Marie Tavera, Le temps vient

Par |2021-11-06T13:58:02+01:00 31 octobre 2021|Catégories : Marie Tavera, Poèmes|

 

quelque chose dure

quelque chose comme une aile

une plaine

je tra­verse les pas les chiffres qui avancent

l’al­lure de la forêt

vers le corps

au milieu des hectares il y a un sentiment

ou la durée du champ

jusqu’au bord

 

*

 

depuis la langue

le pas depuis la langue ailleurs est autre chose

comme une solitude

une flaque de verre

ce qui quand se construit

autre chose                     autre part                   

une durée longue

 

dans l’e­space dépassé d’une demeure la lumière dépassée

atteint le jour

atteint le ciel blot­ti de nos bras

l’orée du bleu

les accords tangibles

on marche dedans c’est la neige

 

 

touchant le temps de se le dire

cette nue soli­tude                              

a pénétré l’e­space au plus clair de nos doigts

 

 

*

 

quit­ter le jour

 

quit­ter le jour qui vient

 

nous quit­tons nos mains de velours pour par­tir nous n’avons

pas de place

pour par­tir

l’e­space trop grand au bord vient le temps de le dire

l’une après l’autre chaque chose

 

                                                           dis­paraît

            chaque chose égarée

la place des arbres ou le bruit des fenêtres

il n’y a rien à dire

de cela dans le silence

mais tout s’écoule

la neige est forte comme les graines

du silence passe

on met la main autour du silence passe

dans les ajours des doigts

la neige lourde recou­vre d’un bruit de passereau

ou de source

 

 

*

 

le temps dévoré

dis­tincte­ment

une plaie ouverte au sol

on recou­vre sans arrêt le lieu ouvert de soi

Présentation de l’auteur

Marie Tavera

Née à Paris en 1974, j’ai vécu en Suisse la majeure par­tie de ma vie et me suis instal­lée en Ardèche en 2014. Je m’y con­sacre à mon tra­vail artis­tique : écri­t­ure et dessin, après une ving­taine d’an­nées à nav­iguer entre recherche his­torique et tra­vail social auprès de per­son­nes en sit­u­a­tion de hand­i­cap mental.

Ce par­cours a nour­ri l’é­ton­nement qui ani­me aujour­d’hui mon écri­t­ure autant que mon dessin : qu’est-ce que voir, percevoir, et d’où regarde-t-on ? Avec quelle focale, depuis quel endroit (de soi, du monde, de nos per­cep­tions, mémoires, etc) ? Com­mune autant qu’inépuis­able expéri­ence de la porosité et du mou­ve­ment : entre (in)visible et (il)lisible, ce qui traverse.

Dans ma pra­tique pic­turale comme dans ma poésie, je cherche une focale qui dise à la fois l’a­dosse­ment au tan­gi­ble et son affran­chisse­ment: le lieu qui vient, qui est perçu, qui échappe. Peut-être à cause de mon regard de myope, peut-être parce que le vivant est déjà for­cé­ment ailleurs, hors de sa trace, dans le mou­ve­ment et la texture.

Bib­li­ogra­phie 

Frau(x), col­lec­tif, édi­tions Le Frau, 2019

Pré­da­tions, avec des cyan­otypes de Claude Baudin, La Baraque de chantier, 5 ex, 2019

Les jardins de décem­bre, avec des encres de Nico­las Blondel, livret de la col­lec­tion « Bêtes noires », édi­tions Le Frau, 2018

Lev­ées, édi­tions Le Miel de l’Ours, 2017

Nids vari­ables, édi­tions Le Miel de l’Ours, 2008

en revues : Tra­ver­sées n°94, Faire-part n°38–39, Diérèse n° 74, La canopées 25 et n°27, Paysages écrits revue vraien°29, N47 Revue de poésie nos 29 et 31, Ecrit(s) du Nord, nos  31–32, L’in­tran­quille n°12, Lichen n° 4, La Couleur des jours, nos 2 et 13, Inédits Le Cour­ri­er, 3 avril 2018, Terre à ciel sept.21, L’Épître n°347.

 

Rési­dences d’écriture :

« Aux extrémités de notre Univers », autour de l’ex­po­si­tion de Ger­da Stein­er et Jörg Lenzinger, com­mande du Musée de Valence, 2019

« Le moment du paysage », rési­dence en ligne, édi­tions du frau, 2020

Marie Tavera, Hameau La Fau­rie, 07240 Silhac.

mtavera@netcourrier.com

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