> La Lumière du soir, Marwan Hoss

La Lumière du soir, Marwan Hoss

Par | 2018-01-22T22:56:49+00:00 30 novembre 2014|Catégories : Critiques|

 

La mai­son Arfuyen, dont les choix édi­to­riaux sont tou­jours d’une grande qua­li­té, a publié en juin der­nier le qua­trième recueil de Marwan Hoss, La Lumière du soir.

Dès l’incipit se trouve évo­quée la dou­ceur du Liban par une écri­ture à la fois nos­tal­gique et pai­sible, toute en finesse, dans laquelle les nota­tions les plus simples suf­fisent à sug­gé­rer. C'est "  à par­tir du silence "  que le poète affirme vou­loir écrire, de l’aube au cré­pus­cule, tout ce qui reste d’une vie, ce qu’il " appelle la mort ". Une volon­té d'économie le conduit à créer des textes brefs de trois à quatre vers, à peine plus. Le voca­bu­laire et la syn­taxe sont par­ti­cu­liè­re­ment sobres. De là naît, sans aucun doute, l'émotion tout de suite res­sen­tie : "Chaque jour majes­tueuse /​ L'aube se lève /​ Dans un grand rite de lumière ".

 

Très vite le lec­teur s’identifie au nar­ra­teur, il est le pre­mier homme, un poète lui-même à la recherche de soi mais aus­si de l’âme-sœur : " Pour te retrou­ver /​ Il m’a fal­lu attendre ". Au sein de cette har­mo­nie, écri­ture et nature sont, dans la séré­ni­té, indis­so­ciables et trou­blées seule­ment par la venue de la nuit.  La vie n'est cepen­dant pas exempte de dif­fi­cul­tés et ce sont celles-ci qui " forgent les mots ". La lutte – le poème, est, sur ce thème, " un chant guer­rier " – devient heu­ris­tique et per­met, de plus, la fusion avec l'autre, celle qui est du même sang, qui a le même don et qui se fait mes­sa­ger : " Pour racon­ter notre his­toire /​ Pose tes mains sur mon front /​ Et écoute se déchaî­ner la mer." Il y a, en effet, une récom­pense à l'attente et ici à celle que pro­posent les mots quand, ayant trou­vé "leur reine", ils abou­tissent au " tra­vail de l'écriture ", après " des mois de silence ". C'est alors que peut ralen­tir la souf­france. C'est alors que mal­gré la guerre et " les rayons noirs " du soleil qui rap­pellent la pein­ture de Pierre Soulages, son grand ami de qua­rante ans, Marwan Hoss pri­vi­lé­gie la vie que " Solitude et tris­tesse /​ Cimentent ".

 

Puis nous est don­née, dans la der­nière par­tie du recueil, la solu­tion para­doxale : " Pour échap­per à la mort /​ Mourir avant. ". Celle-ci est pos­sible quand l'aventure inté­rieure est pré­gnante et n'hésite plus à se tra­duire par l'expression d'un cer­tain lyrisme. L'hommage à la femme aimée n'est pas sans rap­pe­ler, avec un lexique très simple et un chant qui seul res­te­ra, l'expression de l'agapè du Cantique des Cantiques. Par leur déli­ca­tesse cer­taines images y font éga­le­ment pen­ser : " L'or des mimo­sas recouvre tes mains ".

 

Grâce à l'amour humain, à la beau­té de la nature éten­due à celle du cos­mos tout entier, l'écriture de La Lumière du soir peut trans­cen­der la mort et offrir à l'écrivain, comme à son lec­teur, sinon une vie meilleure, du moins " une mort nou­velle ".

 

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France Burghelle Rey

France Burghelle Rey enseigne les lettres clas­siques. Elle est membre de l’Association des Amis de Jean Cocteau, du P.E.N. Club fran­çais.

La poé­sie semble bien son mode pri­vi­lé­gié d’expression car elle a tou­jours recher­ché la conci­sion et l’ellipse à la limite du silence.
Mais le besoin impé­ra­tif de musique, règle d’or, à son sens, de l’émotion poé­tique, explique la rédac­tion récente de ver­sets dans deux recueils inédits, Les Tesselles du jour et Patiences.

Textes parus et à paraître dans une ving­taine de revues.

Elle a écrit une dizaine de recueils dont 4 sont publiés chez Encres Vives, coll. Encres Blanches : Odyssée en double, La Fiancée du silence, L’Orpailleur, Le Bûcher du phé­nix, Lyre en double aux édi­tions Interventions à Haute voix, 2010 et Révolution chez La Porte,2013. Pour un texte du Chant de l’enfance, inédit, elle a obte­nu le prix Blaise Cendrars et pour L’Un contre l’autre, Gegenüber, a été fina­liste du prix Max-Pol Fouchet.

Elle col­la­bore avec des peintres et notam­ment avec Georges Badin pour des livres d’artistes.
http://​france​.bur​ghel​le​rey​.over​-blog​.com/#

Notes cri­tiques dans de nom­breuses revues comme Place de la Sorbonne, Lieux d’être, Cahiers du Sens, Terres de Femmes, Trace de poète, Littérales, Diérèse

Notes cri­tiques de France Burghelle Rey :

  • Cahiers du Sens :
    • Livre à deux Voix, Georges Badin, Aencrages & Co
    • Lointitude, Patricia Laranco
    • Conférence poé­tique au François Coppée dans le cadre des mer­cre­dis du poète : Sonnets de lieux mêlés, Laurent Desvoux
    • Le Grand silence, Gérard Pfister
  • Revue Diptyque :
    • L’Amour de M. Duras
  • Terres de femmes :
    • Un jour en équi­libre, Stella Vinitchi Radulescu, édi­tions du Cygne
  • Lieux d’être n° 52-53 :
    • Passant de la lumière, Béatrice Bonhomme-Villani, L’Arrière-Pays, 2008, 7 € 50
    • Journal aux yeux fer­més, Stella Vinitchi Radulescu
    • Naissances d’argile, Joëlle Pagès-Pindon, Frisson esthé­tique
    • Ce qui reste après l’oubli, Alain Duault
  • Lieux d’être : ( prin­temps 2011 ) :
    • La Neuvaine d’amour, Bruno Doucey, édi­tions de l’Amandier
  • Revue Place de la Sorbonne n°2 :
    • Le Silence des mots, Joëlle Gardes, édi­tions de l’Amandier
  • Site place de la Sorbonne :
    • L’eau trem­blante des sai­sons, Joëlle Gardes, édi­tions de l’Amandier
    • Rouge assoif­fée, antho­lo­gie de Claudine Bertrand, édi­tions Typo ( à paraître )
  • Diérèse n°62 :
    • Ode au recom­men­ce­ment, Jacques Ancet
  • Phoenix :
    • S’il existe un pays, Bruno Doucey

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