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Denise Desautels, Petit silence de nuit

2018-01-22T22:32:47+00:00

 

Les vraies ques­tions ne se posent pas,
ne sont plus posables.

René Lapierre

Où se trouve le haut ? le bas ?
On a beau faire atten­tion, en véri­té des fois tout est ren­ver­sé.
Même les bords. Le cœur. Même la joie
à saveur de nau­frage.

On ne peut rien contre le choc, l’à pas de loup
du choc de la rature.
À l’insu de soi, un X criant sur le visage.

 

***

Pas douée pour res­ter en un seul mor­ceau
der­rière une fenêtre de nuit. Ça tient pour­tant
réus­si, le petit silence de mort 
qui encombre à hau­teur d’âme.

Et ce qu’on pre­nait pour un simple effa­ce­ment
s’est fra­cas­sé contre ce froid d’ennemi. 
Et ce qu’on pre­nait pour un dur nuage a volé en éclats.

 

***

Quand tout est frois­sé, que deviennent
l’ombre des phrases et leur sur­di­té de guerre ?
Où suis-je – tem­po­rai­re­ment même – dans cet espace chauve ?
Que faire après ? en atten­dant ?

C’est fou, la chose bar­bare, la bête
qui se pro­file ferme, cou­rant, ram­pant
sa nuque vers quelque part, ses bras plom­bés. 

 

***

Penchée, désar­mée, en deuil de voix
et regarde alen­tour, et demande si l’improbable
sans cha­grin existe, si encore sous des ellipses de blanc
ce qui sauve – comme espèce d’ardeur – approche.

Mourir de moins en moins.
Peut-être dor­mir un peu en atten­dant
que cette géo­gra­phie de clans s’entrouvre.

 

***

Comment pen­ser les bouches se dénouent
lorsqu’on ne dis­tingue plus ni haut ni bas ? Tellement ailleurs
où les blocs de mélan­co­lie sont refou­lés.
Partout ailleurs, la poi­trine rauque, les pleurs, la boue d’ici.

Comme si plus rien ne dépen­dait de per­sonne
se pro­té­ger sur­tout, ne pas men­tir sur­tout
sa résis­tance ali­gnée sur l’immense pour­quoi.
 

Présentation de l’auteur

Denise Desautels

Née à Montréal, elle a publié plus de qua­rante recueils de poèmes, récits et livres d’artiste, au Québec et à l’étranger, qui lui ont valu de nom­breuses dis­tinc­tions, notam­ment le prix du Gouverneur géné­ral du Canada, le prix Athanase-David, la plus haute dis­tinc­tion accor­dée en lit­té­ra­ture par le gou­ver­ne­ment du Québec,  et le Prix euro­péen de Littérature Francophone Jean Arp. En 2014, elle rece­vait, pour la deuxième fois, le Grand prix Québecor du Festival inter­na­tio­nal de la poé­sie de Trois-Rivières pour Sans toi, je n’aurais pas regar­dé si haut _​​Tableaux d’un parc, alors qu’en 2015 le prix Hervé-Foulon du livre oublié lui a été remis pour son récit Ce fauve, le Bonheur.

Plu­sieurs de ses textes sont parus dans des an­thologies, au Québec et à l’étranger, et ont été tra­duits dans diver­ses lan­gues. Son best-sel­­ler, Tombeau de Lou, publié aux Éditions du Noroît en 2000 est paru en cata­lan, en 2011, à Barcelone (Tomba de Lou, trad. Antoni Clapés, Cafè Central /​​ Eumo Editorial) et en anglais, en 2013, à Toronto (Things that Fall, trad. Alisa Belanger, Guernica Editions). Liée depuis long­temps au monde des arts visuels, elle a tra­vaillé avec de nom­breux artistes, et plu­sieurs de ses livres à tirage limi­té, réa­li­sés en col­la­bo­ra­tion, se retrouvent dans des musées et des col­lec­tions impor­tantes. Elle est membre de l’Académie des lettres du Québec et de l’Ordre du Canada.

Denise Desautels

Autres lec­tures

Denise Desautels : La Dame en noir de la poésie québecoise

Les mots de Louise Dupré cités en clô­ture du der­nier recueil de Denise Desautels me semblent les plus justes pour pré­sen­ter la poète : « Il y a long­temps que tu penses noir, que tu vois noir, que tu parles noir en plein soleil. ...»

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