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Cendre lissée de vent

Par |2018-10-17T03:19:33+00:00 8 juin 2015|Catégories : Blog|

 

(extraits)

 

« Le livre s’ouvre
La cendre est là lis­sée de vent ».

Alain Borne

 

 

Héritier du silence, du flam­boie­ment de l’ombre, des hori­zons sans fin, il jette sur la toile la cendre créa­trice d’un geste de semeur qui féconde la Terre.
Irréductibles pay­sages où le pas­sé sur­git dans l’étincelle qui enflamme la nuit. Des par­celles de songes nées d’une nymphe et du hasard abritent dans leurs ornières des sil­houettes insoup­çon­nées. Le long de che­mins oubliés, une pierre levée signale par­fois la posi­tion de l’au-delà. La voix dyna­mi­tée, les nuages s’insurgent, éruc­tant sous l’orage des pro­pos incen­diaires aux­quels répondent les cré­pus­cules en consu­mant le bleu comme autant de bûchers qui empourprent le ciel. 
Il ne signe­ra pas. Son nom n’y est pour rien. L’essentiel est dans le mou­ve­ment per­pé­tué de la main qui pose les pig­ments dans le dénue­ment de l’énigme.
[…] Il jette sur la toile la cendre créa­trice igno­rant que sous le pin­ceau ardent se déta­che­ra la chair à vif du poème.

 

 

 

« Sur une pein­ture comme sur toute œuvre
vient se faire et se défaire
le sens qu’on lui prête. »

Pierre Soulages

 

« Seules les traces font rêver »
René Char

Au com­men­ce­ment
Le bleu
Un bleu ron­gé de noir
Un ciel de nuit
Peut-être.

Dans l’épaisseur de l’ombre
L’air craque et se frac­ture dans un fra­cas de foudre.
De la faille béante
S’échappe une lumière étin­ce­lante et blanche
Et froide comme un glaive.

Un ciel d’orage
Fendu de part en part.

Peut-être.

Il suf­fi­rait de pas­ser outre
Le ciel et le bruit des nuages
Pour fran­chir l’outremer et plon­ger dans l’abysse.
Laisser le blanc muer en concré­tion marine
Relief incan­des­cent empri­son­nant nos yeux
Dans le silence des abîmes.

Alors le ciel et l’eau
S’uniraient dans un regard
Peut-être.

 

*

 

L’aube.
Toujours.
À demi-mots.
Légère comme un oiseau au pre­mier chant du jour.
Sa dis­cré­tion.
Sa clar­té vapo­reuse dans le froid de la nuit.

 

Aux abords du tor­rent
L’iris.
Le velours de sa chair 
Sature nos pupilles avides de bleu.

Un pas de plus et l’on pour­rait som­brer
Tel un papillon ivre de cou­leur
Dans ce bleu délec­table
Qui puise son par­fum au milieu de l’enfance.

Qui sait, peut-être en ce jar­din per­du
Où des iris en sen­ti­nelles
Contenaient la beau­té fré­mis­sante des roses ?

Les jours cou­raient devant nous.
Nous étions immor­tels.

 

 

 

Le temps a empor­té les iris et les roses
Violé les jar­dins et vidé les enclos
Ne Laissant au regard que par­celles d’absence
Cernées de cendres noires.

Un homme sans visage est assis dans le soir.
Sa longue sil­houette se mélange à la nuit.

Un homme-pay­sage
Qui ne craint plus le vent
Ni le froid
Ni la pluie

Personne ne le voit.
Seul un chien efflan­qué semble veiller sur lui.

*

 

Prendre appui sur le roc
Vigie soli­taire dres­sée vers le ciel
Comme figure de proue.

Prendre appui
Ou bien se réfu­gier
Dans le ber­ceau ances­tral de sa brèche.

La pierre pro­tège de l’oubli.

 

*

 

La rouille du soir consume les crêtes.

Sur le ver­sant de terre et de cendre
On ne per­çoit plus que ce geste de la main
Vers le plus haut som­met
Comme pour retar­der le lent déclin du jour

Et ce rien
Qui invite au silence.

 

Immensité suprême devant laquelle infimes, misé­rables
Nous tom­bons à genoux.

Le cré­pus­cule est un aveu.
L’humilité y a tou­jours le der­nier mot.

 

*

Incertitude du ciel.
Azur taché de gris ou gris troué de bleu ?

À scru­ter ces nuages plus lourds que la pierre
On pour­rait se lais­ser sur­prendre par la pluie.

Pourtant le bleu per­siste.
Un défi.

 

*

 

Il fau­drait aller au matin
Sur les hautes terres qui longent la falaise.
Juste avant que ne s’ouvrent les fleurs.

Les pen­sées s’y allègent.
Surtout le ciel y est plus grand
Comme à por­tée de main.

Enchantement de l’ombre où se pose le jour !

Quand le matin ouvre sa porte
Sur la brume
Vouée à l’éternelle errance.

Dès le pre­mier soleil l’aurore
Succombe aux appa­rences
Et se livre à des jeux de hasard.

 

*

 

C’était près du vol­can dans la forêt brû­lée.
Le tra­cé des che­mins se per­dait sous la cendre.

Nous mar­chions dans un désordre de brous­sailles
Aux lueurs de bra­sier.

Entre les branches l’horizon
Surpris
Parfois nous regar­dait.

Puis l’ombre de la pluie a voi­lé la mon­tagne
Et la nuit est tom­bée sur un ciel encore rouge
Des bles­sures du jour.
 

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