et qui pro­ve­naient du Congo et du Zaïre, ou d’écrivains de langue tchèque vivant sous la domi­na­tion des Habsbourg.

 

Joanna : Il existe tel­le­ment de jeunes poètes très doués écri­vant en arabe et en hébreu ici. Je ne suis pas sûre que toute cette poé­sie soit acces­sible aux lec­teurs anglo­phones, mais il est cer­tain qu’il y a une très grande quan­ti­té de choses extra­or­di­naires qui n’attendent que d’être tra­duites. Par exemple, je sur­veille actuel­le­ment le tra­vail d’un mer­veilleux poète : Nadav Liniel. Sa poé­sie est à la fois très intime et extrê­me­ment israé­lienne.

Jane : J’ai com­men­cé à me deman­der pour­quoi cer­tains poètes israé­liens jouissent d’une renom­mée inter­na­tio­nale (comme Leah Goldberg, Yehuda Amichaï, etc.), alors que d’autres comme Pagis, et le mer­veilleux poète men­tion­né par Joanna, ne sont abso­lu­ment pas connus dehors d’Israël. J’ai com­pris que cela dépen­dait de qui les avait tra­duits. Si un poète connu de langue anglaise décide de tra­duire quelqu’un, les pro­jec­teurs se tour­ne­ront vers lui. Sinon, dom­mage… C’est pour­quoi je vois le tra­duc­teur comme une espèce d’ambassadeur, quelqu’un qui pousse une porte et per­met aux textes de pas­ser d’une culture à une autre. J’adore lire ce qui pro­vient d’autres pays et tra­quer les dif­fé­rences et les res­sem­blances. Je suis donc d’accord avec Marcela sur le fait que l’on n’arrive vrai­ment à com­prendre une culture que si l’on en parle la langue.

 

Marcela : Personnellement, j’espère qu’en ce qui concerne le tra­vail poé­tique d’Orit Gidali, je suis plus que quelqu’un qui pousse une porte. Je viens de finir de tra­duire son pre­mier recueil, Twenty Girls to Envy Me, ce qui m’a per­mis d’en apprendre beau­coup, à la fois sur le Tanakh, et dans le domaine lexi­cal de la cui­sine, des appa­reils ména­gers, et tout ce qui est du voca­bu­laire de base pour qui­conque réside dans une muni­ci­pa­li­té israé­lienne. Ces tra­duc­tions com­mencent à être accep­tées et publiées par des revues amé­ri­caines. Je suis en train de tra­duire son second livre, dont le titre peut être glo­sé par les mots “état de construc­tion”, ou “proxi­mi­té”, et il me per­met d’apprendre tous les termes dont j’ai besoin pour éle­ver ma fille en Israël. Je ne plai­sante qu’à moi­tié. Le livre d’Orit traite aus­si de la mater­ni­té, en plus d’être poli­tique, humo­ris­tique, hon­nête, créa­tif… En un mot, il mérite cer­tai­ne­ment qu’on apprenne l’hébreu pour le lire. Il consti­tue éga­le­ment une fabu­leuse intro­duc­tion au quo­ti­dien israé­lien.

Jane : J’envie cette pos­si­bi­li­té d’échange avec un poète contem­po­rain. En tra­dui­sant les poèmes de Pagis, j’ai essayé de res­pec­ter sa voix sans rien ajou­ter qui vien­drait de moi. J’étais désa­van­ta­gée car si j’avais tra­duit un poète encore en vie, nous aurions pu en dis­cu­ter (pour le meilleur ou pour le pire). Pagis a aus­si déjà été tra­duit, ce qui a com­pli­qué les choses. J’ai pris le par­ti de ne lire aucune des tra­duc­tions de son tra­vail pen­dant que je le tra­dui­sais, mais elles existent, à l’arrière plan, et rebon­dissent pour par­fois faire sur­face.  

Joanna : Pour clôre cette dis­cus­sion sur la tra­duc­tion, je crois que l’élément le plus impor­tant dans le choix d’un poète à tra­duire, qu’il soit en vie ou non, est d’aimer ses poèmes. Élire un poète juste parce que vous vou­lez tra­duire n’est pas une bonne rai­son. Je suis tom­bée sur un mince recueil de poèmes écrits par Agi Mishol il y a quelques années. Il se trou­vait chez moi, sur une éta­gère. Je ne l’avais jamais remar­qué, mais quand j’ai com­men­cé à le lire, je suis tom­bée sous le charme et j’ai eu envie de décou­vrir son tra­vail. J’ai fini par tra­duire presque tous les poèmes de ce livre, j’ai com­men­cé à cor­res­pondre avec Agi Mishol et j’ai eu le plai­sir de la ren­con­trer en per­sonne. Jane a par­lé d’une vie lit­té­raire israé­lienne dyna­mique, je suis curieuse d’en savoir plus sur ce sujet.

