Claudine Bertrand, Sous le ciel de Vézelay

Par |2020-10-21T12:28:31+02:00 19 octobre 2020|Catégories : Claudine Bertrand, Critiques|

A la suite d’un séjour à la mai­son Jules-Roy Clau­dine Bertrand s’inspire de ses impres­sions sur Véze­lay et les paysages du Mor­van qui l’entourent pour pro­duire des poèmes de tonal­ité et longueur différentes.

 

Les titres au som­maire mon­trent que l’inspiration et la réflex­ion ont trou­vé des sources var­iées, notam­ment dans les lieux : « Le Cimetière », « Banc pub­lic », « Le Marché ».

Dès l’incipit le champ lex­i­cal révèle l’envoûtement exer­cé par le lieu sur la poète qui avoue : « Je perds pied » et cela dans un « Décor inso­lite », « une mer enivrante : « Véze­lay / Aven­ture hal­lu­ci­nante ». Vers courts for­mant de nom­breux dis­tiques et phras­es nom­i­nales traduisent une forte émotion-source.

Le sec­ond texte, « Alpha­bet sous la pluie » retrace une con­science du tra­vail en train de se faire, une per­for­mance de « stances » et de hiéro­glyphes » qui nour­rit l’intérieur et le pénètre d’un mys­tère. La cham­bre est un sanc­tu­aire avant l’appel extérieur, celui de la rue.

 

 Clau­dine Bertrand, Sous le ciel de Véze­lay, L’Harmattan, col­lec­tion Accent tonique, 2020, 79 pages, 12 euros 

 

Ain­si le lecteur, comme l’a fait la rési­dente elle-même, attend-il beau­coup de la suite, con­va­in­cu par la paix et la lumière qui définis­sent « ce lieu sacré » « Où la parole devient poésie » :

 

J’entrevois une lueur
Tou­jours interminable
Comme Mar­co polo
Explo­rant un nou­veau monde

 

L’énergie de Clau­dine Bertrand est stim­ulée par « l’opéra » qui naît du paysage et il faudrait plusieurs pages pour ren­dre compte des con­séquences poé­tiques de cette magie. Quelques pistes suf­firont à don­ner l’envie de décou­vrir le recueil.

Il faut savoir déjà qu’à Véze­lay « Madeleine veille » sur la colline chère aux écrivains et créa­teurs aux­quels la poète va ren­dre hom­mage en créant une sorte de reportage poé­tique. « En com­mu­nion avec les pier­res » et les pèlerins qui se diri­gent vers Com­postelle, séduits par Véze­lay et son « temps / qui passe au ralen­ti » grâce à la sainte qui fut la « pre­mière au tombeau ».

La poète met ses pas dans ceux de ses prédécesseurs et de ses dis­parus et « cherche / Stro­phes tou­jours fuyantes » quand ter­cets et qua­trains se suc­cè­dent, dans la magie des mots, pour percer les secrets du « banc pub­lic » de la Mai­son Jules-Roy et de ses jardins qui ren­dent urgente l’écriture. Mais celle-ci est dif­fi­cile et demande de dépass­er l’état de recueille­ment pour se laiss­er inspir­er par l’écrivain « aux livres immenses » et être à l’écoute de la voix de l’ange intérieur.

Au mitan de l’opus monte la fièvre créa­trice et un poème comme « D’une aube à l’autre » n’est pas, avec « l’oisillon blessé » et la mau­vaise herbe, sans rap­pel­er le pit­toresque poé­tique de Colette quand elle par­le de sa Bour­gogne. Une plongée spa­tio-tem­porelle, pour celle qui « défie les nuages », stim­ule cette fièvre en même temps que les prom­e­nades et la liste des amis poètes qui méri­tent un quatrain :

 

Bernard Noël  Zéno Bianu
Valérie Rouzeau
Sans oubli­er William Cliff
Guy Gof­fette   Robert Desnos 

 

Autant de voix comme aus­si autant de langues pour autant de siè­cles de lit­téra­ture et d’art à l’occasion de ce séjour dans « Véze­lay encore et tou­jours », cité « Inex­pugnable » d’Histoire et de religion.

