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Elaine Vilar Madruga

Par |2018-10-07T15:55:17+00:00 5 octobre 2018|Catégories : Elaine Vilar Madruga, Essais & Chroniques|

Présenté et tra­duit par Dominique Boudou.

 

 Il y a des ren­contres qui font du bien. Celle d’Elaine Vilar Madruga en est une. Nécessités de la tra­duc­tion obligent, nous nous écri­vons régu­liè­re­ment depuis quelques mois. Elucider la langue tout en lui recon­nais­sant son irré­duc­tible part de mys­tère conduit à des échanges plus ordi­naires.  Sans pos­tures. Elaine est une per­sonne simple, une per­sonne humble. Elle m’a pro­po­sé plu­sieurs fois de modi­fier ses textes pour faci­li­ter mon tra­vail. Cela m’a tou­ché. Il y a tant d’auteurs qui poussent des cris d’orfraie si on leur sug­gère de dépla­cer une vir­gule !

 

Et puis, tout en étant simple, Elaine est évi­dem­ment une per­sonne com­plexe. Sa poé­sie aux élans sou­vent mys­tiques ne manque pas d’opacité. Il est salu­taire qu’elle résiste ain­si à l’entendement. C’est la meilleure garan­tie, pour durer.

Nous conti­nue­rons à nous écrire et, qui sait, l’océan Atlantique n’est pas si long à tra­ver­ser…

Ambre

 

l’île parle de ses tour­ments

comme l’enfant mort de la pho­to

qu’un tel nom­ma frère/​fils/​arbre familier/​épée.

le mur montre encore l’empreinte du sang

sur la dent du chien.

la main de l’enfant porte la bou­teille d’ambre

au pli de la nuque.

c’était l’année de la pho­to et du maré­cage :

sur la côte,

quelqu’un a décou­vert l’enfant ensan­glan­té

qui émer­geait

près du crabe de l’éternité.

tout au bord de la plage

les marques des dents et des ongles sont appa­rues ensuite

comme des mouches embour­bées au cœur de l’ambre

 

 

Ámbar

 

la isla habla de sus tor­ce­du­ras

como el niño muer­to de la foto

que alguien nom­bró hermano/​hijo/​árbol familiar/​espada.

 

la pared aun exhibe el cua­dro de la sangre

en el diente de per­ro.

la mano del niño lle­va la botel­la de ámbar

sobre el sel­lo de la nuca.

 

aquel fue el año de la foto y el este­ro :

en los yaquis de la cos­ta,

alguien des­cu­brió al mucha­cho ensan­gren­ta­do

que emergía

jun­to al can­gre­jo de lo eter­no.

 

en la línea de la playa

sur­gie­ron des­pués los ras­tros de dientes y uñas

como mos­cas empan­ta­na­das en ámbar.

 

7 de julio del 2014

Nichée

 

le trou dans la ville était un nid de cor­beaux

et mon père celui aux plumes noires

volait jusqu’à la cor­niche de l’hôtel

puis vers les tuiles bri­sées

pour piailler à son aise

pen­dant que moi j’allais par­mi les rues

pareilles à des peaux d’orange

avec le bitume fis­su­ré par les morts en par­tance

mais mon père tou­jours le cor­beau pré­fé­ré

de la nichée

m’observe com­ment y renon­cer puisqu’il le vou­lait

com­ment empê­cher mon père d’ouvrir le bec

depuis la plus haute fenêtre de l’hôtel

pour des­cendre à hauts cris ses ailes comme un filet autour de mes che­veux

et hur­ler mau­dite rentre à la mai­son

com­ment y renon­cer puisqu’il le pou­vait et qu’il était mon père et ma mère

et ma famille

puisque l’hôtel était son royaume et qu’il était là-bas

tel un grand maître de la ville

à édic­ter des lois à coups de griffes

fuir cette peau en cou­rant ou à marche for­cée était bien inutile

il était déjà sur moi

et répé­tait les choses si sou­vent enten­dues sur l’héroïsme

des villes

sur les nègres les femmes nues dans le métro

les home­less aux mains ten­dues

qui avaient un dol­lar de plus que moi dans la poche

je ne sais pas si j’ai dit que le seuil de cet hôtel était sa tombe

son petit palais son règne

et per­sonne moi moins que qui­conque

ne pou­vait exer­cer là-bas le pou­voir

sur­tout pas moi chez les cor­beaux fille de cor­beau sans ailes

assez grandes

pour m’enfuir

 