 

Marcela : En tant que mère céli­ba­taire et maître de confé­rences (bien­tôt titu­laire !), et direc­trice du pro­gramme Shaindy Rudoff de créa­tion lit­té­raire de troi­sième cycle à l’université Bar-Ilan, mon uni­vers poé­tique anglo­phone trouve ses sources au sein de ce contexte-là. Bar-Ilan ras­semble des écri­vains et des poètes du monde anglo­phone pour des lec­tures et des cours, et s’évertue à leur faire ren­con­trer des poètes, écri­vains et tra­duc­teurs locaux. Ainsi, nous ser­vons à la fois nos étu­diants et le public anglo­phone.

Joanna : En tant qu’ancienne étu­diante au sein de ce pro­gramme, je peux attes­ter du fait qu’il pro­cure un lieu unique dans lequel je pou­vais m’exprimer et écrire de la poé­sie avec des per­sonnes qui pen­saient comme moi, et ce dans une langue qui après tout est ma langue mater­nelle. Beaucoup plus de per­sonnes qu’on ne le croit sont pas­sion­nées par la poé­sie en anglais en Israël, et Bar-Ilan lui four­nit une excel­lente tri­bune.

Marcela : L’université de Tel Aviv, où Dara étu­die et enseigne, four­nit éga­le­ment un endroit fabu­leux pour les auteurs de langue anglaise et un cer­tain nombre de poètes célèbres y ont été accueillis, au sein d’une série de confé­rences et de ren­contres, comme Rachel Zucker, et aus­si Mark Strand, avec lequel l’événement a été par­ti­cu­liè­re­ment tou­chant, puisqu’il ras­sem­blait une dizaine de ses tra­duc­teurs israé­liens. 

 

Dara : Comme le sou­ligne Marcela, beau­coup d’écrivains illustres viennent en Israël. Je dois avouer que j’ai de la chance d’évoluer dans un milieu qui soit tel­le­ment “inter-nations” : je tra­duis de l’hébreu, je finis une thèse sur Walt Whitman et la poé­sie judéo-amé­ri­caine, je par­ti­cipe à des lec­tures et à des col­loques en Israël et aux États-Unis, et je jouis d’échanges avec un grand nombre de poètes, écri­vains et tra­duc­teurs du monde entier. 

 

Jane : Je crois que le moment est venu de par­ler de la revue The Ilanot Review, qui est la seule revue lit­té­raire en ligne en Israël. Elle paraît deux fois par an et contient de la poé­sie, de la fic­tion, de la “non-fic­tion”, et des tra­duc­tions pro­ve­nant du monde entier. La revue tra­vaille en tan­dem avec des cours, des lec­tures et des ate­liers pour incar­ner du mieux pos­sible l’idée de “mots sans fron­tières”. 

 

Marcela : Absolument ! La revue The Ilanot Review est née de l’initiative de Janice Weizman, une Canadienne qui a pas­sé plus de la moi­tié de sa vie en Israël et qui a étu­dié dans le pro­gramme Shaindy Rudoff. Jane et moi édi­tons éga­le­ment la revue en ce moment, et pour l’été 2012, nous avons aidé à com­po­ser un numé­ro entiè­re­ment foca­li­sé sur la tra­duc­tion et dans lequel nous avons publié des poètes locaux (Translation/​Transformation “traduction/​transformation”). Ce que je pré­fère dans mon tra­vail avec cette revue (dont Sarah a été la rédac­trice invi­tée pour la par­tie poé­sie du numé­ro Foreign Bodies “corps étran­gers”) est l’idée que nous pou­vons créer une revue inter­na­tio­nale qui trans­cende les fron­tières (alors que pas­ser phy­si­que­ment des fron­tières est encore impos­sible pour un grand nombre de gens). Je trouve aus­si très inté­res­sant le fait que des textes pro­ve­nant en majo­ri­té de pays anglo­phones consti­tuent le numé­ro Foreign Bodies. J’aime beau­coup la façon dont ces corps deviennent par la suite “étran­gers”. J’aime le bina­risme ren­ver­sé que cela implique.

