> Geneviève Huttin, Une petite lettre à votre mère

Geneviève Huttin, Une petite lettre à votre mère

Par |2018-01-22T22:57:03+00:00 8 octobre 2014|Catégories : Critiques|

Pour réflé­chir à son des­tin la petite Geneviève deve­nue grande choi­sit d'écrire avec  sim­pli­ci­té et sobrié­té : " Un nom /​ Un verbe /​ un com­plé­ment ". Elle pro­cède sou­vent par asso­cia­tions d'idées et tra­vaille ins­tinc­ti­ve­ment, dans la légè­re­té du rythme, sur les sons – " Vienne ",  " lettres ", " voix " –  pour évo­quer les sen­sa­tions d'autrefois : " Les grands prés inon­dés où les vaches appe­laient : et vous les enten­diez ", " les petits com­mu­niantes en robes de mariées ", tra­ver­sant ain­si les époques, les pays, les reli­gions et les régions.

Dès le début du livre, une quête s'opère à l'aide de ques­tion­ne­ments qui concernent la mère, sa per­son­na­li­té mais aus­si la rela­tion de l'enfant avec elle. Elle qui est la réfé­rence a une iden­ti­té mal éta­blie et mys­té­rieuse. Corse ou auver­gnate  ou même " La japo­naise ", il  s'agit de la défi­nir. La ques­tion est d'autant plus impor­tante que les parents sont bien les fon­da­teurs à par­tir des­quels on peut construire sa vie. Au point qu'une sanc­tion grave passe par la mère : "   Geneviève, ta voix n'est pas assez forte  " et que se fait un trans­fert du père, tel un mythe, dans la per­sonne mythique de Max Von Sydow. C'est avec une très belle page sur le cime­tière, lieu sym­bo­lique de l'inquiétude, qu'est mise en scène " la déses­pé­rance " au moyen d'objets char­gés de sens comme " le petit ange­lot de plâtre " et " les brocs ali­gnés ". L'ultime ques­tion est, de toute évi­dence, celle de la mort qui, avant d'avoir été celle du père et du petit frère, semble pré­exis­ter : " Sommes-nous déjà morts avant d'avoir été ".

Mais, pour par­ler de la mère et de beau­coup d'autres choses, les mots manquent : " D'où vient que je n'ai plus de langue " et le sujet prin­ci­pal de la réflexion est ici celui de la parole autant écrite qu'orale.

Il faut dire que le pro­blème est jus­te­ment celui de la langue pour la fillette vivant le bilin­guisme jusque dans la gra­phie quand, par exemple, en Moselle, sur une carte fran­çaise,  l'écriture, comme sur les cahiers d'école, est gothique. Celle-ci est la marque de l'identité et l'enfant est ain­si heu­reuse d'avoir la même façon d'écrire que son père. Et, à l'oral, après avoir, un jour, réci­té elle peut dire " Je suis Victor Hugo ". Ce moment fon­da­teur d'un des­tin révèle l'importance de la parole poé­tique pour celle qui, dépas­sant la sanc­tion mater­nelle, sera un jour à Radio France " une voix dénar­cis­si­sée – bra­vo ! – mais mal­heu­reu­se­ment triste " et qui à l'occasion du livre y réflé­chit. Il s'agit, en effet, des " débris de langue qui volent  /​ sous les ruines mater­nelles ".

Alors de nom­breux petits récits, comme celui du poème " A Villequier ", se suc­cèdent-ils jusqu'à celui, mis en abyme et écrit sous forme de dia­logue, de la vie de la mère par elle-même. Ce sont les drames fami­liaux, la France d'autrefois avec la guerre, le tra­vail d'infirmière et la lutte des femmes à Montfermeil puis à Paris.  Enfin, ont lieu, avant que ne se ferme ce long pas­sage, la nais­sance des enfants et celle de Geneviève.

