> Petr Král par Pascal Commère

Petr Král par Pascal Commère

Par | 2018-01-22T22:56:32+00:00 10 mai 2015|Catégories : Critiques|

 

Le Petr Král pré­sen­té par Pascal Commère aux édi­tions Vanneaux com­prend en pre­mière par­tie une pré­sen­ta­tion appro­fon­die de l'œuvre de ce poète tchèque qui gagne à être davan­tage connu en France et, en seconde par­tie, un choix varié de textes clas­sés dans l'ordre où ils furent écrits de 1984 à 2012.

Dans une langue éton­nam­ment libé­rée et fluide, Petr Král capte les mul­tiples nuances des sen­sa­tions visuelles et audi­tives qui l'assaillent jusqu'à ce que " les eaux du soir s'éteignent " et au milieu des gestes les plus quo­ti­diens. Le regard du nar­ra­teur et celui du lec­teur pris au jeu de cette poé­tique s'élargissent de la famille à la ville et au cos­mos avec l'emploi d'un " je " – " Je sais bien " – qui inter­pelle l'autre : " Oui, rap­pelle-toi " ou " quand tu erres tâton­nant dans le décor " et encore dans un texte récent : " tu envies tout le monde /​ content de n'appartenir qu'à ton nu dis­trait. "

Une grande varié­té carac­té­rise l'ensemble de ces poèmes. Variété tant dans l'alternance récit – des­crip­tion que dans la pré­sence d'êtres qui font le quo­ti­dien par leur métier ou leur place dans la  famille. Variété aus­si dans les per­sonnes de conju­gai­son qui finit par se résu­mer au " nous " émou­vant – " Nous fêtons. " – qui implique en les ren­dant com­plices le poète lui-même et son lec­teur. Ce der­nier avance aisé­ment, en com­pa­gnie du pro­me­neur- nar­ra­teur, dans le texte et le monde  mis en scène.

La connais­sance du ciné­ma et plus pré­ci­sé­ment celle du tra­vel­ling influence Král jusque dans son écri­ture, favo­ri­sant et accom­pa­gnant sa déam­bu­la­tion. Cette marche appa­raît comme une véri­table quête loin d'un " no man's land " angois­sant et il est néces­saire à cet homme de  cher­cher sa place du centre jusqu'au bord tout en conti­nuant à être heu­reux d'appartenir  au " nous " : " Nous avons ri ensemble /​ de loin ". Dans un entre­tien pour une revue Král s'exprime en toute clar­té sur ce sujet : "  Si on savait ce qu'on cherche, on ne cher­che­rait peut-être plus, on irait droit au but…Dans une pro­me­nade on cherche à mar­cher. Avec sans doute l'espoir de tom­ber sur quelque chose, sans doute une illu­mi­na­tion, qui peut être une lumière ou alors un être, une ren­contre, un évè­ne­ment ". Ainsi l'homme de Král est-il capable de " s'approcher "  de lui-même et, dans son éton­ne­ment, par son expé­rience, de s'ouvrir au monde pour " ajou­ter ( ses pas ) à l' Histoire ". Il s'agit, dit-il, d'avancer " en der­niers héros ".

Ce voyage qui le défi­nit, il le pré­fère à sa des­ti­na­tion elle-même car il est davan­tage atta­ché aux inter­mé­diaires comme il est épris du cré­pus­cule, du clair-obs­cur, comme il aime le gris – récur­rent dans toute l'œuvre – ce " gris  frois­sé /​ des aubes /​ tapis dans les muscles du baroque ", ce gris aus­si des quais de gare et de la pluie mena­çante jusque dans les œuvres tar­dives.  C'est entre départ et retour que le poète se sent le mieux car si l'horizon est ouvert, il est aus­si limi­té. Dans un poème de Le droit au gris inti­tu­lé " Du gris nous nais­sons " on avance ins­tant après ins­tant de l'obscurité vers la lumière, du bruit au " silence des mots ".  On voit alors que Král n'est pas à un oxy­more près : " A nou­veau le vide devient éclat ".

Mais si, dans " l'accalmie d'après-guerre " le poète peut exal­ter tous les sens de son lec­teur par l'évocation d'odeurs, de cou­leurs et de matières variées, le " cri de plai­sir " n'arrive pour­tant pas à se dis­tin­guer du " cri d'horreur " et la des­crip­tion n'hésite pas à se faire auda­cieuse et réa­liste pour témoi­gner de la gros­siè­re­té d'un monde où les femmes ont  " le mar­teau-piqueur entre  les cuisses ".  Un monde de soli­tude et de pré­ca­ri­té de ce qui devrait être solide : "  Même l'ange de pierre à ta place /​ est flot­tant s'enflamme sans bruit /​ dans le vent ", un monde qui fait "  trem­bler " le nar­ra­teur lui-même.

