> La manzana poética : le vers est dans la pomme

La manzana poética : le vers est dans la pomme

Par |2018-11-18T21:48:20+00:00 29 mars 2015|Catégories : Revue des revues|

 La Manzana poé­ti­ca est une revue lit­té­raire espa­gnole de Cordoue. Dirigée par Bernd Dietz et Francisco Gálvez, elle ouvre lar­ge­ment ses pages à la poé­sie du temps pré­sent. Sa der­nière livrai­son accueille 26 voix fémi­nines nées entre 1976 et 1990. Dans ses pro­lé­go­mènes, depuis une autre rive, l'Italienne Paola Laskaris évoque [ une toile de fils trans­pa­rents, réa­liste et vision­naire, abs­traite et naïve, tis­sée par les lumières et les ombres de deux mil­lé­naires ].

L'universel et l'ultra contem­po­rain s'y côtoient dans les fra­cas du corps et de la langue, en des vers tan­tôt dérou­lés en longs méandres, tan­tôt acé­rés comme des cou­teaux. De la movi­da des années quatre-vingt à l'actuel désen­chan­te­ment géné­ré par les crises éco­no­mique et sociale, ce sont là des secousses tel­lu­riques expri­mées en sur­face autant qu'en pro­fon­deur, éphé­mères et durables dans le même mou­ve­ment de décom­po­si­tion et de recom­po­si­tion. L'espoir, mal­gré tout, recen­tré sur un soi ouvert à la ren­contre, n'est pas mort. Dans sa " Poétique pro­vi­sion­nelle ", Laura Cassielles décline ses para­digmes du verbe écrire et reflète au mieux les états d'esprit de ces géné­ra­tions trop sou­vent fra­cas­sées.

" Ecrire : mettre sur les pla­teaux d'une balance les grains fer­tiles du vécu. Décider de quel côté ça vaut la peine d'incliner le poids des mots.

Ecrire avec la ner­veuse illu­sion de celui qui invente de nou­veaux mots doux dans une lettre d'amour. Ecrire avec la cer­ti­tude révo­lu­tion­naire de celui qui inclut des réflexions poli­tiques dans une lettre d'amour.

Ecrire : aimer. Ecrire : pleu­rer par­fois, et par­fois célé­brer. Ecrire : mar­cher.

Ecrire je dénonce. Ecrire je doute. Ecrire accom­pagne-moi.

Et c'est bien d'accompagnement qu'il s'agit, à la faveur des com­mu­nau­tés poé­tiques très variées que tissent jour après jour les réseaux sociaux, les sites et les blogs de la galaxie numé­rique. La poé­sie ne s'enferme plus dans des fonds de tiroir. Paola Laskaris déclare [ qu'elle se montre à des bal­cons sans grille, comme une maja goyesque auda­cieuse qui sol­li­cite avec inso­lence le regard de n'importe quel inter­naute ].

Il n'est pas pos­sible de don­ner ici la parole à cha­cune de ses 26 voix alors que cha­cune pour­tant le mérite. En voi­ci cepen­dant quelques-unes, choi­sies par les hasards de mon vaga­bon­dage et… les com­mo­di­tés de la tra­duc­tion.

 

Hermana muerte

Estás en el rojo ter­cio­pe­lo de mi vientre, en los gri­tos secre­tos que anun­cian mi tem­blor de nin͂a heri­da. Quiero mos­trarme des­nu­da ante ti. Quiero que dis­pares el gatillo, que me ahorques, que me asfixies, que abras mis ojos hacia los hori­zontes mari­nos. Ponerme un abri­go de fue­go, arder, en la mise­ria. De noche bus­cas a tus hijas inicia­das en el mal. No quie­ro que me salves. No le repi­tas. Las cam­pa­nas tocan a muer­to. Invítame a ser una ama de cría. Mis manos abier­tas recla­man sangre. Mi úte­ro estre­cho bus­ca un pája­ro des­plu­ma­do. Nuestros besos mue­ren, tu len­gua, la de mi her­ma­na, la tuya, la mía. Si me tien­do en la cama me pudri­ré. Baja conmi­go las esca­le­ras. Cuece un cal­do espe­so para el dia­blo. Brotan lágri­mas de mis senos. La luna celo­sa, ocu­pa mis ojos.

Begon͂a Callejón

Sœur morte

Tu es dans le velours rouge de mon ventre, dans les cris secrets qui annoncent mes trem­ble­ments de fille bles­sée. Je veux me mon­trer nue devant toi. Je veux que tu appuies sur la détente, que tu me pendes, que tu m'asphyxies, que tu ouvres mes yeux vers les hori­zons marins. Me mettre un man­teau de feu, brû­ler, dans la misère. La nuit tu cherches tes filles ini­tiées au mal. Je ne veux pas que tu me sauves. Ne le répète pas. Les cloches sonnent le glas. Invite-moi à être une nour­rice. Mes mains ouvertes réclament le sang. Mon uté­rus étroit cherche un oiseau déplu­mé. Nos bai­sers meurent, ta langue, celle de ma sœur, la tienne, la mienne. Si je m'allonge sur le lit je pour­ri­rai. Descends l'escalier avec moi. Cuis un bouillon épais pour le diable. Des larmes jaillissent de mes seins.  La lune est jalouse dans mes yeux.

