Georges de Rivas, Eurydice, la Voix du silence, table-ronde du printemps des poètes 2019

Par |2019-09-08T12:35:50+02:00 6 septembre 2019|Catégories : Georges de Rivas, Rencontres|

Eury­dice, Ecoute et Voix du silence, Muse de la poésie orphique

  La Quête d’une langue du Paradis

 

Je veux ici pour­suiv­re ma réflex­ion esquis­sée au cours du Print­emps des poètes 2019, dans le cadre de la Table-ronde que j’ai organ­isée au Château de Sol­liès-Pont sur le thème : « Eury­dice ou la Voix du silence ».

Cet arti­cle fait aus­si écho à ma dernière œuvre poé­tique parue aux édi­tions Alcy­one ( Avril 2019 ) sous le titre «  La Beauté Eurydice ».

Alcy­one est la plus impor­tante des sept étoiles – les Pléi­ades- Elle sig­ni­fie la paix et n’est pas sans lien avec la voca­tion d’Or­phée, chantre du sub­lime amour, de l’har­monie et de la beauté qui par la grâce de son chant fini­ra par charmer non seule­ment les Furies mais aus­si le maître des Enfers Hadès et son épouse Perséphone.

« La Beauté Eury­dice » procède de la même source d’in­spi­ra­tion que mes œuvres précé­dentes :  « Orphée au rivage d’Evros »  pub­liée aux édi­tions du Petit Véhicule en 2017 et Orphée, Zéphyr en Azur pub­liée en français et roumain aux édi­tions Bib­lio­the­ca Uni­ver­salis en 2018.

Quelle magie pou­vait incar­n­er ce chant mythique du prince de la dynas­tie des poètes qui s’en alla jusqu’en enfer pour ramen­er son épouse Eury­dice à la lumière du séjour terrestre ?

Galerie de l’Or du temps N°69 : Georges de Rivas, Orphée au rivage d’Evros, Edi­tions du Petit véhicule, 2017.

Le Grec antique pour qui la mort était une han­tise adhérait à cette vision du poète porté par le souf­fle de l’in­spi­ra­tion orphique : il vénérait les grands poètes nim­bés du sceau cratylique, ceux qui accor­daient leur souf­fle à la beauté d’une langue portée par les ailes d’un ample souf­fle rythme périodique. 

Revis­i­ta­tion de la légende d’Or­phée,« La Beauté Eury­dice » s’in­scrit dans cette fil­i­a­tion lit­téraire, mythique et spirituelle .

Son orig­i­nal­ité me paraît résider en un dia­logue per­ma­nent entre Orphée et Eury­dice, liés l’un à l’autre comme la parole au silence.

La beauté de cette œuvre m’ap­pa­raît inspirée par une vision orphique du monde et le souf­fle retrou­vé d’une langue où la poésie et la musique, renouant leur alliance orig­inelle déploient au-dessus du néant les ailes d’un lyrisme flamboyant.

J’e­spère que mes lecteurs seront sen­si­bles à la veine poé­tique et musi­cale del’ œuvre, à son ampleur imag­i­na­tive et à sa pro­fondeur harmonique . 

Eury­dice se révèle ici comme la source d’eaux-vives d’où jail­lit le poème aiman­té par sa Présence-Absence . Le silence d’Eury­dice est le philtre d’amour qui opère la magie enchanter­esse d’Or­phée. Ce chant est puisé à même l’essence du Logos, poème orphique en réso­nance avec le Verbe, l’O­rig­ine. Et peut-être Eury­dice, haute voix du silence qui prend la parole, faisant écho au poème de Lecon­te de Lisle inti­t­ulé Khi­ron, a‑t-elle voulu nous révéler, mys­tère demeuré mys­tère «  Le chant qui n’é­tant plus est tou­jours entendu » ?

