> Abderrahmane Djelfaoui, l’insolation d’Empédocle

Abderrahmane Djelfaoui, l’insolation d’Empédocle

2017-12-30T16:19:11+00:00

 

je l ’ima­gine soli­taire 1
pieds sur le sable nus
écou­ter  battre l’ouïe des fonds

je l’imagine  se signer d’un doigt
aux mouettes, aux lèvres denses du ciel
obser­vant l’aurore
Levant d’écailles mer­veilles

en alchi­miste d’avant même
l’alchimie des vents
lui l’inspiré d’un bon­heur

sans com­pagne
ni hori­zon

mais pou­vait-il savoir
avant de plon­ger dans la gueule
de l’Etna

pou­vait-il ima­gi­ner
pres­sen­tir même
qu’en deux mil­lé­naires d’instant

des déses­pé­rés
brû­leurs de mer
consu­mant leur pas­sé
ose­raient affron­ter  l’inconnu ter­rible des détroits
que Lui  connais­sait si bien

sur de déri­soires esquifs
à en lais­ser la mémoire de la mer aus­si muette
que lave de vol­can mal éteint  

aujourd’hui
n’aurait-il pas sou­ci
que l’inattendue vora­ci­té
d’un moi­neau
pour d’illusoires miettes

(celles-là mêmes qui servent d’assise
aux plus vieux oli­viers de nos ombres)

n’arriverait même pas à émou­voir
la plus minime par­celle
des îles, des plages
souillées de gas-oil
et contre­bandes inavouables

en deçà de Messine dit-il

je ne suis  qu’Asie qu’Afrique
en leur détroit
ban­dant l’air qui me reste
enfi­lant un voile de souffre
fait de vagis­se­ment
de gémis­se­ment
et ver­ti­gi­neux ulu­le­ment
des femmes

il aurait aus­si pu dire

que les fonds des mers
des plus légers
aux plus lour­de­ment dal­lés
semblent par­fois
mais par­fois seule­ment ondu­ler
nuage au mas­ca­ra

que la chance d’être ailleurs
ne recom­men­ce­ra plus l’être
ici

qu’un cri qui va se tai­sant
est vent dans sa nuit

que jamais la com­plai­sance à l’obscur
ne per­met  à l’œuf cru
de gober son écume

et mur­mu­rer

on frôle le men­songe                            
à chaque ongle du kalame
même si l’on conti­nue à broyer
peau de cette véri­té entre les dents

*

fla­gelle-toi d’air
en atten­dant de t’asperger
de cendres

frag­ments épars

mon des­tin est d’être une pierre
espoir de trop quand l’espoir  rase
semelle de sa pous­sière

*

la pitié de moi-même
est un souffle sourd qui va
ton­nant l’inconnu

*

fils de l’anonyme
l’aède n’est que mer
en flux
enfer­mé pen­sée
dans sa conque per­cée
d’un fil d’aube

un détroit sans lune
un dis­jonc­teur non fiable  

sous un figuier vert

monte un chant de cigales
brû­lure d’une âme
qui s’en va feuille à feuille

la Méditerranée est cette inso­la­tion
d’ ombres et d’ hos­pi­ta­li­té dans la dou­leur
que nos yeux som­meillent
et som­meille­ront long­temps
au cou d’une étoile  

elle
énigme pre­mière et der­nière
aux lèvres de l’aveugle

elle
filant feuillage au ciel
pour le plai­sir des hiron­delles

elle
mer cir­rus que la langue
seule entend

Présentation de l’auteur


Notes

  1. phi­lo­sophe et poète grec du Ve siècle avant J.C. Né et mort en Sicile.[]

X