> Françoise Ascal : Des Voix dans l’obscur

Françoise Ascal : Des Voix dans l’obscur

Par |2018-01-22T22:54:55+00:00 19 mars 2016|Catégories : Critiques|

 

Le der­nier recueil de Françoise Ascal Des voix dans l'obscur accroche la lec­ture dès l'incipit par le neutre limi­naire, un " ça " à la Giono, mimant " l'afflux des mots ", mise en abyme du tra­vail de l'auteur.

Le texte à pro­pre­ment par­ler com­mence par un hom­mage à la morte ( la mère ? ) dont la musique pro­vient des répé­ti­tions de mots-outils et d'infinitifs. Ecriture au lyrisme dis­cret qui entraîne à pour­suivre la décou­verte poé­tique.

Alors, dans la confu­sion des pro­noms, se forme l'idée d'un dédou­ble­ment comme sou­vent en pro­voque l'acte d'écrire* . De ce fait, de ses bras à " elle ", quand " j'écris pour me libé­rer de leurs songes /​ rejoindre les vivants ", naît le " tu " pri­sé par la poé­tique contem­po­raine et qui accen­tue ici le mys­tère de l'énonciation.

De brèves strophes aux mètres libres allant jusqu'à prendre la forme de ver­sets se mul­ti­plient de deux à six dans la page. Des vers courts y côtoient de longs para­graphes qui se lisent dans un seul souffle. La res­pi­ra­tion se retient comme celle des morts qui rôdent : " est-ce que le morts parlent "; il y a enfin la peur qui devient "ombre quand se perd le nom.

Mais," au cré­pus­cule ", la nature reprend ses droits et, même si " la mort frappe ", per­met le repos. Une pause qui ouvre la voie à la défi­ni­tion pos­sible, sinon d'une iden­ti­té, du moins d'un com­por­te­ment : " perdre du temps n'est pas à ton pro­gramme ". Puis viennent encore des fan­tômes, ceux qui hantent les rêves de la nar­ra­trice. Et bien­tôt les voix, les autres qui la har­cèlent la font aspi­rer à la soli­tude. A ce pro­pos les grands traits désar­ti­cu­lés de Gérard Titus-Carmel illus­trent par­fai­te­ment les textes qui leur font face.

François Ascal cède plus loin à la ten­ta­tion de la nar­ra­tion avec le bref récit d'une course de vaches sous l'orage. " La vie s'ébat " mais " la mort blan­chit et s'immisce dans le sang vio­let des myr­tilles "; il s'agit éga­le­ment de la mort des busards. Aussi se pose-t-elle la ques­tion essen­tielle : " se peut-il que le mot joie dis­pa­raisse du voca­bu­laire humain " puisque, pire qu'un cau­che­mar, la mort, dans une apo­ca­lypse, l'emporte sur le vivant. Tout est mis en cause jusqu'à l'origine et la vie des voix. La vie aus­si des mots.

Quelle est donc la solu­tion évo­quée ? Disparaître ? Rejoindre les oiseaux ?

Il y a heu­reu­se­ment " le fil à coudre ", celui " des mots-sutures " qui, naissent sans fin et affament contrai­re­ment aux mots du para­dis des ori­gines " qui cou­laient ensemble unis par le chant ". Il reste, à la fin du recueil, et elle est admi­rable, une solu­tion d'ordre phi­lo­so­phique. Utopique par son condi­tion­nel : " il fau­drait apprendre à deve­nir ", elle peut néan­moins aider à vivre. La chute est superbe car la poète s'y montre phoe­nix en for­mu­lant l'espoir d'une voix à attendre et le constat d'un cycle :" la vie est ronde /​ l'avenir attend ton retour ". 

 

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* Marguerite Duras parle d'un " dédou­ble­ment de l'être humain dans l'écrit "

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France Burghelle Rey

France Burghelle Rey enseigne les lettres clas­siques. Elle est membre de l’Association des Amis de Jean Cocteau, du P.E.N. Club fran­çais.

La poé­sie semble bien son mode pri­vi­lé­gié d’expression car elle a tou­jours recher­ché la conci­sion et l’ellipse à la limite du silence.
Mais le besoin impé­ra­tif de musique, règle d’or, à son sens, de l’émotion poé­tique, explique la rédac­tion récente de ver­sets dans deux recueils inédits, Les Tesselles du jour et Patiences.

Textes parus et à paraître dans une ving­taine de revues.

Elle a écrit une dizaine de recueils dont 4 sont publiés chez Encres Vives, coll. Encres Blanches : Odyssée en double, La Fiancée du silence, L’Orpailleur, Le Bûcher du phé­nix, Lyre en double aux édi­tions Interventions à Haute voix, 2010 et Révolution chez La Porte,2013. Pour un texte du Chant de l’enfance, inédit, elle a obte­nu le prix Blaise Cendrars et pour L’Un contre l’autre, Gegenüber, a été fina­liste du prix Max-Pol Fouchet.

Elle col­la­bore avec des peintres et notam­ment avec Georges Badin pour des livres d’artistes.
http://​france​.bur​ghel​le​rey​.over​-blog​.com/#

Notes cri­tiques dans de nom­breuses revues comme Place de la Sorbonne, Lieux d’être, Cahiers du Sens, Terres de Femmes, Trace de poète, Littérales, Diérèse

Notes cri­tiques de France Burghelle Rey :

  • Cahiers du Sens :
    • Livre à deux Voix, Georges Badin, Aencrages & Co
    • Lointitude, Patricia Laranco
    • Conférence poé­tique au François Coppée dans le cadre des mer­cre­dis du poète : Sonnets de lieux mêlés, Laurent Desvoux
    • Le Grand silence, Gérard Pfister
  • Revue Diptyque :
    • L’Amour de M. Duras
  • Terres de femmes :
    • Un jour en équi­libre, Stella Vinitchi Radulescu, édi­tions du Cygne
  • Lieux d’être n° 52-53 :
    • Passant de la lumière, Béatrice Bonhomme-Villani, L’Arrière-Pays, 2008, 7 € 50
    • Journal aux yeux fer­més, Stella Vinitchi Radulescu
    • Naissances d’argile, Joëlle Pagès-Pindon, Frisson esthé­tique
    • Ce qui reste après l’oubli, Alain Duault
  • Lieux d’être : ( prin­temps 2011 ) :
    • La Neuvaine d’amour, Bruno Doucey, édi­tions de l’Amandier
  • Revue Place de la Sorbonne n°2 :
    • Le Silence des mots, Joëlle Gardes, édi­tions de l’Amandier
  • Site place de la Sorbonne :
    • L’eau trem­blante des sai­sons, Joëlle Gardes, édi­tions de l’Amandier
    • Rouge assoif­fée, antho­lo­gie de Claudine Bertrand, édi­tions Typo ( à paraître )
  • Diérèse n°62 :
    • Ode au recom­men­ce­ment, Jacques Ancet
  • Phoenix :
    • S’il existe un pays, Bruno Doucey
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