 

Eury­dice est à la fois l’E­coute et la Voix du silence mur­mu­rant à l’or­eille d’Or­phée qui égrène la plainte de son chant sur le rosaire de son absence. La quête d’Or­phée et l’élé­va­tion de son chant nais­sent de l’aigu­il­lon de sa part divine, éter­nelle, l’ange invis­i­ble de l’amour intan­gi­ble qui l’at­tend par delà les brumes fon­gi­bles du néant …

Orphée et Eury­dice ne for­ment qu’une seule et même entité, portés depuis l’é­ter­nité par le souf­fle de l’An­drog­y­ne Pri­mor­dial. Comme le Logos et le silence, ils baig­nent dans une seule et même sub­stance d’amour. Et Eury­dice précède Orphée comme l’E­coute, la parole…

Matrice féconde, insond­able mys­tère, elle est telle l’Al­ma Mater, la source inépuis­able de son vers : l’o­rig­ine de sa quête et de son chant tis­sé de dés­espérance et d’e­spérance. Elle est la pri­mor­diale voix du silence d’où émane le verbe des mondes.

Réver­béra­tion de la musique des sphères où vibra la lumière incréée, elle est la muse inspi­ra­trice, le souf­fle de la nuit antérieure qui résonne dans l’ouïe intérieure du poète, l’or­eille du cœur par laque­lle Beethoven, dans le silence de sa sur­dité perce­vait les émo­tions du grand opéra de l’univers..

 

Gus­tave More­au, Orphée.

Et n’est-il pas avéré que l’Opéra est né avec l’Eury­dice de Giulio Cassi­ni et Jacopo Peri en 1600, précé­dant l’Or­feo de Mon­tever­di en 1607 ? «  La lumière a un âge, la nuit n’en a pas » écrit René Char, apho­risme qui révèle métaphorique­ment la nature du rap­port d’Or­phée à Eurydice.

Quant à l’œuvre ini­tiale­ment évo­quée « la Beauté  Eury­dice », il s’ag­it à la fois du livre de la présence-absence et de la lumière-amour dont est tis­sé la parole orphique : orac­u­laire, prophétique.

Evo­ca­tion de l’éter­nel amour, poème où Muse de la poésie orphique, Eury­dice sort de son silence et s’adresse à Orphée revenu sur terre, depuis  cet au-delà où elle séjourne encore !

Et comme l’au­gure l’une des accep­tions éty­mologiques de son nom  «  Grande Jus­tice », son appari­tion ne peut avoir lieu qu’en une fin des temps — Apoc­a­lypse qui ver­rait la trans­fig­u­ra­tion de l’His­toire  ou en ce pur instant d’é­ter­nité – petite apoc­a­lypse et révéla­tion de la beauté dans la foudre enchan­tée du poème.

Souf­fle éthéré du silence d’où jail­lit la poésie, La Beauté Eury­dice s’ac­corde à la parole de René Char : «  Il sem­ble que ce soit le ciel qui ait le dernier mot, mais il le prononce à voix si basse que nul ne l’en­tend jamais » .  La voix qui mur­mure der­rière le mur d’éther silen­cieux où l’ont recluse les dieux, c’est la voix de la Muse de la poésie orphique, la voix d’Eury­dice ressus­citée, Grande Jus­tice réap­parue der­rière les closeries du plus haut silence !

Eury­dice est la voix  du silence, l’ange tutélaire d’Or­phée.« Ange, ce qui tient en nous ‚à l’é­cart du com­pro­mis religieux, la parole du plus haut silence » écrit René Char

Elle est la  muse de la poésie orphique, miroir où se reflète l’Âme du monde, la source d’in­spi­ra­tion déjà évo­quée de ce « chant qui n’é­tant plus est tou­jours entendu .

Par Elle,  la lumière de la parole est réver­béréeen l’ âme d’Or­phée.  Lumière de la parole dont la sub­stance est l’Amour, Lumière- amour du Logos d’a­vant la lumière sen­si­ble, vibra­tion du verbe dans le cristal du silence pri­mor­dial. Et dans le jardin de son silence imprégné d’une pure sub­stance d’amour, est per­pétuelle­ment éclose la rose d’une nou­velle parole sur l’Homme et le cos­mos, née des noces de l’Eros et du Logos !

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II. Quête d’une Langue du paradis, mystère d’amour et présence du Logos.

 

Orphée et Eury­dice for­ment avec Dante, seule fig­ure ici de poète dont l’ex­is­tence est attestée comme sa muse inspi­ra­trice Béa­trice un quatuor à cordes angéliques dont les fibres de l’âme réson­nent de la tra­ver­sée des cieux et des enfers.

