Le dernier recueil de Françoise Ascal Des voix dans l’ob­scur accroche la lec­ture dès l’in­cip­it par le neu­tre lim­i­naire, un ” ça ” à la Giono, mimant ” l’af­flux des mots “, mise en abyme du tra­vail de l’auteur.

Le texte à pro­pre­ment par­ler com­mence par un hom­mage à la morte ( la mère ? ) dont la musique provient des répéti­tions de mots-out­ils et d’in­fini­tifs. Ecri­t­ure au lyrisme dis­cret qui entraîne à pour­suiv­re la décou­verte poétique.

Alors, dans la con­fu­sion des pronoms, se forme l’idée d’un dédou­ble­ment comme sou­vent en provoque l’acte d’écrire* . De ce fait, de ses bras à ” elle “, quand ” j’écris pour me libér­er de leurs songes / rejoin­dre les vivants “, naît le ” tu ” prisé par la poé­tique con­tem­po­raine et qui accentue ici le mys­tère de l’énonciation. 

De brèves stro­phes aux mètres libres allant jusqu’à pren­dre la forme de ver­sets se mul­ti­plient de deux à six dans la page. Des vers courts y côtoient de longs para­graphes qui se lisent dans un seul souf­fle. La res­pi­ra­tion se retient comme celle des morts qui rôdent : ” est-ce que le morts par­lent “; il y a enfin la peur qui devient “ombre quand se perd le nom.

Mais,” au cré­pus­cule “, la nature reprend ses droits et, même si ” la mort frappe “, per­met le repos. Une pause qui ouvre la voie à la déf­i­ni­tion pos­si­ble, sinon d’une iden­tité, du moins d’un com­porte­ment : ” per­dre du temps n’est pas à ton pro­gramme “. Puis vien­nent encore des fan­tômes, ceux qui hantent les rêves de la nar­ra­trice. Et bien­tôt les voix, les autres qui la har­cè­lent la font aspir­er à la soli­tude. A ce pro­pos les grands traits désar­tic­ulés de Gérard Titus-Carmel illus­trent par­faite­ment les textes qui leur font face.

François Ascal cède plus loin à la ten­ta­tion de la nar­ra­tion avec le bref réc­it d’une course de vach­es sous l’or­age. ” La vie s’é­bat ” mais ” la mort blan­chit et s’im­misce dans le sang vio­let des myr­tilles “; il s’ag­it égale­ment de la mort des busards. Aus­si se pose-t-elle la ques­tion essen­tielle : ” se peut-il que le mot joie dis­paraisse du vocab­u­laire humain ” puisque, pire qu’un cauchemar, la mort, dans une apoc­a­lypse, l’emporte sur le vivant. Tout est mis en cause jusqu’à l’o­rig­ine et la vie des voix. La vie aus­si des mots.

Quelle est donc la solu­tion évo­quée ? Dis­paraître ? Rejoin­dre les oiseaux ?

Il y a heureuse­ment ” le fil à coudre “, celui ” des mots-sutures ” qui, nais­sent sans fin et affa­ment con­traire­ment aux mots du par­adis des orig­ines ” qui coulaient ensem­ble unis par le chant “. Il reste, à la fin du recueil, et elle est admirable, une solu­tion d’or­dre philosophique. Utopique par son con­di­tion­nel : ” il faudrait appren­dre à devenir “, elle peut néan­moins aider à vivre. La chute est superbe car la poète s’y mon­tre phoenix en for­mu­lant l’e­spoir d’une voix à atten­dre et le con­stat d’un cycle :” la vie est ronde / l’avenir attend ton retour “. 

 

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* Mar­guerite Duras par­le d’un ” dédou­ble­ment de l’être humain dans l’écrit ” 

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France Burghelle Rey

France Burghelle Rey est née à Paris, a enseigné les Let­tres clas­siques et vit actuelle­ment à Paris où elle écrit et pra­tique la cri­tique lit­téraire. Elle est mem­bre de l’As­so­ci­a­tion des Amis de Jean Cocteau et du P.E.N. Club français. Plus de cent textes parus dans de nom­breuses revues et antholo­gies ain­si que plus de cent notes cri­tiques ( Nou­velle Quin­zaine lit­téraire, Poez­ibao, Europe, Place de la Sor­bonne, CCP, Recours au poème, Tem­porel etc.). Elle a écrit une quin­zaine de recueils dont Lyre en dou­ble paru aux édi­tions Inter­ven­tions à Haute voix en 2010 puis chez La Porte Révo­lu­tion en 2013 suivi de Comme un chapitre d’His­toire en 2014 et de Révo­lu­tion II en 2016. Le Chant de l’en­fance (Un prix Blaise Cen­drars adultes) a été pub­lié aux édi­tions du Cygne en juil­let 2015, Petite antholo­gie, ( Con­fi­ance, Patiences et Les Tes­selles du jour ) chez Unic­ité en 2017 et Après la foudre chez Bleu d’en­cre en 2018. Les textes suiv­ants aug­men­tés de L’En­fant et le dra­peau (à paraître chez Vaga­mun­do), nais­sance rédemptrice d’un “ange” dans un monde en désolation,veulent exprimer l’ex­pres­sion d’une néces­saire présence au monde en souf­france. Elle com­mence en 2018 un réc­it poé­tique de genre hybride sur la “mai­son” et la joie qui va paraître en 2021 aux édi­tions Z4 sous le titre La Mai­son loin de la mer. L’un des ses romans, le pre­mier, L’Aven­ture, est pub­lié aux Édi­tions Unic­ité au print­emps 2018 Nou­veaux textes inédits : Instan­ta­nés puis Jardin, je me sou­viens. Paru­tion aux édi­tions Unic­ité en 2020 de Lieu en trois temps suivi de L’Un con­tre l’autre : Gegenüber, en finale nationale du prix Max-Pol Fouchet 2010 Elle a col­laboré avec des pein­tres (Georges Badin) et la graveur Hélène Baumel pour un cer­tain nom­bre de livres d’artistes. http://france.burghellerey.over-blog.com/# : Un blog de 30.000 pages de vues bio-bib­li­ogra­phie com­plète sur ce blog.