Un merle, ce matin
m’a dit Tu écrira
Les poèmes qui appellent
au bonheur
à relever la tête
à se souvenir des petits riens de l’enfance
à l’espérance
au combat
au voyage
à l’aventure
sont de ceux qui sont choisis
pour une lecture à voix haute
alors quelle place pour cette virgule céleste que j’aperçois dans le ciel ?
Une virgule qui m’éveille à une écriture invisible
parlera-t-elle à toutes, à tous ?
Et sinon ?
quel drame ?
Quelle tragédie ?
Rien qui vaille un poème !
Si ?
**
La pluie perle
sur les vitres
Je les suis
du regard
Mon esprit
enfin libre
de toi
Je dessine
un cœur
de mes doigts
blancs
J’inspire
J’expire
et le vois
battre
D’où vient ce vent ?
Je t’attends
printemps
Enfin là
tu files
déjà
tel le pollen
s’échappant
des platanes
Moiteur tendre
regards en coin
Odeur d’asphalte
après l’orage
Il est temps
de nager
à nouveau
C’est l’été !
**
Feuilles d’automne
A André
Je l’ai reconnu
Il était plus jeune
Plus grand aussi
Je lui ai souri
Cachou Lajaunie
Il m’a tendu ses mains
Mon grand-père
Tu sais ?
Je sais, j’ai toujours su
Toujours incollable.
Oui.
Même en rêve ?
Surtout là.
Tu m’as appris à dessiner.
Vraiment ?
Une table.
Tu n’as pas là de quoi écrire.
Si … Regarde :
Je te suis, tu vas dans ton grand bureau,
Tu prends des feuilles blanches
Dans le tiroir de droite
**
De belles feuilles blanches
Dans le tiroir de gauche :
Un crayon
Un crayon bien taillé
Rouge
Ecoute : aujourd’hui, je sais dessiner une table.
Tu as là de drôles de souvenirs.
Drôles, oui, vraiment
Bizarre, comme c’est bizarre
Je me souviens de toi assis.
Et maintenant ?
Tu es debout.
**
Parcourue de frissons,
tu cherches ton ombre
mais elle a disparu
**
Ton reflet n’est plus
Dans le miroir bleu
Tes yeux se sont évadés
Pour échapper à l’abyme
D’un ennui insidieux
**
Les sons, parfois,
S’insinuent dans mes veines
Ils me content des
histoires
Ils me montrent des
images
Je les hais
Ils me gardent éveillée
Je les aime
Ils m’emmènent dans leurs
rêves
**
Sur la pente douce de ma mémoire
Je me souviens
Je me souviens d’un temps où
mon cœur léger bondissait
dans les nimbes de
l’imagination
**
Dans un autre monde
Je vivrais tout en songes
Mes rêves seraient la vie
Et ma vie un sommeil
Aussi profond que celui
d’un enfant
**
L’arbre, même malade, me tend ses branches
Ma main sur son écorce
Je m’y accroche
Aujourd’hui, on est venu le couper
Je l’ignorais
Silence
**
Le passé me traverse souvent comme une lame de fond
Je m’accroche pour ne pas me noyer
**
Allongée sur un fil
mon esprit a filé
Je bascule
**