J’aimerais aus­si ajou­ter que nous essayons d’attirer dans notre cercle des librai­ries et des groupes locaux pour enri­chir les échanges. Par exemple, avec l’intermédiaire de la librai­rie tela­vi­vienne Sipur Pashut, Mira Rashty et moi ten­tons d’organiser une série de lec­tures impli­quant des tra­duc­tions. La librai­rie Adraba, à Jérusalem, est aus­si un endroit où les langues se che­vauchent et se mélangent. Là-bas, Rachel est la per­sonne à laquelle je m’adresse si je veux orga­ni­ser des ééne­ments lit­té­raires ras­sem­blant des per­sonnes et des groupes par­lant des langues dif­fé­rentes.

Donc, pour reve­nir à la pre­mière ques­tion que Sarah nous a posée, bien que je ne me consi­dère pas comme une poète israé­lienne, ce qui m’enthousiasme en tant qu’enseignante, poète, cri­tique lit­té­raire et tra­duc­trice vivant et tra­vaillant en Israël est de décou­vrir pour moi-même et pour les autres les lit­té­ra­tures locales d’Israël, et, en même temps, les inclure à une dis­cus­sion inter­na­tio­nale en anglais.

Dara : Je peux cer­tai­ne­ment m’identifier à ce que tu dis. La pro­duc­tion lit­té­raire et poé­tique en anglais est acces­sible en dehors du monde lit­té­raire israé­lien, mais j’ai tout de même énor­mé­ment béné­fi­cié de la com­mu­nau­té lit­té­raire anglo­phone du pays, qui est forte et vivace. Et n’oublions pas nos soi­rées lit­té­raires, qui ont vu le jour il y a envi­ron deux ans et qui ont lieu tous les mois. Marcela, Joanna, Jane et moi fai­sons par­tie de ce groupe qui va en s’étoffant, et Sarah se joint à nous quand elle est en Israël. Marcela nous reçoit chez elle en géné­ral et il faut dire que son ragoût à la citrouille est à tom­ber. 

 

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Le grain de sel de Sabine Huynh

 

 

Lorsque Matthieu Baumier, le rédac­teur en chef de Recours au poème, m’a deman­dé il y a quelques mois si je pou­vais lui écrire un article sur la poé­sie israé­lienne contem­po­raine, je lui ai répon­du que je le ferais un jour, mais pas dans l’immédiat parce que cela pou­vait me deman­der beau­coup de tra­vail, et à l’époque le temps me man­quait cruel­le­ment. Peu de temps après, cette dis­cus­sion lit­té­raire menée par Sarah Wetzel a été publiée dans la revue The Bakery… J’ai dit à Matthieu que c’était exac­te­ment ce qu’il nous fal­lait. Rien n’aurait pu me faire plus plai­sir que de tra­duire en fran­çais cette conver­sa­tion pas­sion­nante entre des poètes et tra­duc­trices pour les­quelles j’ai beau­coup d’estime et d’amitié, d’autant plus que la poé­sie israé­lienne et sa tra­duc­tion est un sujet qui s’adresse direc­te­ment à ma vie en Israël, vu que je suis moi-même poète et tra­duc­trice lit­té­raire.

 

Avant de pour­suivre, j’aimerais pré­ci­ser que contrai­re­ment à ce que Jane a dit, The Ilanot Review n’est pas la seule revue lit­té­raire israé­lienne en ligne, puisqu’il y a éga­le­ment une revue qui s’appelle The Writer’s Ink, née en 2008 au sein de l’université hébraïque de Jérusalem. Il s’agit d’une revue inter­na­tio­nale qui ras­semble des auteurs dont le tra­vail est vrai­ment inté­res­sant (je fais par­tie du comi­té consul­ta­tif de rédac­tion).