 

Ensayo sobre ter­rores

 

Hay ter­rores enormes
que pesan como hier­ro en las entran͂as :
las guer­ras nucleares, las iras del mer­ca­do,
siete mares tem­blan­do, el hombre que podría
con un simple chas­qui­do bor­rar el uni­ver­so,
la líri­ca homi­ci­da de cier­tas reli­giones,
el cán­cer inva­si­vo, los leves dic­ta­dores,
los dic­ta­dores cie­gos,
el bos­te­zo de Dios sobre los bel­los pue­blos
tan pobres como car­dos.
Y hay ter­rores pequen͂os
que pican como pul­gas en el alma :
la lacra del insom­nio, el gen de la locu­ra,
los gan­glios en el cuel­lo de mi hija,
el silen­cio sin masa del otro ser que ama­mos,
los días labo­rables, los rituales vanos
o la ridi­cu­lez de nues­tros ideales.
Hay ter­rores gigantes en pro­ble­mas menu­dos.
Y ter­rores purí­si­mos
como temer la nada.

Rocío Hernández Triano

 

Essai sur les ter­reurs

Il y a des ter­reurs énormes
qui pèsent comme du fer dans les entrailles :
les guerres nucléaires, les colères du mar­ché,
sept mers prises de trem­ble­ments, l'homme qui pour­rait
d'un simple cla­que­ment de doigts effa­cer l'univers,
le sui­cide lyrique de cer­taines reli­gions,
le can­cer inva­sif, les dic­ta­teurs légers,
les dic­ta­teurs aveugles,
le bâille­ment de Dieu sur les jolis vil­lages
aus­si pauvres que des char­dons.
Et il y a de petites ter­reurs
qui piquent l'âme comme des puces :
la cica­trice des insom­nies, le gène de la folie,
les gan­glions dans le cou de ma fille,
le silence sans épais­seur de l'autre que nous aimons,
les jours ouvrables, les vains rituels
ou le ridi­cule de nos idéaux.
Il y a des ter­reurs gigan­tesques dans les petits pro­blèmes.
Et des ter­reurs à l'état pur
comme la crainte du néant.

 

*

 

Establecer la heri­da como tér­mi­no indus­trial
Del ter­ri­to­rio ínti­mo en que habi­ta
Mi alma, que los cipreses ani­den en mis pier­nas
Y tras­la­den a éstas cier­to ver­dor intac­to,
Creciendo la hie­dra a tra­vés de mí como el olvi­do.
Tan sólo dejarse aho­ra. Ascender
En pura rama, hojas de cuya sober­bia
Nace la construc­ción del cie­lo.

Ana Vega

 

Etablir la bles­sure comme un terme indus­triel
Du ter­ri­toire intime où habite
Mon âme, que les cyprès nichent dans mes jambes
Et trans­portent en elles quelque ver­deur intacte,
Le lierre à tra­vers moi pous­sant comme l'oubli.
Juste se lais­ser aller main­te­nant. Grandir
En une branche pure, feuilles dont la superbe
Accouche la construc­tion  du ciel.

 

Caracol

 

Miro tu len­ti­tud,
la tra­za de luz que aban­do­nas a tu paso
como la savia der­ra­ma­da de los árboles.
Eres el pequen͂o dios de la sed
que atra­vie­sa las hojas y la noche
en su infi­ni­to repo­so.
Te obser­vo sin heri­das
y miro mis manos : som­bras de nieve
que toca­ron la muerte con tu mis­mo sigi­lo.

Marta López Vilar

 

Escargot

Je regarde ta len­teur,
le tra­cé de lumière aban­don­né à ton pas­sage
comme la sève des arbres répan­due.
Tu es le petit dieu de la soif
qui tra­verse les feuilles et la nuit
en son infi­ni repos.
Je t'observe sans bles­sures
et je regarde mes mains : ombres de neige
qui ont mar­qué la mort de ton empreinte.

 

Primeros besos

 

La are­na se fil­tra en los poros del tiem­po.
Man᷈ana, ayer, nun­ca…
se encuen­tran en un tren que nun­ca vuelve,
                                              nun­ca pasa.
Los cuer­pos se pier­den en andenes cir­cu­lares.
Recuerdo sus vías y sus pie­dras,
pero no sus caras,
no sus lágri­mas ni su risa.
Dónde van los pasos que olvi­da­mos.
Allí donde estén,
           guar­da la vida sus pri­me­ros besos,
sus últi­mos labios.

Marta Gómez Garrido

 

Premiers bai­sers

Le sable se filtre dans les pores du temps.
Demain, hier, jamais…
se ren­contrent dans un train qui jamais ne revient,
                                              jamais ne passe.
Les corps se perdent sur des quais cir­cu­laires.
Je me sou­viens de leurs voies et de leurs pierres,
mais pas de leurs visages,
pas de leurs larmes ni de leur rire.
Où s'en vont les pas que nous oublions ?
Là où qu'ils soient,
           la vie garde ses pre­miers bai­sers,
ses der­nières lèvres.

 

 Ont éga­le­ment par­ti­ci­pé à cette antho­lo­gie dite de la Génération 2001 et dans l'ordre alpha­bé­tique :  Ariadna G. García, Yolanda Castan͂o, Carmen Garrido, Mertxe Manso, Vanessa Pérez-Sauquillo, Esther Gimenez, Erika Martínez, Alejandra Vanessa, Ángela Álvarez  Sáez, Ana Patricia Moya, Verónica Aranda, Sofía Castan͂ón, Siracusa Bravo Guerrero, Saray Pavón, Elena Medel, Virginia Cantó, Martha Asunción Alonso, Alba González, Berta García Faet et Luna Miguel.

La man­za­na poé­ti­ca, N° 37, Septembre 2014, 9 €.

www​.laman​za​na​poe​ti​ca​.info

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