Le rythme réguli­er de l’écriture mime, par son incan­ta­tion, celui des lita­nies et du temps dévolu à ce « voy­age initiatique ».

 

Dans la bar­que du voyage
Un bleu étourdissant
Aspire à sa pro­pre voix
Tan­guée par les vagues de la vie
Tein­tée de violence

J’apprivoise cette Basilique
Livres de pier­res et de lumière

 

Ain­si Clau­dine Bertrand, défini­tive­ment imprégnée de cette ville mag­ique, lieu de sa renais­sance, a‑t-elle bien accom­pli sa mis­sion de poète-pèlerin en ajoutant au silence sacré, inter­rompu par les can­tiques de la foule réu­nie dans la Basilique, une parole lénifi­ante qui mag­ni­fie les mots.

 

Présentation de l’auteur

Claudine Bertrand

Clau­dine Bertrand est une poétesse cana­di­enne née en 1948 à Mon­tréal, au Québec.

Elle est l’auteure d’ouvrages poé­tiques et de livres d’artiste au Québec et à l’étranger, dont Une main con­tre le délire (final­iste en 1996 au Grand Prix du Fes­ti­val inter­na­tion­al de la poésie de Trois-Riv­ières), L’amoureuse intérieure (Prix de poésie 1998 de la Société des écrivains cana­di­ens), Tomber du jour, Le corps en tête (prix Tris­­tan-Tzara 2001), L’énigme du futur (Prix Saint-Denys Gar­neau en 2002 livre d’artiste avec la plas­ti­ci­enne française Chan­tal Legendre). Elle a été lau­réate du Prix Femme de mérite 1997 et médail­lée d’or du Ray­on­nement culturel.

Elle est Fon­da­trice de la revue Arcade, elle la dirige de 1981 à 2006 et a créé le Prix de la relève Arcade (1991).

Depuis les années 1970, elle col­la­bore à plusieurs revues lit­téraires: Mon­tréal now !, Inter­ven­tion, La nou­velle barre du jour, Les écrits, Hobo-Québec, Pos­si­bles, Rampike, Doc(k)s, Men­su­el 25, Moe­bius, Estu­aire, Écri­t­ures, Tessera, Bac­cha­nales, et Acte Sud, Jardin d’es­sai, Pour­tours et Tra­vers (France).

[Source : Wikipé­dia]

© photo Isabelle Poinloup

© Josée Lambert

Recueils de poésie

  • Idole errante, réc­it poé­tique, Mon­tréal, Édi­tions Lèvres Urbaines, 1983.
  • Mem­o­ry, scé­nario poé­tique, Mon­tréal, la Nou­velle Barre du Jour, 1985.
  • Fic­­tion-nuit, poésie avec qua­tre dessins de Monique Dus­sault, Saint-Lam­bert, Édi­tions Le Noroît, 1987.
  • La Dernière Femme, poésie avec une lino­gravure de Célyne Fortin, Saint-Lam­bert, Édi­tions Le Noroît, 1991 (tirage épuisé) 2e édi­tion bilingue tchèque et française, tra­duc­tion de Jana Boxberg­er, Prague, Pro­tis, 2000.
  • La Pas­sion au féminin, entre­tiens, coau­teur avec Josée Bon­neville, Mon­tréal, XYZ Édi­teur, 1994.
  • Une main con­tre le délire, poésie, avec une illus­tra­tion de Roch Plante, Montréal/Paris, Le Noroît/Erti édi­teur, 1995.
  • L’Amoureuse intérieure, suivi de La mon­tagne sacrée, poésie, avec qua­tre orig­in­aux de Roland Giguère, Montréal/Paris, Le Noroît/Le Dé Bleu, 1997, * Prix de la Société des Écrivains Cana­di­ens, Prix de la Renais­sance française; 2e édi­tion traduite en cata­lan par Anna Mon­tero, Barcelone, Tan­dem Edi­cions, 2002.
  • Tomber du jour, poésie avec une illus­tra­tion de Mar­celle Fer­ron, Mon­tréal, Édi­tions Le Noroît, 1999.
  • Le Corps en tête, poésie, l’Atelier des Brisants, France, 2001, prix Tristan-Tzara.
  • Jardin des ver­tiges, poésie, illus­tra­tion de Chan Ky-Yut, Mon­tréal, Hexa­gone, 2002.
  • Nou­velles épipha­nies, poésie, Mon­tréal, Trait d’Union, Autres temps, France, 2003.
  • Chute de voyelles, poésie, Trait d’Union, Mon­tréal, Autres Temps, France, 2004.
  • Pier­res sauvages, poésie, Édi­tion de l’Harmattan, coll. « Poètes des 5 con­ti­nents », France, 2005.
  • Ailleurs en soi, poésie, Édi­tions Domens, France, 2006.
  • Autour de l’ob­scur, poésie, Édi­tions de l’Hexa­gone, 2008.
  • The Last Woman, poésie, Édi­tions Guer­ni­ca, 2008. Choix de poèmes pub­liés de 1991 à 2002, traduits par Anto­nio D’Alfonso.
  • Autour de l’obscur, poésie, illus­tra­tion Anne Slacik, Édi­tion de l’Hexagone, 2008.
  • Pas­sion Afrique, poésie, illus­tra­tions Michel Mousseau, Édi­tions Rougi­er, col­lec­tion «Ficelle», France 2009.
  • Au large du Séné­gal, poésie, illus­tra­tions Michel Mousseau, Édi­tions Rougi­er, col­lec­tion “Plis urgents”, 2013

