Amália Cardoso, hérédités

Par |2022-03-06T08:17:57+01:00 1 mars 2022|Catégories : Amália Cardoso, Poèmes|

à retenir

Une orange sur la table de la vieille maison
habite tout l’espace,
la con­cen­tre sur sa peau.
Il y a des assi­ettes au mur
et un vieux planch­er en bois.

Mon clan éparpil­lé de pensées
se déverse en sac de billes ouvert.

La lanterne laisse dans l’ombre
un pan entier de mémoires
il ne faut pas tout dire
tout dire trop vite.

J’égoutte quelques pensées
je garde au creux de mes mains
ce que je tiens à retenir
ce qui tient
sans couler
sans tomber.

Les rebor­ds des champs, blancs,
la vie con­tenue dans un aller-retour
qui cherche à s’étendre
à chaque fois qu’elle touche la paroi

choisir les meilleures mains
pour lire les pierres.

 

∗∗∗

débuts

Au début mon nom je ne voulais pas
l’éclater blanc dans la lumière
de tout et de ce qui grandit sans cesse.

Les pommes en quarti­er tombaient sur le sol,
les allumettes se cas­saient avant d’avoir lancé le feu
les mains ne savaient pas faire
les miennes, trop petites et gauches
encore bour­geons, mon ventre
se tor­dait en lui, noy­au muet
flan­qué dans les côtes.

Je courais tout autour de mon enfance
les genoux se fendaient dans la terre,
un bain lavait mes blessures
le vent aus­si séchait les querelles
et les échard­es ça passait,
ça finis­sait tou­jours par passer
une nuit suff­i­sait pour réparer
l’orgueil et le rouge aux joues.

J’observais mes pensées
au bord de la fenêtre
quelques-unes deve­naient jeux
les autres fanaient au rythme du regard
qui allait jusqu’au fleuve.

Main­tenant j’allonge le pas qui va
vers le rivage, ramasser.
Les pieds foulent leur vie
c’est comme cela que
com­mence et s’envoie
le retour vers soi.

 

∗∗∗

hérédités

Oubli­er ou se souvenir
c’est avancer vers
avancer vers sa mémoire.

Revenir à celles des anciens
lire entre les lignes
trac­er des lignes sous les mots
pour soutenir le souvenir.

Par­fois, on oublie de se souvenir,
on n’y arrive pas
Par­fois, on se sou­vient qu’il faut oublier,
on n’y arrive pas non plus.
J’ai oublié d’oublier, je me suis sou­v­enue de me souvenir
la tête pleine d’images, comme des films super huit en boucles
pour adoucir, la pel­licule un peu trop rose
je m’inviterai à les regarder une nuit de belle étoile
quand le temps aura passé.

Au milieu de mes sou­venirs et de l’oubli
mes pen­sées éparpil­lées revi­en­nent et s’enfuient
ont leurs vies propres,
un fleuve et d’un côté la source, de l’autre l’estuaire
c’est un peu comme ça que j’imagine la mémoire
éparse, épaisse
un croc­o­dile et ses larmes tapie à la sur­face de l’eau
une petite barque
une sub­mer­sion une sécheresse.

Au creux de l’oubli dans le plein du souvenir
qu’est-ce qui se cache
est-ce que mes aïeux ont trans­mis leurs sou­venirs, leurs oublis
dans mes tissus
dans mes os
est-ce que ça ric­oche d’enfants en enfants ?

 

Présentation de l’auteur

Amália Cardoso

Amália Car­doso naît en 1992 et vit actuelle­ment dans les Alpes de Haute Provence. For­mée en design (vête­ment), elle explore les liens pos­si­bles avec l’écriture et les his­toires dans cette dis­ci­pline. Actuelle­ment accom­pa­g­na­trice et por­teuse de pro­jets cul­turels, Amália développe une asso­ci­a­tion de pro­mo­tion de la poésie con­tem­po­raine, La Sérendipe.

L’écriture tient une place cen­trale, on retrou­ve cer­tains de ses poèmes dans les revues Mot à Maux, Lichen, SALADE, Pier­res d’encre, Feu de paille et Miroir. En cours, des pub­li­ca­tions à venir en revue, un pro­jet de recueil autour de la notion de noy­au et un mono­logue pour le théâtre, Soror.

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