Partir c’est comme un petit arrachement un peu comme un scratch un peu usé un petit agrippement un pansement qui colle encore à la peau et alors on y laisse une plume ou deux même en détachant tout doucement c’est laisser derrière soi quelque chose mais on ne sait pas quoi quelque chose d’indéterminable d’indéfinissable et tant qu’on y est d’interminable quelque chose que l’on sait derrière soi même longtemps après avoir dépassé le derrière soi et alors que l’avant est tout devant quelque chose qui ne termine pas de terminer
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puis vient le déplacement le train galopant sur les rails la fenêtre qui nous rappelle le monde le déplacement du corps sans mouvement le déplacement du corps entier parallèle à la terre sur des rails sans bouger sans un geste on ne bouge pas on est bougé c’est une sorte de magie de renversement connu et nouveau à la fois ce corps là va connaître un autre soi ce corps là c’est un bout de soi qu’on transporte sans rien faire
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c’est la solitude qui revient toujours quand on est seul et qui revient dans les pensées et avec la solitude ce sont les êtres qu’on aime et qui nous entourent ceux-là même qui nous font dire je ne suis pas seul et pourtant
pourtant
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la solitude c’est elle qui est la plus présente la solitude c’est l’absence la plus présente la plus tenace qui soit elle tient à nous autant que l’on tient à elle elle tient dans le creux de la main et dans le cœur trop étroit parfois
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la rivière ou ce qu’il en reste dialogue avec son lit
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on entend des conversations des borborygmes de l’eau les glougloutements entre les cailloux et le vent qui chatouille les feuilles des peupliers qui frémissent la libellule certainement l’ancêtre de l’hélicoptère vrombit en rasant l’eau superbe numéro de voltige digne d’un canadair
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et je plonge mes pieds harassés dans l’eau fraîche et transparente et mes orteils touchent le fond et troublent le périmètre limpide en remuant la vase et le sable je case mes pieds entre deux cailloux bien calés là je laisse le temps passer dans le cours de l’eau sur le rivage l’eau coule comme le temps ça s’arrête un petit instant
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je reprends sur mon dos ma vie mes quelques kilos de gros sac ramassés sur mon dos m’etreignent ce gros sac m’étreint me prend par la taille repose sur mes reins m’entoure comme un homme un enfant un fardeau une promesse avec lui je me sens moins seule
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je sais qu’il y a une partie de ma vie dedans même infime et que je la transporte avec moi je suis rien auquel on peut ajouter ce petit tas là rien ajouté à ça ce gros sac rempli de quelques riens que je porte et qui semble me rappeler mes pieds sur la terre avec la fatigue et le soleil et l’air et le ciel qui n’en finit jamais et les idées qui traînent le poids m’écrase comme si je devais rentrer dans la terre à chaque pas les racines que l’on n’a pas les histoires que l’on ne se raconte plus je me laisse écraser je ne veux plus rien d’autre et avancer quand même avancer aller de l’avant encore je ferai une pause après après le virage après le raidillon après la pente après l’arbre après les blés moissonnés après la belle vue sur le village de pierre après pour avancer encore
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et soudain la douleur l’élancement l’échauffement les étirements criants le mouvement qui use et tire et écrase et le poids dans les articulations qui nous rappelle la pesanteur la terre l’aimant c’est en aimant que l’on marche en aimant en terrassant terrassé de fatigue abattu vaincu par le chemin le repas le moment de s’arrêter et regarder manger s’effondrer de torpeur et de secondes blanches tout à coup dans les draps frais si doux qu’on avait oublié la douceur de la peau quand elle a trop pris l’air s’étirer comme le temps s’étire