 

Poèmes choi­sis

 

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France Burghelle Rey

France Burghelle Rey est née à Paris, a enseigné les Let­tres clas­siques et vit actuelle­ment à Paris où elle écrit et pra­tique la cri­tique lit­téraire. Elle est mem­bre de l’As­so­ci­a­tion des Amis de Jean Cocteau et du P.E.N. Club français. Plus de cent textes parus dans de nom­breuses revues et antholo­gies ain­si que plus de cent notes cri­tiques ( Nou­velle Quin­zaine lit­téraire, Poez­ibao, Europe, Place de la Sor­bonne, CCP, Recours au poème, Tem­porel etc.). Elle a écrit une quin­zaine de recueils dont Lyre en dou­ble paru aux édi­tions Inter­ven­tions à Haute voix en 2010 puis chez La Porte Révo­lu­tion en 2013 suivi de Comme un chapitre d’His­toire en 2014 et de Révo­lu­tion II en 2016. Le Chant de l’en­fance (Un prix Blaise Cen­drars adultes) a été pub­lié aux édi­tions du Cygne en juil­let 2015, Petite antholo­gie, ( Con­fi­ance, Patiences et Les Tes­selles du jour ) chez Unic­ité en 2017 et Après la foudre chez Bleu d’en­cre en 2018. Les textes suiv­ants aug­men­tés de L’En­fant et le dra­peau (à paraître chez Vaga­mun­do), nais­sance rédemptrice d’un “ange” dans un monde en désolation,veulent exprimer l’ex­pres­sion d’une néces­saire présence au monde en souf­france. Elle com­mence en 2018 un réc­it poé­tique de genre hybride sur la “mai­son” et la joie qui va paraître en 2021 aux édi­tions Z4 sous le titre La Mai­son loin de la mer. L’un des ses romans, le pre­mier, L’Aven­ture, est pub­lié aux Édi­tions Unic­ité au print­emps 2018 Nou­veaux textes inédits : Instan­ta­nés puis Jardin, je me sou­viens. Paru­tion aux édi­tions Unic­ité en 2020 de Lieu en trois temps suivi de L’Un con­tre l’autre : Gegenüber, en finale nationale du prix Max-Pol Fouchet 2010 Elle a col­laboré avec des pein­tres (Georges Badin) et la graveur Hélène Baumel pour un cer­tain nom­bre de livres d’artistes. http://france.burghellerey.over-blog.com/# : Un blog de 30.000 pages de vues bio-bib­li­ogra­phie com­plète sur ce blog.
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