> La Fabrique de levure : Choix de poèmes de Jakub Kornhauser

La Fabrique de levure : Choix de poèmes de Jakub Kornhauser

Par |2018-09-11T16:35:24+00:00 4 septembre 2018|Catégories : Focus, Jakub Kornhauser|

Passeuse de pépites lit­té­raires, la poète Isabelle Macor a tra­duit La fabrique de levure de Jakub Kornhauser, qu’elle a pré­sen­tée en édi­tion bilingue, aux édi­tions LansKine, en mars 2018. 

 

Le poète (lui-même tra­duc­teur, essayiste, édi­teur, cri­tique lit­té­raire et cri­tique lit­té­raire…), né en 1984, a obte­nu en 2016 le très pres­ti­gieux prix “Wislawa Szymborska”, lors du fes­ti­val inter­na­tio­nal de poé­sie de Cracovie, “Festival Milosz”.

Invitée par l’Institut polo­nais en tant que spé­cia­liste de poé­sie polo­naise pour pros­pec­ter et voir quels seraient les poètes à tra­duire en fran­çais, Isabelle Macor découvre cet auteur et nous fait par­ta­ger le pain poé­tique pro­duit par le levain de ses mots,  dont elle déclare : « J’ai ado­ré tra­vailler sur cette poé­sie, la tra­duire, l’écrire et la réécrire…Réminiscences de la vie juive en Pologne, visions fan­tas­ma­go­riques ins­pi­rées par des tableaux de peintres des avant-gardes euro­péennes de la moder­ni­té… comme une nou­velle enfance de l’Europe ». 

La fabrique de levure

 

Dans un vieux bâti­ment, niché sous les che­mi­nées, vivait un pivert, sourd comme une souche. Par les car­reaux cas­sés nous lui jetions du pain et des four­mis. Le bois se déglin­guait de par­tout et le cré­pi du mur rap­pe­lait les rou­leaux de la Torah. Nous ne savions pas encore que dans les ruines près du fleuve se cachait une petite syna­gogue. Les feuilles pour­ris­santes sen­taient la levure. Nous obser­vions la pointe de nos chaus­sures qui pre­naient l’eau. Mon père n’a jamais vou­lu croire que le pivert rit comme un homme. Du reste d’autres oiseaux vivaient là aus­si, pas plus gros qu’un pouce. C’était l’automne – la neige n’était tom­bée qu’en mars.

 

Jakub Kornhauser, La fabrique de levure
tra­duc­tion et intro­duc­tion d’Isabelle Macor
édi­tions Lanskine – Catherine Tourné Lanskine,
2018 ; Ailleurs est aujourd’hui, 2018, 104
pages, 14 €.

Drożdżownia

 

W sta­rym budyn­ku, gnieżdżą­cym się pod komi­na­mi, miesz­kał zie­lo­ny dzię­cioł, głu­chy jak pień. Przez roz­bite okna wrzu­ca­liś­my mu chleb i mrów­ki. Wszędzie walało się drew­no, a tynk na ścia­nach przy­po­mi­nał zwoje Tory. Nie wied­zie­liś­my jeszcze, że w rui­nach nad rzeką ukry­wa się mała bóż­ni­ca. Butwiejące liś­cie pach­niały drożdża­mi. Obserwowaliśmy, jak nas­zym trze­wi­kom nama­ka­ją nosy. Ojciec nig­dy nie chciał uwier­zyć, że dzię­cioł śmieje się jak czło­wiek. Zresztą miesz­kały tam też inne pta­ki, nie większe od kciu­ka. Była jesień, a śnieg spadł dopie­ro w mar­cu.

 

*

 

Zamłynie

 

De l’autre côté du rem­blai de che­min de fer, là où on avait trou­vé le corps sans vie du cor­don­nier, je contem­plais les étoiles. Il fal­lait contour­ner le mou­lin, les flaques d’eau et les lapins, plus loin le che­min vici­nal menait à une clai­rière. Dans le livre que je por­tais avec moi il y avait un per­son­nage de ven­deur de cou­teaux. L’homme avait une allure débraillée et c’est peut-être pour­quoi per­sonne ne le lais­sait entrer à la mai­son. Les étoiles étaient mouillées comme des flaques et elles ne tom­baient pas du tout. Elles s’en allaient au petit matin avec le rou­le­ment des trains per­dus.

