Muriel Augry, Suite parisienne, extraits

Par |2024-03-07T06:20:39+01:00 6 mars 2024|Catégories : Muriel Augry, Poèmes|

 

Les lucarnes se hissent sous le ciel safran
A l’angle droit elles embrassent les nuages
De l’ angle gauche elles chahutent les écharpes de vent

Un cor­don ruti­lant serpente
nar­gue les bâtisses
His­toires croisées
sous l’œil clé­ment de la basilique

Les badauds se frô­lent dans l’île de convoitise
en vagues séculaires
Le temps s’effiloche
au gré des déambulations
Sous le ciel safran

∗

La dame bleue

La Seine joue sous les ponts
sans partition
une ritournelle
Elle porte dans ses flots
l’enfant à naître
le vieil­lard en devenir
Elle cache dans ses flancs
l ‘exilé de l’aube
Dame bleue
Dame grise
elle tend ses rives
pour une éternité
à l’ hôte de passage
Mais ce soir la Seine a revê­tu des habits de gala
une péniche s’est invitée
à la recherche d’un com­pagnon de danse
la lune a allumé ses feux
le spec­ta­cle peut commencer

∗

La bohème

La bohème n’a pas de terre
la bohème a un air
une note
une lettre

une ivresse
une étreinte

elle se chante
danse à la sur­face de la nuit
reprend souf­fle à la source du jour
A bras le corps elle dessine
ses contours
fuyantes limites
Odeurs de lointains

∗

L’éloge des chimères

Les toits s’allument au grand soir
l’un suiv­ant l’autre
En mono­logues ou dialogues
prières ou querelles
ils enton­nent la mélodie du quotidien
l’éloge des chimères
en détail­lent le déroulé menu
sur le cadran
inflexible
Les toits dressent la table
et atten­dent l’invité
à la ride joviale
Au sous-sol
le taciturne
demeure exclus des festivités
Les toits se racon­tent leur passé
nos­tal­gies contagieuses
éphémères douleurs
En hommage

∗

Sous la bril­lance de lune

Une pyra­mide de verre
à tra­vers la vitre
casse la nuit
Les siè­cles courent à gorge déployée
dans la cour de pierre
Les réver­bères salu­ent le promeneur
d’ailleurs
Le musée dort
L’heure est à l’écho
Aux souf­fles intermittents
Aux reflets de l’audace
Sous la bril­lance de lune

∗

Un danc­ing s’allume

Arpenteurs
Inventeurs
ils fran­chissent les murs de leur chambre
pour touch­er aux con­fins de l’inconnu
Place de Clichy la Butte s’agenouille
et prêche
et déclame
et chante
La brasserie accueille l’errance à sa table
la nourrit
Une boule de bil­lard perd le Nord sur la rive droite
Un danc­ing s’allume dans la nuit solaire
Les coupes s’entrechoquent
au car­refour des arrondisse­ments d’une ville
aux amours croisées

 

Présentation de l’auteur

Muriel Augry

Muriel AUGRY est poète, nou­vel­liste et essay­iste française née à Paris. Elle est doc­teur ès let­tres de l’Université de Paris Sor­bonne. Elle a enseigné à l’Université de Turin et tra­vail­lé pour les ser­vices cul­turels de l’Ambassade de France en Ital­ie, au Maroc et en Roumanie comme direc­trice d’Institut français. Elle se con­sacre à l’écriture main­tenant et passe son temps entre Paris, Rome et Rabat.

Elle a obtenu le « Prix Roland de Jou­venel » de l’Académie française pour son essai Le cos­mopolitisme de Stend­hal et Mérimée (édi­tions Slatkine) et le « Prix Vénus Khoury Gha­ta de la Poésie illus­trée » pour son livre Les lignes de l’attente (édi­tions Voix d’encre) en col­lab­o­ra­tion avec le cal­ligraphe Abdal­lah Akar. Elle est l’auteure d’une cinquan­taine d’articles cri­tiques sur la lit­téra­ture européenne roman­tique, d’une série de nou­velles et de dix recueils de poésies parus en France et à l’étranger. Son dernier recueil, Memen­to a été pub­lié en col­lab­o­ra­tion avec le poète roumain Andrei Novac (aux édi­tions Tran­signum). Ses poèmes sont traduits en divers­es langues : ital­ien, roumain, espag­nol, por­tu­gais, anglais, arabe, turc, albanais et occ­i­tan. Pour ses livres de poésie, elle a tra­vail­lé en col­lab­o­ra­tion avec des artistes pein­tres à l’échelle inter­na­tionale : le pein­tre algérien Ais­sa Ikken, maro­cain Youssef Elka­h­fai, tunisien Abdal­lah Akar, ital­ien Mar­co Nereo Rotel­li, roumain Dra­gos Patrascu et les pein­tres fran­co serbes Vladimir et Slo­bo­dan Peskire­vic . Elle a par­ticipé à de nom­breux ouvrages col­lec­tifs : recueils de nou­velles, antholo­gies poétiques.

Elle a don­né des lec­tures et con­férences et par­ticipé à divers salons du livre aus­si bien en France qu’ à l’étranger. Elle a par­ticipé récem­ment au fes­ti­val «  Lit­téra­tures itinérantes »  à Tanger, « Poéti­cales »à Abid­jan, au Marché de la Poésie à Paris, au Mediter­ranean Poet­ry Fes­ti­val à Rome. Elle est Prési­dente de l’Association du Par­lement des Ecrivaines fran­coph­o­nes, admin­is­tra­trice de la Mai­son de Poésie et mem­bre de la Société des gens de Lettres.

Autres lec­tures

Muriel Augry, Ne me dérêve pas

Poésie courte, frag­ments, tou­jours accom­pa­g­nés d’images, c’est une con­stante des recueils de Muriel Augry. Celui-ci, Ne me dérêve pas, échappe d’autant moins à la règle qu’il s’agit d’une antholo­gie fran­­co-roumaine traduite par Ralu­ca Var­lan Bondor, […]

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