> Denise Desautels, Sans toi, je n’aurais pas regardé si haut

Denise Desautels, Sans toi, je n’aurais pas regardé si haut

Par |2018-01-22T23:18:15+00:00 29 avril 2014|Catégories : Critiques, Denise Desautels|

Dans son der­nier recueil qu’elle a vou­lu en prose poé­tique, Denise Desautels accom­pagne ses Tableaux du Parc Lafontaine situé dans Montréal de pho­to­gra­phies en noir et blanc tout en dia­lo­guant avec nombre d’auteurs et d’artistes dont les noms sont recen­sés à la fin.

Sensations visuelles et audi­tives pour le lec­teur com­blé qui adhère immé­dia­te­ment à cette œuvre de mémoire et de trans­mis­sion. L’auteure, à l’aise avec le style épis­to­laire, y a l’occasion de s’adresser à son fils dans le but de lui trans­mettre autre chose que le sou­ve­nir des morts dont elle lui a fait peser le deuil. Et c’est ain­si qu’elle le remer­cie de lui avoir per­mis de ne plus “res­sas­ser les ruines” et de “regar­der plus haut”. Dans ce lieu dont la poète dépend plus que de ses proches comme le dit, en exergue, une cita­tion de Pascal Quignard, la ren­contre d’une chouette rayée et dix ans plus tard d’une buse ont ” sou­dé ” la mère ” vas­te­ment vivante ce matin-là ” et le fils. Ces deux rapaces diurne et noc­turne sym­bo­lisent un ima­gi­naire qui se tra­duit par des oxy­mores en clair-obs­cur.

 

Sans toi, je n'aurais pas regardé si haut, Denise Desautels, éditions du Noroît, 2013, 86 pages, 24 euros

Sans toi, je n’aurais pas regar­dé si haut, Denise Desautels, édi­tions du Noroît, 2013, 86 pages, 24 euros

En effet, d’un côté, “le parc est un lit de ténèbres” et ce noir qui “avance” peut finir par nous “encer­cler”. Pour la petite fille évo­quée c’est la nuit qui règne  avec les deuils et ses  robes noires, les hur­le­ments des ambu­lances, les “téné­breux troncs d’automne” et leurs branches noires.

Mais, d’un autre côté, cette “défer­lante” doit s’arrêter  si la nar­ra­trice apprend à “revi­si­ter la vie” pour “la redon­ner vive ” à son fils comme le parc qui s’est trans­for­mé avec, par exemple, ses dra­peaux de Buren inven­teurs de “cho­ré­gra­phies”. Aussi celle-ci va-t-elle aller vers la lumière à la recherche d’autres sou­ve­nirs et, plus loin encore, dans la seconde par­tie où elle exerce sa mémoire, à la manière de Joe Brainard et Georges Perec, par de courts para­graphes dont le souffle et le rythme rap­pellent ceux des ver­sets.

Ponctués par des pro­pos sur le parc, la mort mais aus­si l’amour, la nature, la vie y sont racon­tés. Tout ce qui construit un être, avec les dif­fé­rentes strates du pas­sé. Le lieu, ” comme espèce résis­tante” est tou­jours le fil conduc­teur d’un texte qui conti­nue à dia­lo­guer avec les mots, les vers et les chan­sons des auteurs.

Même si Denise Desautels a eu l’occasion de dire qu’on ne sait pas ce qu’on trans­met vrai­ment, elle sait qu’elle a, ici, trans­mis autre chose que la mort. Elle a com­pris éga­le­ment qu’elle est pas­sée de “nécro­phile à mater­nelle” grâce à l’écriture qui l’a fait renaître.

Présentation de l’auteur

Denise Desautels

Née à Montréal, elle a publié plus de qua­rante recueils de poèmes, récits et livres d’artiste, au Québec et à l’étranger, qui lui ont valu de nom­breuses dis­tinc­tions, notam­ment le prix du Gouverneur géné­ral du Canada, le prix Athanase-David, la plus haute dis­tinc­tion accor­dée en lit­té­ra­ture par le gou­ver­ne­ment du Québec,  et le Prix euro­péen de Littérature Francophone Jean Arp. En 2014, elle rece­vait, pour la deuxième fois, le Grand prix Québecor du Festival inter­na­tio­nal de la poé­sie de Trois-Rivières pour Sans toi, je n’aurais pas regar­dé si haut _​​Tableaux d’un parc, alors qu’en 2015 le prix Hervé-Foulon du livre oublié lui a été remis pour son récit Ce fauve, le Bonheur.

