> Didier Ayres, Sommeils

Didier Ayres, Sommeils

2018-01-06T11:04:18+00:00

 

… un souffle autour de rien. Un vol de Dieu. Un vent.

 

 

La nuit mor­telle est un grand papillon d’ombre
comme la coupe de ton absinthe
en cette haute fenêtre cru­ci­forme.

*

J’ai donc l’hiver pour cama­rade
un chien de verre où des­cendent les divi­ni­tés.

*

Est-ce la caille ivre
que j’ai jeté trois fois dans la nuit salée
ce san­glot de fer qui va en moi comme un orage
où nous fûmes le myo­so­tis
au milieu du prin­temps et de la mort
alouettes qui prennent les feux
comme ce cerf dans le feuillage oblique
et par­mi les grands glaieuls bruns du soir ?

*

Tu appar­tiens à l’âge bizarre des soleils
aux peu­pliers de char­bon et d’éthanol
dont on boit le vin vert et le cha­grin.

*

Pluies et voûtes des oiseaux
pre­mière jon­quille de tes yeux
le bai­ser marial de ton bai­ser
j’ai cou­pé la cha­suble ver­millon du matin
ain­si que trois ros­si­gnols
où brûle la chambre nue de mes mains.

*

Tu es chaude comme la mer
le prin­temps qui se pré­ci­pite en vain­queur.

*

Fleurs de noir cris­tal
ta poi­trine est une épine et un coque­li­cot de pierre
où nous allâmes magné­tiques
pour boire les eaux de la tris­tesse
comme deux enfants de métal
par­mi les bateaux d’herbes hautes des tor­rents.

*

J’avais le coeur bat­tu hier dans notre som­meil
comme si deux ger­fauts avaient dan­sé au milieu des incen­dies
et ma prière ce fut toi et ta che­ve­lure
le man­teau de parme et la gui­tare.

*

C’est nuit contre nuit que nous nous sommes trou­vés
fra­ter­nels dans les lits de fou­gères
plus brû­lés que notre dieu
et fati­gués ain­si que l’hiver.

*

Et j’ai connu la gloire des ciels noirs
infi­nis et comme frap­pés des épi­thètes
ain­si que trois flo­cons et les édel­weiss de tes yeux
un grand navire enté­né­bré et bru­tal
dans nos mains com­munes.

*

Puis le soleil a pris l’obscurité
dans le lit et les citron­niers
par l’absorption de l’absinthe et du sel
car mou­rir n’est rien sinon une valse jaune
et toi aus­si dans la flamme.

*

As-tu vu l’enfer et sa blan­cheur
comme nous étions dans les vais­seaux
par ce séjour de folle avoine
et le vent cou­pable de notre orgueil ?

*

Quelle mélan­co­lie avons-nous des âges de midi
où sont les dou­leurs mys­tiques
dans le grand occi­dent du ciel ?

*

Nous mar­chions dans les brû­lures
une vive nuit de verre
comme si nous per­dions la double inquié­tude de notre étoile
une robe opia­cée où nous buvions l’angoisse
et le gou­ver­ne­ment indi­vi­sible de cet amour.

*

Notre esprit comme un camé­lia sombre et mor­bide
par­ta­gé en soi dans la mai­son de noces
est le seul refuge où la nuit ne tombe pas
ni le mys­tère de l’incandescence et du repos.

*

J’ai notre insom­nie
une petite aiguille de vitre
où sont les pen­sées inverses
et les trois énigmes du jour.

*

Nomme encore le mitan inquiet qui est notre demeure
parce que nous venons comme ensemble et dés­unis.

26 mars 2013
 

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