Si les poètes sont seuls, ils sont aus­si exi­lés et n'ont pas de mai­son et, mal­gré la pré­sence d'objets hété­ro­clites au ser­vice de la sur­prise, le mot " désert " est  fré­quem­ment employé. Heureusement celui qui parle ici est entou­ré de femmes au " visage frais " ou " mûries ", d'amies qui lui rendent visite. Mais il faut attendre les der­niers écrits  pour avoir une adresse pré­cise à une com­pagne pos­sible : " je vais encore ce soir te ren­con­trer une pre­mière fois " et enfin un corps dont les " tran­chées " sont évo­qués.

Cet homme qui n'ignore pas la nature, l'existence de la mer et celle de la val­lée, est sur­tout un homme de villes qui fré­quente, dans sa marche, com­mer­çants et pas­sants. Jusqu'au recueil final, " Accueillir le lun­di ", sont pré­sentes les villes avec leurs files de voi­tures, toutes reliées par " un même jog­geur sans nom " dont " l'errance ( est ) à perte de vue " et dont le mara­thon scande sym­bo­li­que­ment  le mou­ve­ment inces­sant.

Et dans les textes les plus récents, si le signi­fié compte encore, il est plus encore au ser­vice de l'originalité, voire d'une forme de sur­réa­lisme propre à mettre en cause la réa­li­té, comme un feu d'artifice ultime " pour allu­mer briè­ve­ment par­mi les tôles de la décharge /​  une capi­tale de la conscience " en réponse au bruit que font sol­dats et slo­gans et à " la soli­tude du dra­peau ". 

 

 

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France Burghelle Rey

France Burghelle Rey enseigne les lettres clas­siques. Elle est membre de l’Association des Amis de Jean Cocteau, du P.E.N. Club fran­çais.

La poé­sie semble bien son mode pri­vi­lé­gié d’expression car elle a tou­jours recher­ché la conci­sion et l’ellipse à la limite du silence.
Mais le besoin impé­ra­tif de musique, règle d’or, à son sens, de l’émotion poé­tique, explique la rédac­tion récente de ver­sets dans deux recueils inédits, Les Tesselles du jour et Patiences.

Textes parus et à paraître dans une ving­taine de revues.

Elle a écrit une dizaine de recueils dont 4 sont publiés chez Encres Vives, coll. Encres Blanches : Odyssée en double, La Fiancée du silence, L’Orpailleur, Le Bûcher du phé­nix, Lyre en double aux édi­tions Interventions à Haute voix, 2010 et Révolution chez La Porte,2013. Pour un texte du Chant de l’enfance, inédit, elle a obte­nu le prix Blaise Cendrars et pour L’Un contre l’autre, Gegenüber, a été fina­liste du prix Max-Pol Fouchet.

Elle col­la­bore avec des peintres et notam­ment avec Georges Badin pour des livres d’artistes.
http://​france​.bur​ghel​le​rey​.over​-blog​.com/#

Notes cri­tiques dans de nom­breuses revues comme Place de la Sorbonne, Lieux d’être, Cahiers du Sens, Terres de Femmes, Trace de poète, Littérales, Diérèse

Notes cri­tiques de France Burghelle Rey :

  • Cahiers du Sens :
    • Livre à deux Voix, Georges Badin, Aencrages & Co
    • Lointitude, Patricia Laranco
    • Conférence poé­tique au François Coppée dans le cadre des mer­cre­dis du poète : Sonnets de lieux mêlés, Laurent Desvoux
    • Le Grand silence, Gérard Pfister
  • Revue Diptyque :
    • L’Amour de M. Duras
  • Terres de femmes :
    • Un jour en équi­libre, Stella Vinitchi Radulescu, édi­tions du Cygne
  • Lieux d’être n° 52-53 :
    • Passant de la lumière, Béatrice Bonhomme-Villani, L’Arrière-Pays, 2008, 7 € 50
    • Journal aux yeux fer­més, Stella Vinitchi Radulescu
    • Naissances d’argile, Joëlle Pagès-Pindon, Frisson esthé­tique
    • Ce qui reste après l’oubli, Alain Duault
  • Lieux d’être : ( prin­temps 2011 ) :
    • La Neuvaine d’amour, Bruno Doucey, édi­tions de l’Amandier
  • Revue Place de la Sorbonne n°2 :
    • Le Silence des mots, Joëlle Gardes, édi­tions de l’Amandier
  • Site place de la Sorbonne :
    • L’eau trem­blante des sai­sons, Joëlle Gardes, édi­tions de l’Amandier
    • Rouge assoif­fée, antho­lo­gie de Claudine Bertrand, édi­tions Typo ( à paraître )
  • Diérèse n°62 :
    • Ode au recom­men­ce­ment, Jacques Ancet
  • Phoenix :
    • S’il existe un pays, Bruno Doucey