…et il commença à se découper • en coupant sa silhouette, il abolit son contenu • en coupant sa vacuité, il abolit sa forme • en coupant sa différence, il cessa de flotter dans le vide qui nourrissait sa molécule • il ne lui restait plus que l’extension – et il la coupa aussi, sombrant dans le nom du néant • jusqu’à ce point, le processus de dé-miroitement s’était déroulé plutôt rapidement – il ne lui restait plus qu’un seul miroir et le brisant également, il se découpa pour en sortir •
ainsi l’assiette commença à se ronger les lèvres en me regardant dans le miroir – telle un aliment éthéré achevant ses sons en des lettres • le charbon détache sa lumière de l’herbe noire dont se glisse la nuit • l’ampoule se tient sur la chaise et dans sa bouche cache le vide avec lequel s’éclabousse son œil • autour de l’air il y a un miroir qui neige – où le regard se mire tel un transfert de destin – arrachant sa cécité avec le sommeil • et le rêve monte jusqu’à l’abîme qui le descend – se regardant avant d’être avec l’ombre de l’œil qui fut •
la mer s’est cachée parmi les arbres dans une forêt de dissimulations et de suspensions • l’aurore vaporise un commencement qui refuse de naître – comme l’éclipse dans le ventre d’une vache stérile • … je bois, solitaire, le silence de l’éveil…
le néant tel une loupe
… il s’approche en s’annulant dans le cercle à la question noire – laissant derrière lui le texte qui s’effrite • comme une ombre à peine dite de l’inconnu à peine pensé • l’inconnu – avec son visage de vitre extra-je • les lettres sectionnent le néant tel un baiser inondé de rayons • d’une pâleur extrême – l’absence du spectre que la dissolution symbolise • le pain inquiète avec or la main dont il est rompu • le fils nage dans la contemplation de sang du père • boit, bu par béatitude • les lèvres se détachent du fou tel un ongle du mot • sommeil au clown, à personne dédié • à la similitude semblable • elles respirent, grandissant avec le vide du sens qui les sépare • non écrites à l’encre du non-encor sur une page qui fut déjà au non-être pré-inconnu • et pourtant, jamais paysage plus absent ne vint à la rencontre des voyageurs lisant leurs pas • … et le néant tel une loupe…
amnésies torrentielles
noyée sous les amnésies torrentielles de la lune est la pierre sacrée de la mémoire • le poète entend les échos des étoiles avec l’abîme de ses yeux – écoute les regards des fantômes astraux et emplit sa fenestre-astre de chants • le héros sombre dans le temps – supernova à l’éclat de mort • disparais dans les lointains des fumées, toi, messager solitaire – avec tous tes messages perdus, tel un arbre dont sont tombés tous les mots • illusionniste amoral restitué à sa quête et à l’impossibilité équivoque du mirage • rugueuse est ton écorce, douleur rongée par tes attentes • tentée par le vide est la falaise d’où tu es tombé, trompé par la clémence du sourire • après tout, peut-être pas seulement le dieu – peut-être le néant aussi est un rôle – et rôle, tout ce qui maintient le fantasme du monde sur la scène • car rien n’est vérité de tout ce qui peut un nom porter, une forme revêtir • impardonnables restent les syllabes qui nous ont nourris de mensonges – les sentiers de l’absurde dont avec sang et semence étouffée j’ai abyssalement arêvé • étrange canicule de la vie, à l’espoir desséché • va‑t’en de mes doigts solitaires, toi, fantôme d’une autre main • approche trompeuse où mon plomb n’a rencontré que des glissements du vide • et toi, quelle magie t’a occulté, chemin de la fontaine • quand, avec vertigineux indicible, tu dévoilais les labyrinthes des nuits • je suis submergé par la déception pour tout ce que je suis et je parais – et pourtant, c’est précisément cette déception impitoyable qui me console • comment atteindre de tes lèvres l’or vivant – si toxique – découvert par ton regard • tu ne peux te comprendre sans que la compréhension ne te demeure étrangère • tu ne peux creuser la forme du mot sans la briser • la solitude ne peut te devenir aile qu’en tant qu’effondrement de ton a‑rêve •
le bol de riz
on dirait que ma mort s’était mise à voler, me revêtant d’oiseaux • je me lève de table et j’oublie ce que veut dire rester debout • j’enlève mon visage et je pars avec ce vide sans savoir d’où je l’ai pris • le baiser tombe de mes lèvres dans une matière trop lourde qui m’étreint • j’ouvre la fenêtre de mon front – mais qui par-là sortirais-je • tous ces horizons me trompent avec des appels dont vrai n’est que l’oubli qui m’enveloppe • je cherche la vérité de mon squelette et je ne trouve qu’un os habité • si je franchis le seuil, je rencontre toujours un mort que j’ai oublié, bien qu’il m’appelle par mon nom et me tire par le miroir • je me dirige vers une sorte de fumée à travers laquelle, de temps à autre, un éclair m’interrompt et me décolore • m’accueillent des visages de lumière qui me sourient directement sur le cerveau, sans bouger • ils se penchent sur les bords de moi-même et regardent dans mon eau • puis je sors, et je suis un autre • quelqu’un a questionné mon bol de riz, mais je ne sais pas si c’est moi qui mange le riz ou si, peut-être, c’est le riz qui me mange • et si je suis vraiment parti, qui est resté, après tout, sur la chaise • mon ombre colle au sol à chaque pas – et je peine à l’en détacher • il est parti – et me voilà de nouveau sur le seuil avec seul • allongé dans l’espace éclairé entre les pieds de la table • l’ampoule brille d’un noir profond, la chaise est vide • sur la table, le bol de riz dévore le bol de riz •
Poèmes inédits en français extraits de À la recherche de l’enfer perdu. I: Si mineur