 

Zamłynie

 

Po dru­giej stro­nie nasy­pu kole­jo­we­go, tam, gdzie zna­le­zio­no mart­we­go szew­ca, oglą­dałem gwiaz­dy. Trzeba było obe­jść młyn, kałuże i kró­li­ki, a dalej pol­na dro­ga wypro­wad­zała na łąkę. W książce, którą miałem przy sobie, wystę­po­wał spr­ze­daw­ca noży. Mężczyzna ubie­rał się nie­chlu­j­nie i może dla­te­go nikt nie wpuszc­zał go do domu. Gwiazdy były mokre jak kałuże i wcale nie spa­dały. Odjeżdżały wczes­nym ran­kiem wraz z tur­ko­tem zagu­bio­nych pociągów.

 

*

Carré rouge sur fond blanc (Malevitch)

 

Les der­nières mai­sons ram­paient vers la sor­tie, j’observais leur retraite der­rière l’église. Au deuxième étage on pro­je­tait un film, chaque jour le même bien qu’avec une nou­velle fin chaque fois. Dans la petite char­bon­ne­rie des éta­gères de livres nous guet­taient. Un jour j’en ai volé un, il avait une cou­ver­ture noire et sen­tait le rêve encore chaud. Derrière la vitre on voit le taber­nacle et une femme qui se coupe les ongles des orteils, sur les éta­gères – des ran­gées de livres iden­tiques. Ce jour-là, le film s’est ter­mi­né bien plus tôt que d’habitude et j’ai dû errer dans les rues désertes. J’ai ins­pec­té chaque faille, cher­chant des portes en fuite, des poi­gnées en exil.

 

Czerwony kwa­drat na białym tle (Malewicz)

 

Ostatnie domy czoł­gały się do wyjś­cia, obser­wo­wałem ich kry­jówkę za koś­ciołem. Na dru­gim pię­trze wyś­wiet­la­no film, cod­zien­nie ten sam, choć z coraz to nowym zakońc­ze­niem. W komórce na węgiel czy­hały regały z książ­ka­mi. Kiedyś ukradłem jedną z nich, miała czarną okładkę i pach­niała ciepłym snem. Za oknem – taber­na­ku­la i kobie­ta obci­na­ją­ca paz­nok­cie u nóg, a na rega­lach sze­re­gi iden­tycz­nych ksiąg. Tego dnia film końc­zył się znacz­nie wcześ­niej i musiałem wędro­wać po opus­tos­załych uli­cach. Zaglądałem w każdą szc­ze­linę, szu­ka­jąc zbiegłych drz­wi, kla­mek na emi­grac­ji.

 

*

La mai­son du méla­med I

 

Personne ne se sou­vient des gels qui cré­pi­taient, des arbustes d’aubépine, des fau­vettes qui tis­saient leur nid sous le pla­fond. Les caisses en bois se sont vidées, les martres ont sor­ti les der­niers kaf­tans et les che­mises repas­sées avec soin. Quelqu’un a essayé de mon­ter sur le toit de la bou­lan­ge­rie mais l’échelle s’est cas­sée et il n’est res­té que quelques pho­to­gra­phies sales. Sur l’une d’elles un vieux rab­bin se voile la face avec le Livre tan­dis que la fumée s’élève au-des­sus des branches chauves. La neige a fon­du sous les bottes et le soleil, dans la mai­son du mela­med les bou­gies brillaient tard dans la nuit. Chaque année les mar­chands grat­taient les rides bleues des murs, des tapis s’écoulaient le pavot et le sable. Les fau­vettes reve­naient tou­jours au prin­temps bien qu’on ne les voie sur aucune des pho­to­gra­phies. Ni les biches et les blocs de glace sur le fleuve. Les pom­piers qui arri­vaient de loca­li­tés voi­sines étei­gnaient le feu. Ils avaient de grandes mains chaudes et des yeux noirs.

Dom meła­me­da I

 

Nikt nie pamię­ta trzas­ka­ją­cych mrozów, krzewów gło­gu, piegż, które założyły gniaz­do pod sufi­tem. Drewniane skr­zy­nie opus­tos­zały, kuny wyniosły ostat­nie chała­ty i sta­ran­nie wypra­so­wane kos­zule. Ktoś pró­bo­wał wejść na dach pie­kar­ni, ale dra­bi­na zła­mała się i pozos­tało tyl­ko kil­ka brud­nych foto­gra­fii. Na jed­nej z nich sta­ry rabin zasła­nia twarz Księgą, a dym wzno­si się ponad łysy­mi kona­ra­mi. Śnieg top­niał pod buta­mi i słoń­cem, w domu meła­me­da do póź­na płonęły świece. Każdego roku hand­larze wydra­py­wa­li błę­kitne zmarszcz­ki w ścia­nach, z dywanów sypały się mak i pia­sek. Piegże zawsze wra­cały wiosną, cho­ciaż nie ma ich na żad­nej foto­gra i. Ani saren i lodowych kier na rzece. Ogień gasi­li straża­cy, któr­zy przy­je­cha­li z oko­licz­nych mie­js­co­woś­ci. Mieli duże, ciepłe dło­nie i czarne oczy.