Plu­sieurs de ses textes sont parus dans des an­thologies, au Québec et à l’étranger, et ont été tra­duits dans diver­ses lan­gues. Son best-sel­­ler, Tombeau de Lou, publié aux Éditions du Noroît en 2000 est paru en cata­lan, en 2011, à Barcelone (Tomba de Lou, trad. Antoni Clapés, Cafè Central /​​ Eumo Editorial) et en anglais, en 2013, à Toronto (Things that Fall, trad. Alisa Belanger, Guernica Editions). Liée depuis long­temps au monde des arts visuels, elle a tra­vaillé avec de nom­breux artistes, et plu­sieurs de ses livres à tirage limi­té, réa­li­sés en col­la­bo­ra­tion, se retrouvent dans des musées et des col­lec­tions impor­tantes. Elle est membre de l’Académie des lettres du Québec et de l’Ordre du Canada.

Denise Desautels

Autres lec­tures

Denise Desautels : La Dame en noir de la poésie québecoise

Les mots de Louise Dupré cités en clô­ture du der­nier recueil de Denise Desautels me semblent les plus justes pour pré­sen­ter la poète : « Il y a long­temps que tu penses noir, que tu vois noir, que tu parles noir en plein soleil. ...»

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France Burghelle Rey

France Burghelle Rey enseigne les lettres clas­siques. Elle est membre de l’Association des Amis de Jean Cocteau, du P.E.N. Club fran­çais.

La poé­sie semble bien son mode pri­vi­lé­gié d’expression car elle a tou­jours recher­ché la conci­sion et l’ellipse à la limite du silence.
Mais le besoin impé­ra­tif de musique, règle d’or, à son sens, de l’émotion poé­tique, explique la rédac­tion récente de ver­sets dans deux recueils inédits, Les Tesselles du jour et Patiences.

Textes parus et à paraître dans une ving­taine de revues.

Elle a écrit une dizaine de recueils dont 4 sont publiés chez Encres Vives, coll. Encres Blanches : Odyssée en double, La Fiancée du silence, L’Orpailleur, Le Bûcher du phé­nix, Lyre en double aux édi­tions Interventions à Haute voix, 2010 et Révolution chez La Porte,2013. Pour un texte du Chant de l’enfance, inédit, elle a obte­nu le prix Blaise Cendrars et pour L’Un contre l’autre, Gegenüber, a été fina­liste du prix Max-Pol Fouchet.

Elle col­la­bore avec des peintres et notam­ment avec Georges Badin pour des livres d’artistes.
http://​france​.bur​ghel​le​rey​.over​-blog​.com/#

Notes cri­tiques dans de nom­breuses revues comme Place de la Sorbonne, Lieux d’être, Cahiers du Sens, Terres de Femmes, Trace de poète, Littérales, Diérèse

Notes cri­tiques de France Burghelle Rey :

  • Cahiers du Sens :
    • Livre à deux Voix, Georges Badin, Aencrages & Co
    • Lointitude, Patricia Laranco
    • Conférence poé­tique au François Coppée dans le cadre des mer­cre­dis du poète : Sonnets de lieux mêlés, Laurent Desvoux
    • Le Grand silence, Gérard Pfister
  • Revue Diptyque :
    • L’Amour de M. Duras
  • Terres de femmes :
    • Un jour en équi­libre, Stella Vinitchi Radulescu, édi­tions du Cygne
  • Lieux d’être n° 52-53 :
    • Passant de la lumière, Béatrice Bonhomme-Villani, L’Arrière-Pays, 2008, 7 € 50
    • Journal aux yeux fer­més, Stella Vinitchi Radulescu
    • Naissances d’argile, Joëlle Pagès-Pindon, Frisson esthé­tique
    • Ce qui reste après l’oubli, Alain Duault
  • Lieux d’être : ( prin­temps 2011 ) :
    • La Neuvaine d’amour, Bruno Doucey, édi­tions de l’Amandier
  • Revue Place de la Sorbonne n°2 :
    • Le Silence des mots, Joëlle Gardes, édi­tions de l’Amandier
  • Site place de la Sorbonne :
    • L’eau trem­blante des sai­sons, Joëlle Gardes, édi­tions de l’Amandier
    • Rouge assoif­fée, antho­lo­gie de Claudine Bertrand, édi­tions Typo ( à paraître )
  • Diérèse n°62 :
    • Ode au recom­men­ce­ment, Jacques Ancet
  • Phoenix :
    • S’il existe un pays, Bruno Doucey
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