ma mère mon père les rues de cette ville crachent haut et fort

sur la loi de la gra­vi­té et mes gestes hyp­no­tiques pour res­ter calme

sup­plier ne sert à rien

il faut seule­ment bais­ser les yeux

pas­ser devant le monu­ment funé­raire d’un hôtel

et regar­der le père dans les yeux dans le troi­sième œil qui lui est venu en tête

comme une fleur du pre­mier jour

mar­cher mais sans fuir la ville comme une peau

où les cor­beaux picorent quelques dou­ceurs d’un autre monde

où moi aus­si je m’évertue à ouvrir le bec

et empor­ter ma part jusqu’à la plus haute fenêtre de l’hôtel

pour ensuite trem­bler et mou­rir tout là-haut

une tem­pête de plumes qua­si bleues

tom­be­ra sur la foule des rues

sans applau­dis­se­ments ni scé­na­rios

seul un œuf sur­vi­vra

au troi­sième hiver

 

 

 

 

 

 

 

Nidada

 

el agu­je­ro de la ciu­dad era un nido de cuer­vos

y mi padre el de las plu­mas negras

vola­ba has­ta el reborde del hotel

has­ta las tejas rotas

para piar a gus­to

mien­tras yo cami­na­ba entre las calles

iguales a hol­le­jos de naran­ja

con su asfal­to roto por los muer­tos al par­tir

pero mi padre siempre el pre­di­lec­to

cuer­vo de la nida­da

me obser­va cómo no hacer­lo si quería

cómo impe­dir que mi padre abrie­ra el pico

desde la ven­ta­na más alta del hotel

y baja­ra entre chil­li­dos y plu­mas a enre­dar mi pelo

y gri­tarme mal­di­ta vuelve a casa

cómo no hacer­lo si podía si era mi padre y mi madre

y mi fami­lia

si el hotel era su rei­no y ahí esta­ba

como el gran gober­na­dor de la ciu­dad

que dic­ta­ba leyes con las gar­ras

no impor­ta­ba cor­rer cami­nar rápi­do el inten­to de huir de aquel

hol­le­jo

él esta­ba sobre mí

y decía aquel­las cosas que escu­ché antes sobre la heroi­ci­dad

de las ciu­dades

sobre los negros las mujeres des­nu­das en el metro

los home­lessde manos exten­di­das

que tenían un dólar más que yo en el bol­sillo

no sé si he dicho que el umbral de aquel hotel era su tum­ba

su pala­cete su rei­na­do

y nadie menos yo que nadie

podía ejer­cer poder allí

menos yo entre los cuer­vos hija de cuer­vos pero sin plu­mas

sufi­cientes

para una hui­da

 

madre padre las calles de esta ciu­dad escu­pen alto

contra la ley de la gra­ve­dad contra la hipnó­ti­ca mane­ra de que­darme

quie­ta

no vale supli­car

solo es pre­ci­so bajar la mira­da

pasar frente a la esta­tua mor­tuo­ria de un hotel

y mirar a padre en el ojo en el ter­cer ojo que le ha naci­do en la cabe­za

como una flor del pri­mer día

avan­zar pero no huir de la ciu­dad como un hol­le­jo

donde los cuer­vos pico­tean cier­tos dul­zores de otro mun­do

donde tam­bién yo me afa­no en abrir el pico

y lle­var mi parte has­ta la ven­ta­na más alta del hotel

para tem­blar lue­go y morir arri­ba

un ven­tis­que­ro de plu­mas casi azules

caerán sobre el púl­pi­to en las calles

sin aplau­sos ni esce­na­rios

solo un hue­vo sobre­vi­virá

al ter­cer invier­no.

Ne parlez pas avec elle

 

Quand le chien me mord, la rage et le sang m’effraient.

La bave et l’idée d’hôpital/mort/paralysie me ter­ri­fient.

Je refuse d’être clouée comme une fille d’Almodóvar

qui attend la meilleure prise de vue

sous l’angle et la lumière les plus justes.