 

 

*

La cabine de bain (Ensor)

“Vivre dans une mai­son­nette au bord de la mer, une grande cabine de bois sur rou­lettes. Les crabes, qui entrent par le hublot sans vitre, apportent les restes du vent et de grosses moules. La plage est vide, on n’entend que les grands-gra­ve­lots fouiller les algues colo­rées. Le sable coule par­mi les nuages, le bois cré­pite sous le soleil. Dans la mai­son se sont cachées des sil­houettes maigres mas­quées, sque­lettes dégui­sés, et une vieille flûte. Quand on pose l’oreille contre le mur, les vagues deviennent bleues et les nuées se cachent entre les cha­lu­tiers. Vivre dans une mai­son­nette au bord de la mer, s’enterrer dans le sable.”

 

 

 

James Ensor, “La cabine de bain”, 1876

mm

Isabelle Macor

 

Isabelle Macor est née en 1958, en Tunisie. Elle a vécu dans un milieu mul­ti­cul­tu­rel, plu­ri­lingue, a voya­gé en Grande-Bretagne, URSS, Europe Centrale, Israël, Maroc, et notam­ment en Pologne où elle a mené une par­tie de ses recherches sur la poé­sie polo­naise contem­po­raine. A sui­vi des études de lit­té­ra­ture anglo-amé­ri­caine, de lettres modernes et lin­guis­tique à l’Université de Nanterre Paris-X, puis elle a sou­te­nu une thèse de Doctorat en lit­té­ra­ture com­pa­rée, à l’Université de la Sorbonne, en 1993. Cette thèse, inti­tu­lée Poésie polo­naise et poé­sie fran­çaise d’après-guerre : deux concepts de la réa­li­té, autour d’une figure cen­trale, Czesław Miłosz, est parue aux Presses de l’Université de Lille III. Enseignante de langue et lit­té­ra­ture fran­çaises et com­pa­rée, elle par­ti­cipe au Temps des écri­vains à l’Université, anime des ate­liers d’écriture et sémi­naires de tra­duc­tion, donne des confé­rences et des réci­tals de poé­sie, accom­pa­gnée de musi­ciens. Ses tra­vaux et publi­ca­tions portent essen­tiel­le­ment sur la poé­sie fran­çaise et polo­naise contem­po­raine.

Traductrice de lit­té­ra­ture polo­naise contem­po­raine et notam­ment de poé­sie, elle a publié en fran­çais les poètes Ewa Lipska, Wisława Szymborska, Halina Poświatowska, Stanisław Grochowiak, Harasymowicz, Miron Białoszewski, Maciej Niemiec, Urszula Kozioł, Krzysztof Siwczyk, Jakub Kornhauser, Bożena Keff, Justyna Bargielska, Ewa Sonnenberg, Julia Hartwig…

Elle pour­suit actuel­le­ment ses tra­vaux sur la poé­sie contem­po­raine et tra­duit éga­le­ment de la prose, nou­velles, récits, romans, du théâtre [La pièce Mon Abbade Tomasz Man, fes­ti­val Les Eurotopiques, dans sa tra­duc­tion fran­çaise, a obte­nu le Grand Prix du fes­ti­val, Juin 2012.].

Elle est aus­si l’auteur de nou­velles, récits, poé­sies inédits ou publiés dans des revues en France et à l’étranger.

En 1999, elle a obte­nu la bourse décou­verte (d’une valeur de 40.000 FF/​6600 euros) de tra­duc­tion du Centre National du Livre.

Prix euro­péen Horacede tra­duc­tion poé­tique du Cénacle fran­co­phone des arts et des lettres, juin 2015, (http://​cena​cleeu​ro​peen​.ekla​blog​.fr) pour l’ensemble de son œuvre de tra­duc­tion de poé­sie et pour la tra­duc­tion des poèmes de Krzysztof Siwczyk, lau­réat 2014 du Prix de poé­sie Kościelski(Lausanne).

 

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