I
Je quittais les toits
Comme des pentes sous la neige
Tant de nids près des cheminées gelaient
Dans la froidure et languissais de vous
Forêts de mimosas aux boutons d’or
Pinèdes aux aiguilles tapissant le sol
Palmes berçant la mer grenadiers solaires
Eucalyptus aux écorces qui muent
Et moi de branche en branche les ailes déployées
Frémissant et frêle empreint de vos sources
J’avais hâte de vous retrouver soirs embaumés
Le vent absent et la brise soudaine
Je te portais terre pétrie de mon sang
Collée à la poitrine le bec fier de tes chants
II
Je survolais clochers cloches et bourdons
Les pierres hautaines les tours dans les ciels
de brume la nuit confondue avec le jour
Et désirais vous revoir oliveraies à perte de vue
Nourricières des étourneaux et des mésanges
La couronne de la huppe solennelle et pensive
Dans la résonance des plaines
Mes années comme des damiers
Jamais reposées des distances
L’absence nouée dans les entrailles
Comment te voir matin qui se lève
Au-delà des murs qui s’élèvent
III
Je me souviens de vous vallées et vallons
Sous l’orage je me désaltérais des crues
Les flots en furie emportant les rivières
Consolées par les flûtes lointaines
J’entendais ton cœur apeuré parmi les feuillages
Submergé de tout ce qui a manqué
Avais-je oublié les averses clémentes et battantes
Etais-je endurci par les étés
Ta voix m’enchaînait aux contorsions
Pleines et creuses comme des tambours
Les appels après les appels restés muets
Je disais aux champs qui vous a appris
La patience en attendant la pluie
IV
Je languissais de toi
Dans mes haltes furtives
Les visites pliées aux impératifs injustes
Ces minarets dans la paix de l’aube
Réveillée par la ferveur des colombes
Le soleil était déjà là
Et moi comme un bourgeon qui ouvre ses paupières
J’accueillais tes rayons sur la terrasse
Dans l’éclat de la lumière
Je ne savais si les arbres alentour m’offraient
Leur saison
Ou si j’habitais
Ton grenadier laissé là comme lampadaire
V
Je survolais des villes à la pierre orgueilleuse
Les maisons hautes comme des cages
Les démunis lourds de leurs abandons
Somnolaient sous les ponts tentes de fortune
Et boites de conserves ouvertes les passants sans regards
Péniches bateaux-mouches les peupliers en sentinelles
Et moi comme une feuille morte
Je suppliais le vent
O toi fleuve jubilant de rejoindre l’océan
et si Indifférent !
As-tu consolé les berges libéré les cordes
Largué les amarres sans voiles ni ancres
Jamais en arrière toujours devant
VI
J’évitais Mirages, drones, ailes d’acier
Nuages douteux avatars d’oiseaux à la vitesse du son
Et tentais de reconnaître mon chemin vers toi
Dans la compagnie des cigognes des oies sauvages
Dans les errements des martinets, et des moineaux
Je te le dis je sais quand ta mer est proche
Sels et algues pinèdes et palmeraies
Je sais quand tes herbes sauvages approchent
Ivres de leurs fragrances la silhouette sans voile
Je te confiais mes évasions
Fuyant les arbres nus les ciments et les asphaltes
Les hivers aux gerçures qui pincent
Les pas qui glissent sur les bordures
Les allers-retours comme danses de derviches-tourneurs
VII
Je criais au ciel
Laisse-moi traverser les merveilles de la terre
Epargne mes plumes trempées dans la Nuit
Pour chercher ton soleil dans le firmament
Et bannir les marges recluses
Cette chanson soudaine pour briser les litanies
J’évitais débris de satellites tirs à volonté
Têtes de fusées étincelles bombes incendiaires
Par en dessous de moi les chars les fosses et les fossés
Les fils barbelés les miradors les camps de réfugiés
De secousse en secousse la terre tremblante
Les humains se dévoraient comme des fauves
Comment te retrouver mère de l’insouciance
Enfance souveraine de la beauté !















