> Gérard Pfister, Le temps ouvre les yeux

Gérard Pfister, Le temps ouvre les yeux

Par | 2018-01-22T22:58:34+00:00 23 mars 2014|Catégories : Blog, Gérard Pfister|

A la suite du recueil pré­cé­dent, Le grand silence, la marche conti­nue, aveugle, et il n'y a " rien d'autre /​ à dire  /​ que l'évidence ", à savoir, sans doute, la poé­sie elle-même. L'économie de moyens de la phrase unique com­po­sée de dis­tiques très brefs est là encore au ser­vice, cette fois, de neuf chants.

Ici, entre " le cri muet " et  " la bouche /​ d'ombre /​ qui parle ", le para­doxe est, une fois de plus, une leçon à médi­ter. La force de cet opus et de la musique qui l'accompagne tient aux mul­tiples répé­ti­tions et récur­rences qui, à la fois, aident le lec­teur et le déroutent en lui impo­sant le poids du des­tin puisque " il n'y a /​  pas /​ de recours ".

Le poète c'est un funam­bule, son fil c'est une phrase, ce sont des mots qui " tremblent " incer­tains. Le temps, " mar­cheur immo­bile " l'emporte sur l'espace car, dans cette longue incan­ta­tion, "  il n'y a /​ pas /​ d'horizon " ni de sol ni de che­min. Dans ce monde étrange ne reste que le " trem­ble­ment" du poète. Les verbes de mou­ve­ment ren­forcent ce constat jusqu'au chant 3 où à " l'angoisse /​ de tom­ber " fait contre­poids le temps per­son­ni­fié qui " sou­rit " avec ses jours "  lim­pides " de sep­tembre.

Alors peut renaître le poète, phé­nix enfin qui " com­pose /​ un bou­quet  /​ un jar­din /​ comme on /​  invente /​ un monde ". Son inquié­tude est sur­mon­tée par la joie d'une écri­ture dis­crè­te­ment lyrique et carac­té­ri­sée par la ronde hale­tante des mots les plus simples. Et bien­tôt dès le chant 4 appa­raissent, avec, enfin, le pay­sage, la vie et l'espoir.

Grâce au regard du temps, on entre dans " l'ouvert ", celui dont parle Rilke, on entend " le  lamen­to /​ de la nymphe ", " le chu­cho­tis /​ de l'eau ", on voit " une  cou­ronne /​ d'arbres noirs " et tout cela au milieu du bleu. Les noms d'arbres rythment le texte comme autant d'instruments qui sont nom­més pour accueillir l'enfant qui " chante ". De ce fait la ten­ta­tion de la nar­ra­tion est évi­dente et cor­res­pond à la part de réa­li­té vécue à côté de celle du rêve.

En effet, le chant 5 montre com­ment le temps, qui res­semble à l'enfant, s'apprivoise pour deve­nir à lui-même la musique essen­tielle et c'est alors que, dans la pré­sence de cet orchestre, " l'espace s'organise " comme un " écho " et la nature offre ses cou­leurs.

Puis reviennent encore les répé­ti­tions et les para­doxes puisque " tout com­mence /​  tout /​ finit " à la fois dans le chant et dans le silence qui défi­nissent la poé­sie intense et sobre de Gérard Pfister. Grâce à l'oubli de soi : " j'apprends /​ à m'oublier ", la beau­té de la réa­li­té et du rêve celle de l'or, celle de la mémoire, se font plus pré­gnantes, celle aus­si du temps car " l'iris /​ de son regard /​ est un dia­mant /​  noir "  et il y a enfin l'ouverture " dans la lumière /​ de l'autre ", avec l'emploi géné­reux du pro­nom " tu ", comme l'ultime don , mes­sage d'espoir, que per­met l'écriture.

Reste la chute magni­fique du der­nier chant qu'il faut lais­ser décou­vrir au lec­teur.

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France Burghelle Rey

France Burghelle Rey enseigne les lettres clas­siques. Elle est membre de l’Association des Amis de Jean Cocteau, du P.E.N. Club fran­çais.

La poé­sie semble bien son mode pri­vi­lé­gié d’expression car elle a tou­jours recher­ché la conci­sion et l’ellipse à la limite du silence.
Mais le besoin impé­ra­tif de musique, règle d’or, à son sens, de l’émotion poé­tique, explique la rédac­tion récente de ver­sets dans deux recueils inédits, Les Tesselles du jour et Patiences.

Textes parus et à paraître dans une ving­taine de revues.

Elle a écrit une dizaine de recueils dont 4 sont publiés chez Encres Vives, coll. Encres Blanches : Odyssée en double, La Fiancée du silence, L’Orpailleur, Le Bûcher du phé­nix, Lyre en double aux édi­tions Interventions à Haute voix, 2010 et Révolution chez La Porte,2013. Pour un texte du Chant de l’enfance, inédit, elle a obte­nu le prix Blaise Cendrars et pour L’Un contre l’autre, Gegenüber, a été fina­liste du prix Max-Pol Fouchet.

Elle col­la­bore avec des peintres et notam­ment avec Georges Badin pour des livres d’artistes.
http://​france​.bur​ghel​le​rey​.over​-blog​.com/#

Notes cri­tiques dans de nom­breuses revues comme Place de la Sorbonne, Lieux d’être, Cahiers du Sens, Terres de Femmes, Trace de poète, Littérales, Diérèse

Notes cri­tiques de France Burghelle Rey :

  • Cahiers du Sens :
    • Livre à deux Voix, Georges Badin, Aencrages & Co
    • Lointitude, Patricia Laranco
    • Conférence poé­tique au François Coppée dans le cadre des mer­cre­dis du poète : Sonnets de lieux mêlés, Laurent Desvoux
    • Le Grand silence, Gérard Pfister
  • Revue Diptyque :
    • L’Amour de M. Duras
  • Terres de femmes :
    • Un jour en équi­libre, Stella Vinitchi Radulescu, édi­tions du Cygne
  • Lieux d’être n° 52-53 :
    • Passant de la lumière, Béatrice Bonhomme-Villani, L’Arrière-Pays, 2008, 7 € 50
    • Journal aux yeux fer­més, Stella Vinitchi Radulescu
    • Naissances d’argile, Joëlle Pagès-Pindon, Frisson esthé­tique
    • Ce qui reste après l’oubli, Alain Duault
  • Lieux d’être : ( prin­temps 2011 ) :
    • La Neuvaine d’amour, Bruno Doucey, édi­tions de l’Amandier
  • Revue Place de la Sorbonne n°2 :
    • Le Silence des mots, Joëlle Gardes, édi­tions de l’Amandier
  • Site place de la Sorbonne :
    • L’eau trem­blante des sai­sons, Joëlle Gardes, édi­tions de l’Amandier
    • Rouge assoif­fée, antho­lo­gie de Claudine Bertrand, édi­tions Typo ( à paraître )
  • Diérèse n°62 :
    • Ode au recom­men­ce­ment, Jacques Ancet
  • Phoenix :
    • S’il existe un pays, Bruno Doucey
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