> Ara Alexandre Shishmanian, Le sang de la ville

Ara Alexandre Shishmanian, Le sang de la ville

Par | 2018-01-10T23:10:08+00:00 30 septembre 2017|Catégories : Ara Alexandre Shishmanian, Essais & Chroniques|

Étonnante poé­sie que celle d’Ara Alexandre SHISHMANIAN !

Dans ce long recueil de 116 pages, brillam­ment tra­duit de sa langue d’écriture, sa langue native, le Roumain par sa propre épouse, la poète rou­maine d’expression fran­çaise Dana SHISHMANIAN, il nous entraîne, au fil de textes en vers libres qui, presque tous, occupent deux pages ou une page et demi envi­ron, dans un véri­table kaléi­do­scope poé­tique, une sorte de bom­bar­de­ment de mots, d’images et d’associations d’idées qui, quel­que­fois, s’avèrent d’un accès dif­fi­cile.

Traversée par une espèce de fièvre, par un cou­rant de vibra­tion pas­sion­née, l’écriture de ce poète-là est, à l’évidence, tout, sauf sobre, mini­ma­liste. Sa dif­fé­rence d’avec le « mains­tream » actuel de la poé­sie fran­çaise lui confère un charme indé­niable.

Elle se veut appa­rem­ment le véhi­cule d’une quête qui, sans conteste, « bous­cule » tout dans les eaux rapides, sans cesse renou­ve­lées de son tor­rent de fonte des neiges.

Le style vigou­reux, extrê­me­ment vif comme je viens de le sou­li­gner et « sur­réa­liste », vision­naire n’en véhi­cule pas moins un sens pro­fond de la com­plexi­té du monde et une quête d’ordre méta­phy­sique sous-jacente (qui affleure sans dis­con­ti­nuer avec les mots néant et vide).

Ara Alexandre SHISHMANIAN, "Le sang de la ville" - Poèmes traduits du roumain par Dana Shishmanian, L’Harmattan, 2016

Ara Alexandre SHISHMANIAN, Le sang de la ville – Poèmes tra­duits du rou­main par Dana Shishmanian, L’Harmattan, 2016 

Ara, poète de la com­plexi­té foi­son­nante et laby­rin­thique, cherche en réa­li­té à se dis­soudre dans le vide, dans la trans­pa­rence sal­va­trice. En se cher­chant et en s’autodétruisant (l’un ne va pas sans l’autre) fébri­le­ment, c’est d’un « au-delà » de lui-même qu’il est en quête, avec déses­pé­rance et larmes. Ainsi, il convoque la figure de son double (Personne, comme dans L’Odyssée), grâce auquel il s’ « auto-épluche », à la recherche de la quin­tes­sence de son propre être. Où est le « fond » ? Y en a-t-il un ? Se trou­ve­rait-il au bout du tun­nel caché dans le miroir ? De quelle manière s’évader (du monde et de soi-même, qui ne font qu’un) ?

Le che­min est, on le conçoit, ardu et, en consé­quence, très tour­men­té. L’on peut voir cet ensemble de textes comme un che­min ini­tia­tique, ponc­tué, à nombre d’endroits, de stades d’abattement, de déses­poir. Pour autant, il four­mille de méta­phores ori­gi­nales, voire sur­pre­nantes qui, toutes ensemble, réus­sissent à tis­ser un uni­vers riche, tota­le­ment par­ti­cu­lier et for­te­ment éso­té­rique.

Plein de recherche, visi­ble­ment fruit d’un tra­vail d’orfèvre très poin­tu, ce verbe, par­fois, se meut dans une cer­taine abs­trac­tion, sus­cep­tible de dérou­ter : hié­ro­pha­nie hal­lu­ci­née de scin­tille­ments noirs ; les nombres lui pendent aux che­veux ; étrange neige ecto­plas­mique ; Incendie implo­sif

Nous sommes ici dans un monde froid, bai­gné d’une lumière lunaire ; la chair et la sen­sua­li­té, l’enracinement plein dans la concré­tude et le plai­sir de vivre opaque ne semblent pas y avoir de place. Les réfé­rences aux anciens mythes Grecs et bal­ka­niques (dont le vam­pire, bien sûr) y sont très nom­breuses.

Érudit, assez tor­tu­ré, por­teur de ce que je qua­li­fie­rais pour ma part d’une « incan­des­cence froide », l’auteur est par ailleurs, et l’on ne s’en éton­ne­ra pas, spé­cia­liste des textes védiques, de la gnose et fas­ci­né par la pen­sée du phi­lo­sophe WITTGENSTEIN. Sa poé­sie, toute de souffle, d’intellect, d’angoisse, de désa­gré­ga­tion du moi et d’exaltation qua­si « mys­tique » en porte la trace. Elle m’apparaît en pre­mier lieu comme la poé­sie d’une soif de vide.

L’univers ne serait-il pas qu’une immense équa­tion laby­rin­thique que notre poète vou­drait s’essayer à résoudre ? Parce que l’incompatibilité de l’espace et du temps /​ de l’homme et du monde lui est insou­te­nable ? […] parce que les rubis du mys­tère pleurent ? Parce que tout homme devient une sépa­ra­tion, un accu­mu­la­teur d’évanescence ?

 

Présentation de l’auteur

Ara Alexandre Shishmanian

est his­to­rien des reli­gions, auteur de plu­sieurs études sur l’Inde védique et la Gnose, parues dans des publi­ca­tions de spé­cia­li­té en Belgique, France, Italie, Roumanie, États-Unis. Il est éga­le­ment l’auteur de 14 volumes de poèmes parus en Roumanie depuis 1997.

Des poèmes en tra­duc­tion fran­çaise sont parus sur des sites de poé­sie (Francopolis, Le capi­tal des mots,  Poésie pour tous de Pedro Vianna), et dans les antho­lo­gies édi­tées par Jean-Piere Béchu et Marguerite Chamon, L’éveil du myo­so­tis (octobre 2014) et Les poètes et le cos­mique (décembre 2015), ain­si que dans l’anthologie des auteurs de la Gazette de la Lucarne, 3e tome, D’écriture en écri­ture (sep­tembre 2015).

Fenêtre avec esseu­le­ment, paru dans la col­lec­tion Accent tonique de l’Harmattan (juillet 2014), est son pre­mier recueil en fran­çais. Il regroupe des poèmes sélec­tion­nés et tra­duits du rou­main par Dana Shishmanian.

Ara Alexandre Shishmanian

Autres lec­tures

Ara Alexandre Shishmanian, Fenêtre avec esseulement

Historien des reli­gions, auteur de plu­sieurs études sur l'Inde Védique et la Gnose, Ara Shishmanian a éga­le­ment orga­ni­sé, puis édi­té avec son épouse, Dana, les actes d'un col­loque sur la mys­tique escha­to­lo­gique à tra­vers les reli­gions mais aus­si de 14 volumes de poèmes parus en Roumanie depuis 1997.

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