Joao Luis Barreto Guimaraes, Méditerranée

Par |2021-11-21T12:29:43+01:00 21 novembre 2021|Catégories : Critiques, Joao Luis Barreto Guimaraes|

Sans doute parce que je le con­sid­ère comme étant le romanci­er le plus fon­da­men­tal par­mi les vivants, je me suis sou­vent demandé com­ment j’aurai osé écrire de la poésie si j’avais vu le jour au pays d’Antonio Lobo Antunes.  Je n’ai pas de réponse à cette absurde question.

Aus­si ce n’est pas sans une cer­taine appréhen­sion que je me lance dans la lec­ture d’un recueil traduit du por­tu­gais. Le front plis­sé, le regard légère­ment de biais, j’avance à tâtons, un pied, puis un autre comme dans l’eau froide d’une riv­ière, prêt à ressor­tir sitôt que… Et d’un coup je plonge. En l’occurrence dans la Méditer­ranée de Joao Luis Berre­to Guimaraes. Et n’en ressors que par­venu sur l’autre rive, riche de courants mul­ti­ples, par­fois con­traires, qui m’ont mod­i­fié. Riche mais hum­ble devant le mir­a­cle de la décou­verte : Le sacré c’est d’être capa­ble de voir / mais de vite baiss­er le regard — / tel le coqueli­cot blessé qui des heures après avoir été recueil­li se / rend en s’inclinant devant le mys­tère / du monde. La justesse, la beauté de cer­taines images le doivent aus­si à ce rythme tout en déséquili­bre, presque syn­copé, qui fait avancer, avancer le lecteur — s’il s’arrête, c’est la chute dans son pro­pre silence.

La poésie de Guimaraes n’est pas une « poésie de voy­age », c’est un voy­age en soi. Et tout au bout, rien ne finit, tout recom­mence : Pour cer­tains la / fin de la terre est à coup sûr / la fin du monde. Pour d’autres la / fin du monde est / le com­mence­ment du voy­age. Et c’est, à chaque poème, le grand départ, tou­jours recom­mencé. Egypte, Grèce, Ital­ie, Espagne Maroc, Ulysse, Phoe­bus , stat­ues aux­quelles il manque des morceaux (le poète s’interroge plus loin : où nous atten­dent-ils ?), Titus, Nabu­chodonosor, Auschwitz. Le temps, l’espace, c’est de la langue. Et par la langue le poème n’habille pas, il met nu.

Joao Luis Bar­reto Guimaraes, Méditer­ranée, fédérop, col­lec­tion Paul Fro­ment, édi­tion bilingue, 2019, 117 pages, 14 €.

L’impression par­fois d’une poésie savante (Camoëns oblige !), par­fois tout près de nos pieds : Je n’aime pas deman­der un Coca-Cola et enten­dre : / « Un Pep­si ça ira ? ». Il y a du  Michaux et  du Prévert. Humour et cru­auté, légèreté et tragédie.  Je préfère les héros sans nom au / nom des grands héros. Ça tombe bien, nous aussi.

Un livre est une mai­son. Cer­taines sont ouvertes, cer­taines sont fer­mées. Mais toutes nous pro­tè­gent et doivent nous aimer : Où est-elle la /joie où nous fon­dions notre mai­son / (la quête pour fenêtre la ten­dresse / pour toi) ? Entrez dans celle-là : il y fait chaud et clair.

Et puis la tra­duc­tion. Ici remar­quable, eu égard au tout-venant sou­vent si pathé­tique des tra­duc­tions poé­tiques. Elle sem­ble coller comme une sec­onde peau au corps du vers. Ain­si s’ouvre un poème : Dans quelle langue coule un fleuve quand / il tra­verse la fron­tière ?   La même, bien sûr ! Changez fleuve par poème : la réponse coule d’une même source.

Présentation de l’auteur

Joao Luis Barreto Guimaraes

João Luís Bar­rero Guimarães est né à Por­to en 1967. Il partage sa vie entre son méti­er de prati­cien en chirurgie répara­trice et la poésie. “C’est un poète qui opère” dit-on de lui, et qui récite des vers dans le bloc opéra­toire. Il a pub­lié plus d’une dizaine de recueils dont Mediter­râ­neo (2013–2016) pour lequel il a obtenu le Prix Nation­al de Poésie António Ramos Rosa (Faro). Méditer­ranée est son pre­mier recueil pub­lié en français.

© Crédits pho­tos (sup­primer si inutile)

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Marc Delouze

Marc Delouze. Né à Paris. Vit entre Paris et Fécamp. Pre­mier recueil : Sou­venirs de la Mai­son des Mots (1971) pré­face de Louis Aragon (“Par manière de tes­ta­ment”). Il crée en 1982 Les Parvis Poé­tiques qui organ­isent des événe­ments, expo­si­tions sonores et lec­tures-spec­ta­cles et fes­ti­vals : Tout un poème (Paris), cofon­da­teur du fes­ti­val Voix de la Méditer­ranée (Lodève). Con­seiller lit­téraire du fes­ti­val C’Mou­voir (Can­tal). Après un silence volon­taire d’une ving­taine d’années, il s’en revient à la poésie ET à la prose, “par la force des choses”, en 2000. Ses poèmes sont traduits en anglais, ital­ien, espag­nol, hon­grois, russe, ukrainien, serbe, grec, mal­tais, chi­nois, arabe, hébreu, macé­donien, turc, malay­alam. Il se pro­duit en col­lab­o­ra­tion avec des musi­ciens, en France et dans des créa­tions à l’é­tranger : Chine, Taïwan, Inde, Koso­vo, Cen­trafrique, Ser­bie, Hon­grie, Turquie, Slovénie. Marc Delouze est présent dans divers­es antholo­gies et nom­bre de revues : Les Let­tres français­es, Action poé­tique, Europe, apulée, Décharge, Doc(k)s, Zone sen­si­ble, Le Matricule des anges, recour­saupoème… Par­mi ses Pub­li­ca­tions : Poésie De rupestre mémoire, con­ver­sa­tions avec des tableaux de Jean Vil­lalard et de Patri­cia Nikols, Rougi­er V éd. 2020, Deuil du singe, Les lieux-Dits, 2018, Petits Poèmes Post-it, Mael­strom, 2018, 14975 jours entre, la Passe du vent, 2012, T’es beau­coup à te croire tout seul, La passe du vent, 2000. CD Jusqu’à quand, avec Marc Delouze (textes et voix), Nan­cy Hus­ton (voix), Maxime Per­rin (com­po­si­tion, accordéon). max­aZu­rA Pro­duc­tion / productionmaxazura@gmail.com 2021 Théâtre Mai 68 aus­si loin que pos­si­ble, pré­face de Joël Jouan­neau, Les Cygnes, 2020. Réc­it Chroniques du purin, roman, l’Amouri­er, 2016, C’est le monde qui par­le, réc­it, Verdier, 2007 Essais Des poètes aux Parvis, pré­face de Hen­ri Meschon­nic, Antholo­gie poé­tique, La passe du vent, 2007 Tra­duc­tion Poèmes de Younous Emre, (avec Guzine Dino), Dessins d’Abidine Dino. Pub­li­ca­tions Ori­en­tal­istes de France, 1973, Antholo­gie de la poésie hon­groise, coédi­tion Corv­ina (Budapest) et Édi­teurs français réu­nis (Paris), 1978. Une ving­taine de Livres d’artistes
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