> Denis Heudré : Bleu naufrage – élégie de Lampedusa

Denis Heudré : Bleu naufrage – élégie de Lampedusa

Par | 2018-01-22T22:56:03+00:00 7 octobre 2015|Catégories : Critiques|

 

Au vu de l'actualité angois­sante concer­nant les migrants, j'ai été ten­tée de repor­ter l'étude du recueil de Denis Heudré concer­nant le drame de Lampedusa du jeu­di 3 octobre 2013 mais je me suis rap­pe­lée le numé­ro " Quinze" por­té par un petit cer­cueil et lu dans un extrait et il m'a sem­blé impos­sible de ne pas, moi aus­si, lui rendre hom­mage rapi­de­ment.

Dès les pre­miers poèmes de ces qua­rante pages, le texte s'écoule, lim­pide, pour décrire l'horreur et chan­ter para­doxa­le­ment l'île au nom mélo­dieux. Comment arri­ver, à mon tour donc, à com­men­ter des mots qui ont, déjà, été dif­fi­ciles à pro­non­cer et se suf­fisent a prio­ri à eux seuls ?

On voit tout de suite que Denis Heudré joue avec le mètre et avec la mise en page. En effet la lon­gueur et la dis­po­si­tion des vers varient à chaque page comme pour une meilleure res­pi­ra­tion. Par ce jeu il cherche à libé­rer sa colère qui se répand en de nom­breux vers sur le for­mat ver­ti­cal du livre ou bien s'inhibe en, par­fois, quelques mots à peine. Mais, obéis­sant au mono­stique "l'horreur ne peut se résu­mer à un cri ", le poète prend son temps pour s'insurger contre la " mar­chan­di­sa­tion " et le " busi­ness " et écrit, dans un jeu d'allitération cruel, " le monde a mal à l'homme "

" Quinze ", néan­moins, res­te­ra tou­jours dans la mémoire de celui qui l'appelle de ce nom. Et, au cœur du recueil, avant " le lent tra­vail d'oubli " de l'hiver, jaillit, en un espoir, une lumière, celle de la parole : " prendre un poème pour une lan­terne à son cou /​ cou­per les peurs par un poème /​ et par­tir ! " Avec cette révolte, l'audace va de pair, autant sur le plan séman­tique que syn­taxique et jusque dans le voca­bu­laire lui-même comme, par exemple, dans l'expression " des mots libel­lules pour te sou­hai­ter d'éblouissants vieillirs" ou dans des sub­sti­tu­tions de natures entre verbes et sub­stan­tifs : " qui-loup-pour-l'homme" /​ " vos-fer­mer-les-yeux ".

Alors se fait la mise en cause de l'écriture elle-même et inter­vient " la honte " d'écrire dans ces cir­cons­tances, avec l'évidente réfé­rence à Anatole sauf que, cette fois, il n'y a " per­sonne pour se pen­cher sur ( la ) tombe " mais, seule, l'indifférence géné­rale.

Si 2014 a oublié " Quinze " et ses com­pa­gnons d'infortune, 2015 et la lec­ture de ce bel opus nous en fait dra­ma­ti­que­ment res­sou­ve­nir.

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France Burghelle Rey

France Burghelle Rey enseigne les lettres clas­siques. Elle est membre de l’Association des Amis de Jean Cocteau, du P.E.N. Club fran­çais.

La poé­sie semble bien son mode pri­vi­lé­gié d’expression car elle a tou­jours recher­ché la conci­sion et l’ellipse à la limite du silence.
Mais le besoin impé­ra­tif de musique, règle d’or, à son sens, de l’émotion poé­tique, explique la rédac­tion récente de ver­sets dans deux recueils inédits, Les Tesselles du jour et Patiences.

Textes parus et à paraître dans une ving­taine de revues.

Elle a écrit une dizaine de recueils dont 4 sont publiés chez Encres Vives, coll. Encres Blanches : Odyssée en double, La Fiancée du silence, L’Orpailleur, Le Bûcher du phé­nix, Lyre en double aux édi­tions Interventions à Haute voix, 2010 et Révolution chez La Porte,2013. Pour un texte du Chant de l’enfance, inédit, elle a obte­nu le prix Blaise Cendrars et pour L’Un contre l’autre, Gegenüber, a été fina­liste du prix Max-Pol Fouchet.

Elle col­la­bore avec des peintres et notam­ment avec Georges Badin pour des livres d’artistes.
http://​france​.bur​ghel​le​rey​.over​-blog​.com/#

Notes cri­tiques dans de nom­breuses revues comme Place de la Sorbonne, Lieux d’être, Cahiers du Sens, Terres de Femmes, Trace de poète, Littérales, Diérèse

Notes cri­tiques de France Burghelle Rey :

  • Cahiers du Sens :
    • Livre à deux Voix, Georges Badin, Aencrages & Co
    • Lointitude, Patricia Laranco
    • Conférence poé­tique au François Coppée dans le cadre des mer­cre­dis du poète : Sonnets de lieux mêlés, Laurent Desvoux
    • Le Grand silence, Gérard Pfister
  • Revue Diptyque :
    • L’Amour de M. Duras
  • Terres de femmes :
    • Un jour en équi­libre, Stella Vinitchi Radulescu, édi­tions du Cygne
  • Lieux d’être n° 52-53 :
    • Passant de la lumière, Béatrice Bonhomme-Villani, L’Arrière-Pays, 2008, 7 € 50
    • Journal aux yeux fer­més, Stella Vinitchi Radulescu
    • Naissances d’argile, Joëlle Pagès-Pindon, Frisson esthé­tique
    • Ce qui reste après l’oubli, Alain Duault
  • Lieux d’être : ( prin­temps 2011 ) :
    • La Neuvaine d’amour, Bruno Doucey, édi­tions de l’Amandier
  • Revue Place de la Sorbonne n°2 :
    • Le Silence des mots, Joëlle Gardes, édi­tions de l’Amandier
  • Site place de la Sorbonne :
    • L’eau trem­blante des sai­sons, Joëlle Gardes, édi­tions de l’Amandier
    • Rouge assoif­fée, antho­lo­gie de Claudine Bertrand, édi­tions Typo ( à paraître )
  • Diérèse n°62 :
    • Ode au recom­men­ce­ment, Jacques Ancet
  • Phoenix :
    • S’il existe un pays, Bruno Doucey