Dès le début du recueil la suc­ces­sion des haïkus se car­ac­térisent par une énuméra­tion de faits réels et poé­tiques, avec comme sujets ani­més le ” tu ” et ” les amants “, qui organ­ise le réc­it jusqu’à sa con­clu­sion. On se réjouit des apos­tro­phes atténuées – il en est d’ailleurs ain­si pour le lyrisme dans l’ensem­ble du texte — par le tra­vail déli­cat sur les sons. Avec leur aide les stro­phes sont trans­for­mées en autant d’ap­pels sincères et chaque haïku est comme une per­le d’un col­lier de larmes.

Rêves — c’est la nuit avec la présence insis­tante de la lune -, sen­ti­ments et visions s’accumulent :

 

” Cela gît
Cela geint,
Ce sont des haïkus ”

 

Cha­cun d’eux, tel une touche de pein­ture sym­bol­iste, représente, par exem­ple, l’en­fant ou la mer.

Mais cette forme est aus­si le lieu de ques­tions avec leurs répons­es impos­si­bles. La brièveté, en effet, se prête ici, en tous points, au doute.

S’a­joutent à la lune et à l’en­fant encore d’autres récur­rences, celles de la men­di­ante et de l’ef­face­ment qui don­nent au texte sa cohérence dans ” l’été finis­sant “. Et, quand s’éloigne cette sai­son trop chaude et douloureuse, meurt alors l’inspiration.

Après Fis­sures d’été, deux autres volets opèrent quelques fan­taisies dans la ver­si­fi­ca­tion mais les stro­phes encore brèves restent au ser­vice de l’é­mo­tion à trans­met­tre. Dans le pre­mier, En chemin, la nature est le cadre apaisant à la fois de l’at­tente et d’un passé qui sur­git sous forme de ” lam­beaux “. Les blessures anci­ennes font hésiter la descrip­tion entre ” chardons ” et ” papil­lon “, entre nature pesante et nature adju­vante. Tout au long de cette marche sons et chants divers ryth­ment ” la louange de rien”.

Puis, avec Passe-temps, vient l’e­spoir qu’­ex­prime une incan­ta­tion à ” l’an­née nou­velle ” inter­rompue par des vers asser­tifs sur la beauté comme ” La beauté s’est ouverte à minu­it “. Alors peu­vent, dans une cer­taine avid­ité, s’éveiller tous les sens.

Il reste à dire, pour un recueil qui offre à son lecteur un spec­ta­cle com­plet, la tra­ver­sée du pont jusqu’au print­emps, la con­vo­ca­tion des élé­ments et l’échange des voix.

 

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France Burghelle Rey

France Burghelle Rey est née à Paris, a enseigné les Let­tres clas­siques et vit actuelle­ment à Paris où elle écrit et pra­tique la cri­tique lit­téraire. Elle est mem­bre de l’As­so­ci­a­tion des Amis de Jean Cocteau et du P.E.N. Club français. Plus de cent textes parus dans de nom­breuses revues et antholo­gies ain­si que plus de cent notes cri­tiques ( Nou­velle Quin­zaine lit­téraire, Poez­ibao, Europe, Place de la Sor­bonne, CCP, Recours au poème, Tem­porel etc.). Elle a écrit une quin­zaine de recueils dont Lyre en dou­ble paru aux édi­tions Inter­ven­tions à Haute voix en 2010 puis chez La Porte Révo­lu­tion en 2013 suivi de Comme un chapitre d’His­toire en 2014 et de Révo­lu­tion II en 2016. Le Chant de l’en­fance (Un prix Blaise Cen­drars adultes) a été pub­lié aux édi­tions du Cygne en juil­let 2015, Petite antholo­gie, ( Con­fi­ance, Patiences et Les Tes­selles du jour ) chez Unic­ité en 2017 et Après la foudre chez Bleu d’en­cre en 2018. Les textes suiv­ants aug­men­tés de L’En­fant et le dra­peau (à paraître chez Vaga­mun­do), nais­sance rédemptrice d’un “ange” dans un monde en désolation,veulent exprimer l’ex­pres­sion d’une néces­saire présence au monde en souf­france. Elle com­mence en 2018 un réc­it poé­tique de genre hybride sur la “mai­son” et la joie qui va paraître en 2021 aux édi­tions Z4 sous le titre La Mai­son loin de la mer. L’un des ses romans, le pre­mier, L’Aven­ture, est pub­lié aux Édi­tions Unic­ité au print­emps 2018 Nou­veaux textes inédits : Instan­ta­nés puis Jardin, je me sou­viens. Paru­tion aux édi­tions Unic­ité en 2020 de Lieu en trois temps suivi de L’Un con­tre l’autre : Gegenüber, en finale nationale du prix Max-Pol Fouchet 2010 Elle a col­laboré avec des pein­tres (Georges Badin) et la graveur Hélène Baumel pour un cer­tain nom­bre de livres d’artistes. http://france.burghellerey.over-blog.com/# : Un blog de 30.000 pages de vues bio-bib­li­ogra­phie com­plète sur ce blog.