Ce sce­na­rio n’est que la pré­ten­tion des plu­mi­tifs

Qui s’amusent à cou­cher mon nom sur les affiches et les pho­tos.

 

Oh, mon Dieu, éloigne de moi le calice de la mor­sure du chien.

Les consé­quences de la rage sont impré­vi­sibles

et des cen­taines d’Almodóvar en meute me pour­suivent

de toute leur mau­dite révé­rence.

 

 

No hable con ella

 

Cuando me muerde el per­ro, yo ten­go mie­do de la rabia y de la sangre.

Me ater­ra la espu­ma y los concep­tos hospital/​muerte/​parálisis.

No quie­ro estar post­ra­da como una chi­ca Almodóvar

que espe­ra por la toma mejor,

por el ángu­lo y la ilu­mi­na­ción pre­ci­sos.

Ese guión es solo la pre­ten­sión de los escri­bas

que jue­gan a ins­cri­bir mi nombre en los car­teles y las fotos.

 

Oh, Dios, apar­ta de mí el cáliz de la mor­di­da del per­ro.

Las conse­cuen­cias de la rabia son impre­vi­sibles

y una jauría de cien­tos de Almodóvar me per­si­guen

con toda su mal­di­ta reve­ren­cia.

 

15 de octubre de 2013

Meute

 

Les jeunes lions prennent la mort en chasse.

Ils ne sont d’aucune durée.

Ils perdent

toute fai­blesse à même les décombres.

 

Les siècles gisent dans la convoi­tise des baleines

res­tées sans voix

sous l’eau.

Les fauves prennent le che­min oppo­sé qui détraque

chaque ins­tant.

Et les voi­là tout nus,

écrits dans la fra­gi­li­té des pierres.

Ils s’expriment dans mon sang :

jeunes lions à la pour­suite de la mort

chauve.

 

 

Bataillons

 

Aujourd’hui je veux que tu t’assoies 

sur les osse­ments

de ceux qui sont venus avant.

Sur les osse­ments aus­si

de ceux qui vien­dront après.

Et même sur les osse­ments

de ceux qui ne seront jamais.

 

Dis-moi ensuite si tu as vu le monde

dans l’esquille des os

et dans les habits vieillis,

dans les ver­mou­lures

et dans le suaire qui pèse

comme une fleur trans­pa­rente,

obs­cène.

 

Elle aus­si a rejoint les osse­ments

de ceux qui ne sont jamais nés

sous la cou­pole du monde :

là où tout com­mence.

 

 

Batallones

 

Hoy quie­ro que te sientes

jus­to enci­ma de la osa­men­ta

de los que vinie­ron antes.

Incluso sobre la osa­men­ta

de aquel­los que ven­drán des­pués.

Y has­ta en la osa­men­ta

de los que nun­ca estarán.

 

Luego dime si viste el mun­do

en las esquir­las de hue­so,

en las pren­das vie­jas,

en la car­co­ma,

en el suda­rio que pesa

como una flor trans­pa­rente,

obs­ce­na.

 

Ella tam­bién está enci­ma

de aquel­los que no estu­vie­ron

bajo la cúpu­la del mun­do :

allí donde empie­za todo.

 

10 de sep­tiembre de 2013

Maternidad

 

mi abue­la cui­da a la mujer senil

que no es su her­ma­na ni su sangre,

la que le negó hace ya tan­to

un tro­zo de tela vene­cia­na

y escu­pió el jar­ro donde mi madre de tres años

toma­ba la leche maña­ne­ra :

 

leche que era un poco mugre y exi­lio,

blan­ca epi­de­mia, brote de nata, jardín de espo­ras.

 

se abren los gri­tos uno a uno.

quie­ren hablar de esa otra vida

gra­ba­da en los hor­cones de la casa

mien­tras abue­la enja­bo­na a la mujer extra­ña,

al rega­lo vudú,

a la mise­ria de la peste,

a los gira­soles mus­tios de las lla­gas.

 

ya no espe­ra más de la vida.

 

ni una ni otra espe­ran otra cosa

que el baño de las seis, la comi­da a las siete,

el desayu­no de pan y muerte,

lo que mi mano debió sacri­fi­car.

