C’est dans une langue riche, variée, issue d’une recherche per­son­nelle tout à fait ori­gi­nale que les poèmes de ce recueil s’offrent à notre lec­ture. Il y est ques­tion du monde, de soi, de l’amour, de la fini­tude, du mys­tère de la vie dans une poé­tique emprunte de sen­sua­li­té. Le poète s’étonne, ne pro­clame rien, par­tage avec le lec­teur cet éton­ne­ment, qu’il soit émer­veille­ment ou décep­tion, ravis­se­ment ou déses­poir, qui consti­tue le socle de sa réflexion exis­ten­tielle. 
La richesse de la langue repose sur des jeux séman­tiques, gram­ma­ti­caux, syn­taxiques d’inspiration sur­réa­liste autant que catas­tro­phiste ou post­mo­der­niste. Un ancrage solide dans les tra­di­tions poé­tiques et intel­lec­tuelles euro­péennes contri­bue à créer une langue poé­tique sin­gu­lière propre à rendre compte de l’expérience du poète, de son rap­port intime et com­plexe au monde. Les méta­phores auda­cieuses, non dépour­vues d’un sens de la déri­sion en maints poèmes, les com­pa­rai­sons sur­pre­nantes évoquent les démê­lés du poète avec le réel. Lorsqu’il est absent, ce réel, elle l’invoque avec pas­sion pour le faire adve­nir, et quand il est enva­his­sant, elle le tient à dis­tance grâce à l’ironie ou l’auto-ironie pour faire contre­point au tra­gique, à la déses­pé­rance.
La soli­tude et la perte, le manque, ce qui dévaste ren­voient par contraste au désir, aux pos­sibles. C’est donc dans cet inces­sant mou­ve­ment d’une écri­ture de l’inassouvissement que naît et s’accomplit la parole poé­tique chez Ewa Sonnenberg.

 

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Isabelle Macor

 

Isabelle Macor est née en 1958, en Tunisie. Elle a vécu dans un milieu mul­ti­cul­tu­rel, plu­ri­lingue, a voya­gé en Grande-Bretagne, URSS, Europe Centrale, Israël, Maroc, et notam­ment en Pologne où elle a mené une par­tie de ses recherches sur la poé­sie polo­naise contem­po­raine. A sui­vi des études de lit­té­ra­ture anglo-amé­ri­caine, de lettres modernes et lin­guis­tique à l’Université de Nanterre Paris-X, puis elle a sou­te­nu une thèse de Doctorat en lit­té­ra­ture com­pa­rée, à l’Université de la Sorbonne, en 1993. Cette thèse, inti­tu­lée Poésie polo­naise et poé­sie fran­çaise d’après-guerre : deux concepts de la réa­li­té, autour d’une figure cen­trale, Czesław Miłosz, est parue aux Presses de l’Université de Lille III. Enseignante de langue et lit­té­ra­ture fran­çaises et com­pa­rée, elle par­ti­cipe au Temps des écri­vains à l’Université, anime des ate­liers d’écriture et sémi­naires de tra­duc­tion, donne des confé­rences et des réci­tals de poé­sie, accom­pa­gnée de musi­ciens. Ses tra­vaux et publi­ca­tions portent essen­tiel­le­ment sur la poé­sie fran­çaise et polo­naise contem­po­raine.

Traductrice de lit­té­ra­ture polo­naise contem­po­raine et notam­ment de poé­sie, elle a publié en fran­çais les poètes Ewa Lipska, Wisława Szymborska, Halina Poświatowska, Stanisław Grochowiak, Harasymowicz, Miron Białoszewski, Maciej Niemiec, Urszula Kozioł, Krzysztof Siwczyk, Jakub Kornhauser, Bożena Keff, Justyna Bargielska, Ewa Sonnenberg, Julia Hartwig…

Elle pour­suit actuel­le­ment ses tra­vaux sur la poé­sie contem­po­raine et tra­duit éga­le­ment de la prose, nou­velles, récits, romans, du théâtre [La pièce Mon Abbade Tomasz Man, fes­ti­val Les Eurotopiques, dans sa tra­duc­tion fran­çaise, a obte­nu le Grand Prix du fes­ti­val, Juin 2012.].

Elle est aus­si l’auteur de nou­velles, récits, poé­sies inédits ou publiés dans des revues en France et à l’étranger.

En 1999, elle a obte­nu la bourse décou­verte (d’une valeur de 40.000 FF/​6600 euros) de tra­duc­tion du Centre National du Livre.

Prix euro­péen Horacede tra­duc­tion poé­tique du Cénacle fran­co­phone des arts et des lettres, juin 2015, (http://​cena​cleeu​ro​peen​.ekla​blog​.fr) pour l’ensemble de son œuvre de tra­duc­tion de poé­sie et pour la tra­duc­tion des poèmes de Krzysztof Siwczyk, lau­réat 2014 du Prix de poé­sie Kościelski(Lausanne).