 

Pour ce qui est de la tra­duc­tion de poé­sie, en plus de tra­duire des poètes anglais, amé­ri­cains, ira­niens, ita­liens, etc., je tra­duis aus­si de la poé­sie israé­lienne en fran­çais pour des revues lit­té­raires aux­quelles je col­la­bore régu­liè­re­ment. J’ai tra­duit des poètes israé­liens morts mais incon­tour­nables, comme Leah Goldberg et Yehuda Amichaï, dont j’adore la poé­sie, que j’ai tou­jours trou­vée très moderne. J’ai aus­si tra­duit des jeunes poètes contem­po­rains, comme Lyor Shternberg, qui est né en Israël en 1967 et qui vit à Jérusalem. L’un de ses recueils a été publié aux édi­tions fran­çaises Gros Textes. J’ai tra­duit quelques poèmes inté­res­sants de la poète Sigal Ben Yaïr, pour une soi­rée de poé­sie israé­lienne qui s’est dérou­lée l’an pas­sé à l’Institut Français de Tel Aviv, et où j’ai pu ren­con­trer le poète israé­lien Amir Or, qui diri­geait encore à l’époque la revue lit­té­raire Helicon, dans laquelle un de mes poèmes écrits en hébreu a été publié.

 

Le fait que je maî­trise à la fois l’hébreu, le fran­çais et l’anglais, entre autres, me place au sein de pos­si­bi­li­tés de lec­ture et de tra­duc­tion gri­santes. J’ai appris l’hébreu en arri­vant en Israël en 2001, dans des cours du soir d’abord (parce qu’en jour­née je tra­vaillais et fai­sais une thèse), puis sur le tas, dans la vie et à l’université, où je sui­vais des cours en hébreu. Pour obte­nir ma thèse de doc­to­rat en lin­guis­tique de l’université hébraïque de Jérusalem, il a fal­lu que je réus­sisse un exa­men sur table de cinq heures en hébreu avan­cé (hébreu uni­ver­si­taire). La pré­pa­ra­tion à cet exa­men avait contri­bué à pro­pul­ser mon niveau d’hébreu vers des hau­teurs étour­dis­santes. Depuis, j’ai un peu per­du la main, mais l’essentiel est cer­tai­ne­ment là.

 

J’ai tou­jours écrit et tra­duit de la poé­sie, pour moi-même, avant de son­ger à me faire publier. Je me tra­dui­sais moi-même d’une langue à l’autre, je tra­dui­sais des poètes que j’aimais, pour l’amour de la tâche, pour le plai­sir de rele­ver des défis. Vivant ici en Israël, j’ai trou­vé qu’il allait de soi que je tra­duise des auteurs israé­liens que j’aime, pour qu’ils puissent être lus par des per­sonnes qui ne connaissent pas l’hébreu. Cela dit, je ne tra­duis pas uni­que­ment de la poé­sie israé­lienne, ou de la poé­sie tout court, même si celle-ci consti­tue l’essentiel de mon tra­vail de tra­duc­trice lit­té­raire. J’ai tra­duit des recueils du poète juif cana­dien Seymour Mayne (des sortes d’apophtegmes se pré­sen­tant sous la forme de son­nets d’un mot par vers) ; Mayne a lui-même été tra­duit en hébreu par le poète et tra­duc­teur israé­lien Moshe Dor. Actuellement, en plus de tra­duire de l’anglais un recueil de poèmes du poète bri­tan­nique Richard Berengarten, Le Papillon bleu, sur les mas­sacres nazis per­pé­trés dans les Balkans en 1941, je tra­duis aus­si, de l’hébreu, un récit auto­bio­gra­phique écrit par l’auteur israé­lien d’origine polo­naise Uri Orlev, Les Soldats de plomb. Uri Orlev est un auteur et tra­duc­teur dont j’ai tra­duit il y a quelques années un recueil de poèmes qu’il a écrit dans le camp de Bergen-Belsen et qui a été publié en France par les édi­tions de l’éclat, sous le titre Poèmes écrits à Bergen-Belsen en 1944 en sa trei­zième année. Force est de consta­ter que je tra­duis majo­ri­tai­re­ment des auteurs et des poètes juifs, et cela est sans doute dû au fait que je vive en Israël. Le thème de la Shoah semble éga­le­ment récur­rent et par­fois même cen­tral à mon tra­vail, ce qui n’est pas sur­pre­nant dans la mesure où il est une com­po­sante impor­tante de la culture, de l’histoire et de la lit­té­ra­ture de ce pays. Il occu­pe­ra tou­jours les esprits à mon avis, ou du moins je le sou­haite, car je trouve que le devoir de trans­mis­sion et de mémoire est essen­tiel.