Pour finir, deux Voix font écho à la parole de la mère. Ce sont celles de deux soeurs qui cau­tionnent un pas­sé racon­té " dans la lignée tra­gique ". Et, par une der­nière mise en scène que clôt théâ­tra­le­ment un coup de fusil, une " Voix de fin " évoque cette langue au double usage qu'il faut " apprendre à par­ler " pour pou­voir peut-être l'écrire.

Dans Une petite lettre à votre mère Geneviève Huttin a mon­tré, par la déli­ca­tesse et la varié­té d'une expres­sion géné­reuse, qu'elle est plei­ne­ment capable de réus­sir les deux.                                                             

 

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France Burghelle Rey

France Burghelle Rey enseigne les lettres clas­siques. Elle est membre de l’Association des Amis de Jean Cocteau, du P.E.N. Club fran­çais.

La poé­sie semble bien son mode pri­vi­lé­gié d’expression car elle a tou­jours recher­ché la conci­sion et l’ellipse à la limite du silence.
Mais le besoin impé­ra­tif de musique, règle d’or, à son sens, de l’émotion poé­tique, explique la rédac­tion récente de ver­sets dans deux recueils inédits, Les Tesselles du jour et Patiences.

Textes parus et à paraître dans une ving­taine de revues.

Elle a écrit une dizaine de recueils dont 4 sont publiés chez Encres Vives, coll. Encres Blanches : Odyssée en double, La Fiancée du silence, L’Orpailleur, Le Bûcher du phé­nix, Lyre en double aux édi­tions Interventions à Haute voix, 2010 et Révolution chez La Porte,2013. Pour un texte du Chant de l’enfance, inédit, elle a obte­nu le prix Blaise Cendrars et pour L’Un contre l’autre, Gegenüber, a été fina­liste du prix Max-Pol Fouchet.

Elle col­la­bore avec des peintres et notam­ment avec Georges Badin pour des livres d’artistes.
http://​france​.bur​ghel​le​rey​.over​-blog​.com/#

Notes cri­tiques dans de nom­breuses revues comme Place de la Sorbonne, Lieux d’être, Cahiers du Sens, Terres de Femmes, Trace de poète, Littérales, Diérèse

Notes cri­tiques de France Burghelle Rey :

  • Cahiers du Sens :
    • Livre à deux Voix, Georges Badin, Aencrages & Co
    • Lointitude, Patricia Laranco
    • Conférence poé­tique au François Coppée dans le cadre des mer­cre­dis du poète : Sonnets de lieux mêlés, Laurent Desvoux
    • Le Grand silence, Gérard Pfister
  • Revue Diptyque :
    • L’Amour de M. Duras
  • Terres de femmes :
    • Un jour en équi­libre, Stella Vinitchi Radulescu, édi­tions du Cygne
  • Lieux d’être n° 52-53 :
    • Passant de la lumière, Béatrice Bonhomme-Villani, L’Arrière-Pays, 2008, 7 € 50
    • Journal aux yeux fer­més, Stella Vinitchi Radulescu
    • Naissances d’argile, Joëlle Pagès-Pindon, Frisson esthé­tique
    • Ce qui reste après l’oubli, Alain Duault
  • Lieux d’être : ( prin­temps 2011 ) :
    • La Neuvaine d’amour, Bruno Doucey, édi­tions de l’Amandier
  • Revue Place de la Sorbonne n°2 :
    • Le Silence des mots, Joëlle Gardes, édi­tions de l’Amandier
  • Site place de la Sorbonne :
    • L’eau trem­blante des sai­sons, Joëlle Gardes, édi­tions de l’Amandier
    • Rouge assoif­fée, antho­lo­gie de Claudine Bertrand, édi­tions Typo ( à paraître )
  • Diérèse n°62 :
    • Ode au recom­men­ce­ment, Jacques Ancet
  • Phoenix :
    • S’il existe un pays, Bruno Doucey
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