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Rouge contre nuit (1)

Par | 2018-02-19T07:15:17+00:00 4 novembre 2014|Catégories : Chroniques|

« La bou­gie brû­lait, sa flamme se tor­dait, s’élevait dans une ten­sion, un effort inin­ter­rom­pus. »

 

pour renouer

 

En ita­liques, des lignes en prose pour pré­sen­ter celle qui appa­raît comme ori­gine. Tout com­mence « dans un silence troué de san­glots » où la jeune fille de qua­torze ans voit sa grand-mère morte et, près d’elle, la flamme d’une bou­gie qui semble s’efforcer de mon­ter…

Alors, le poème. Des vers longs d’abord comme cette flamme dans la nuit du cha­grin, puis des vers courts, fra­giles, sus­pen­dus qui mal­gré tout éclairent :

         « Source du sou­rire
            fon­taine de force
            forme de la joie
            lumière ! »

 

Dernier vers : chute sur une prière exau­cée qui fait naître dans le pré­sent une capa­ci­té à retrou­ver, à tra­vers les mots, celle qui ini­tia une forme de per­cep­tion :

 

« On m’a dit que tu pas­sais à tra­vers
les mots de ceux qui lon­gue­ment contemplent
le monde […] »

 

Le vers, déployé sur une durée néces­saire, accueille le sou­ve­nir deve­nu « rose /​ après tant de bleu ». Vers le soleil et le ciel, entre terre et mer, une pré­sence. Trait d’union d’un regard qui éclaire le puits (nul dan­ger). Lumière, deve­nue ana­phore sur le seuil des vers du poème IV, comme on appelle ou recon­naît ce qui, plus grand que soi, ne peut être réduit. Texte après texte, ronde autant que prière, le poème consacre cette pré­sence « deve­nue invi­sible » pour un « chant per­cep­tible », asso­ciant « len­teur » et « fer­veur » dans un hom­mage à Glenn Gould.

Long vers, à l’escalade du ciel, « arbre » deve­nu inac­ces­sible pour que de nou­velles feuilles sur « des branches plus rares » se nour­rissent de cette lumière cap­tive du ciel.

Charme du pas­sé « où pou­droient d’indestructibles pépites », un frère « troué de vide ». En automne, même les fruits arron­dis et les dah­lias entonnent leur propre chant « en adieu tran­quille ». Nuages blancs, échos de neige, la cou­leur ou son absence et la lec­ture per­son­nelle du monde : les feuilles d’érable et leur « taches noires », mala­die qui les appa­rente aux « crêpes bien cuites ». Fête de par­tage et de sai­son, régal de vie où l’ombre pré­sente son attrait dans un retour­ne­ment qui fait per­ce­voir une dou­ceur mal­gré la menace.

Cela retrou­vé en l’adulte qui se sou­vient de l’enfant qu’elle fut dans « le cré­pus­cule d’automne ». Un autre enfant le lui rap­pelle (Gabriel), il réclame un poème d’automne qui réveille Apollinaire, Lamartine rejoi­gnant « [t]ant de beau­té fra­gile » ou « un poème comme une flaque ». Mélancolie douce et heu­reuse dans la lec­ture d’un reflet qu’elle offre : alors l’automne n’est plus l’adieu.

La Cloche de tour­mente, qui est aus­si le titre de l’un des poèmes proche de la fin du recueil, ne sonne plus la menace ter­rible, elle s’accompagne d’un ins­tru­ment de vent qui secouait les ombres, fidèle au rôle à elle dévo­lu depuis le XIXème siècle. Elle guide celui (celle) qui, dans la tour­mente, a per­du « tout repère », tel un phare pour les marins, elle « redonne force ». Ce repère, sonore, voi­sine le poème, le chant. Traverser les bour­rasques, les tem­pêtes de neige, retrou­ver le nord ou l’âme, ce qui per­mit de per­ce­voir la lumière pour encore.

 

« chaque coup résonne
comme des mots d’homme
au secours de l’autre
 

et devient poème. »

 

Vertu pro­tec­trice d’un son clair de roche, La Cloche de tour­mente. Tel est le sens du titre : après la tra­ver­sée reste le repère – lumière ou son pour renouer avec la vie.

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