 

 

13 de mar­zo de 2014

Maternité

 

Ma grand-mère pro­digue ses soins à la femme sénile

qui n’est ni sa sœur ni son sang,

celle qui lui refu­sa il y a long­temps déjà

un bout d’étoffe véni­tienne

et cra­cha dans le bol où ma mère, trois ans,

buvait son lait du matin :

ce lait d’exil et de suint,

épi­dé­mie blanche de la crème qui bour­geonne, jar­din des bac­té­ries.

Les cris s’égrainent un à un.

Ils veulent par­ler de cette autre vie

gra­vée sur les piliers de la mai­son

pen­dant que la grand-mère savonne l’étrange femme,

l’offrande vau­dou,

la misère de la peste,

les tour­ne­sols flé­tris des plaies.

Elle n’espère plus rien de la vie.

Et l’une et l’autre attendent seule­ment

le bain de six heures et le repas à sept,

le déjeu­ner de pain et de mort,

tout ce sacri­fice que ma main eut à faire.

 

 

Mélange

 

La forêt se par­tage en deux

pour dis­soudre la hui­tième corde.

Je mélange dans la recette l’origami et la sur­di­té,

la tige du bam­bou et l’hypocrisie :

il faut ensuite man­ger la por­tion la plus minus­cule

comme les héros dans les pou­belles de l’histoire.

Bouchée après bou­chée

-Avec les mosaïques réunies des pays-

ce n’est pas dif­fi­cile de remâ­cher la théo­rie :

on vit dans le rêve des insectes

on déchire la nour­ri­ture du papillon

qui vole

à cent lieues du fris­son.

La voi­là la recette du bon­heur abso­lu

que l’idiot et le papillon eurent en par­tage

au-delà du désastre.

 

 

Mezclado

 

se raja el bosque en dos peda­zos

para disol­ver la octa­va cuer­da.

en la rece­ta mez­clo el ori­ga­mi y la sor­de­ra,

la caña de bambú             la hipo­cresía

lue­go se ha de consu­mir la por­ción más dimi­nu­ta

como harían los héroes en los basu­re­ros de la his­to­ria.

tro­zo a tro­zo

—jun­tos los puzzles de los países—

no es difí­cil mas­ti­car la teoría :

uno vive el sueño de los insec­tos

uno ras­ga la comi­da de la mari­po­sa

que vue­la

a kiló­me­tros y kiló­me­tros del estre­me­ci­mien­to.

 

es esta la rece­ta de la feli­ci­dad abso­lu­ta

que el idio­ta y la mari­po­sa com­par­tie­ron

más allá de la desin­te­gra­ción.

 

24 de diciembre del 2014.

Eleusis

 

en Sión

                  conocí

la pacien­cia des­nu­da             sin ojos :

todo en ella me sobra­ba.

 

los héroes subían por las lade­ras

con sus crá­neos de hue­so

con sus manos de hue­so.

apa­cibles bes­tias

                                   que subían

más her­mo­sas que dios

indi­fe­rentes a eso que no pude darles

ni siquie­ra

                       quedán­dome

                                                   aba­jo.

 

8 de diciembre del 2011

Eleusis

 

A Sion

                    j’ai connu

la patience mise à nu      et sans yeux :

tout en elle me dépas­sait.

 

Les héros mon­taient par les ver­sants

Avec leurs crânes osseux,

Avec leurs mains osseuses.

Bêtes apai­sées

                    qui s’élevaient

plus belles encore que dieu,

indif­fé­rentes à cela que je n’ai pas su don­ner

même

                                 en res­tant

                                                                  en bas.

 

 

 

Agnus Dei

« La beau­té est la véri­té, c’est tout… »

Keats

 

La beau­té crache sur ma foi,

voi­là tout.

Elle dort au creux de ma chair

comme un oiseau déplu­mé.

Elle a oublié les lan­gages de la mort.

Agnus Dei

 

La bel­le­za es la ver­dad, eso es todo…”

 

Keats.

La bel­le­za escupe mi fe,

y eso es todo.

Duerme entre mi carne

                       como un pája­ro sin plu­mas.

 

Ha olvi­da­do los len­guajes de la muerte.

 

29 de diciembre de 2011

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