 

J’aimerais essayer de tra­duire d’autres poètes “clas­siques” que Leah Goldberg et Yehuda Amichaï, comme Nathan Alterman et Haïm Nahman Bialik, des réfé­rences israé­liennes que per­son­nel­le­ment je trouve très modernes, très révo­lu­tion­naires en quelque sorte, mais ils ont déjà été beau­coup tra­duits. Dans les poètes illustres encore en vie, j’aime beau­coup la poé­sie d’Aharon Shabtaï (né en 1939 ; encore un vieux poète mâle, dirait Marcela ; certes, mais sa poé­sie est loin d’être vieillotte, elle est au contraire très épu­rée et très expé­ri­men­tale), mais elle a déjà été tra­duite en fran­çais, comme l’est celle de ces deux poètes contem­po­rains que j’admire : Israël Eliraz (publié en France chez Corti) et Ronny Someck (publié en France chez PHI et chez Bruno Doucey). Parmi les femmes, le tra­vail très sen­suel de la poète Haya Esther m’attire éga­le­ment (elle a été tra­duite en fran­çais par Esther Orner, une auteure fran­co-israé­lienne vivant à Tel Aviv).  

 

Finalement, j’aimerais pré­ci­ser qu’il m’est aus­si arri­vé de tra­duire des poètes israé­liens qui n’écrivaient pas en hébreu, mais en fran­çais, comme Colette Leinman, poète d’origine fran­çaise ; ou en anglais, comme Iris Dan, poète d’origine rou­maine. Iris Dan est éga­le­ment tra­duc­trice.

Parmi les poètes israé­liens contem­po­rains qui sont aus­si tra­duc­teurs, il faut men­tion­ner entre autres le nom de Karen Alkalay-Gut (elle est israé­lo-anglo-amé­ri­caine, écrit en anglais et j’aimerais la tra­duire en fran­çais quand j’aurai un peu de temps), ain­si que de Pnina Amit, spé­cia­li­sée dans la poé­sie des Indiens d’Amérique, et de Marlena Braester (qui tra­duit beau­coup de poé­sie rou­maine et israé­lienne en fran­çais, et qui enseigne au Centre de Recherches sur la Poésie Francophone Contemporaine de l’université de Haïfa, qui mal­gré son nom, ne s’occupe pas que de poé­sie fran­co­phone puisqu’il contri­bue aus­si à faire connaître la poé­sie israé­lienne, juive et arabe). N’oublions pas non plus le tra­vail du poète Dory Manor : il a tra­duit Baudelaire et Mallarmé, entre autres poètes fran­çais, et il édite la revue lit­té­raire Oh !. Enfin, tout récem­ment, grâce à mon ami Moshe Ron, écri­vain-tra­duc­teur for­mi­dable qui écrit aus­si par­fois des vers, et édi­teur au sein de la mai­son d’édition Am Oved (fon­dée en 1942), j’ai décou­vert le tra­vail du poète et tra­duc­teur israé­lien Rami Saari, qui vit aujourd’hui à Athènes. Son tra­vail me plaît énor­mé­ment et je pense le tra­duire bien­tôt en fran­çais.

 

Et puis il y aus­si les poèmes du poète druze de Galilée Naïm Araidi, que j’aime beau­coup (il est tra­duit en anglais par Karen Alkalay-Gut). Nous avons enga­gé une brève cor­res­pon­dance qu’il fau­drait que je ravive. Bref, il y a vrai­ment de quoi faire dans le domaine de la tra­duc­tion de la poé­sie contem­po­raine israé­lienne, mais l’important est déjà de la lire, de savou­rer tous ces vers qui nous sont offerts, et j’ai conscience que ce que j’en ai déjà lu ne consti­tue que la pointe de l’iceberg, comme on dit. C’est là que le tra­vail du poète-tra­duc­teur s’avère cru­cial, puisqu’il s’agit d’un tra­vail de pas­seur de poèmes, l’un des plus beaux qui soient, à mon avis. Quelle chance j’ai de pou­voir le faire presque quo­ti­dien­ne­ment ! On ne répé­te­ra jamais assez ces mots de Paul Celan : “Les poèmes sont aus­si des cadeaux – des cadeaux pour ceux qui sont atten­tifs. Des cadeaux qui amènent avec eux le des­tin”. 

Sabine Huynh, Tel Aviv, 10 mars 2013

 

www​.sabi​ne​huynh​.com

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