Orphée et Eury­dice, fig­ures mythiques issues du ciel pré-chré­tien,  de la Grèce antique vivent leur chemin ini­ti­a­tique comme descente aux Enfers, catabase à laque­lle répond l’An­abase, ascen­sion finale de Dante guidé par Vir­gile et Béa­trice au livre III vers le Par­adis. Or le mythe d’Or­phée comme la Divine Comédie sont ani­més par la quête d’une langue du Par­adis, marche dans l’indi­ci­ble, élé­va­tion et aiman­ta­tion de l’âme vers la lumière de l’im­pos­si­ble amour.

 

Orphée comme Dante fig­ure de l’in­car­na­tion de la poésie orphique vivent le deuil irré­para­ble et la quête de cet impos­si­ble amour. Seule une langue divine, un chant de l’O­rig­ine s’avèrent capa­bles de délivr­er cette parole mag­ique, enchanter­esse où les dieux et les hommes con­ver­saient dans le Par­adis . Au Chant 23 de la Divine Comédie Dante l’ex­prime avec lucid­ité . « et à la lumière vive transparaissait/la sub­stance bril­lante, si claire/dans mon regard qu’il ne pou­vait la soutenir. » Et elle (Béa­trice) me dit : «  Ce qui t’abat/ est une force à quoi rien ne résiste./ Là est la sagesse et la puissance/qui ouvrit la voie entre ciel et terre,/dont jadis le monde eut un si long désir. »

Dante nous dit : «  ain­si mon esprit dans ce banquet/devenu plus grand, sor­tit de soi-même/et ne sait plus se sou­venir de ce qu’il fit. »

..Si à présent réson­naient toutes les langues/que Polym­nie fit avec ses sœurs/les plus nour­ries de leur lait si doux/pour me secourir/On n’at­teindrait pas au mil­lième du vrai, en chan­tant le saint rire,/et comme la sainte lumière le rendait pur ;/ainsi en décrivant le paradis/ le poème sacré doit faire un saut,/comme celui qui trou­ve la voie inter­rompue. » (Le par­adis , p.219 ) .

Au seuil de cette parole impos­si­ble,  parole du plus haut silence se sont heurtés tous les grands poètes, « marche for­cée dans l’indi­ci­ble » pour  Char et Rim­baud s’écri­ant : « je n’ai que des mots païens » ne pou­vant révéler son expéri­ence intérieure au seuil d’une vision supra-sensible. 

« Les mots man­quent » écrit encore Hölder­lin qui se con­sume  dans le feu de son intu­ition ayant perçu le Logos comme l’o­rig­ine de toutes choses ! 

René Char a saisi l’essence de ce mys­tère, l’i­den­tité nar­ra­tive du Logos devenu lan­gage, qui se déploie et se con­naît lui-même dans le poème ! Sur un ton prophé­tique il dit la venue immi­nente du poème et sa voca­tion émi­nente : «  Les mots qui vont sur­gir savent de nous ce que nous ignorons d’eux ».

Dante a aus­si éprou­vé cette impuis­sance à évo­quer par son verbe  cette splen­deur de la Beauté que la poésie a voca­tion à dévoil­er :« Il me sem­bla que son vis­age flam­boy­ait, et elle avait les yeux si pleins de joie/qu’il me faut pass­er out­re  sans en par­ler (p.217 . Ed Gallimard).

Georges de Rivas, La beauté Eury­dice, extraits dits à deux voix.

Aus­si devri­ons- nous nous tourn­er vers les frag­ments d’Hér­a­clite : « A l’âme appar­tient le Logos qui grandit par lui-même » ou bien « Car le Logos est le bien de l’âme et prend en elle de la force ». Puis­sance du com­mence­ment est le mys­tère de l’Amour ‚sub­stance divine où s’o­rig­ine le Verbe, la lumière de la parole poétique !

L’âme humaine et le Logos à jamais liés l’un à l’autre, prédestinés!L’âme humaine où brûle et s’embrase l’ét­in­celle du Logos orig­inel et éter­nel ! Quand reten­tit le dernier écho du Verbe, le Logos fait une place dans l’âme pour un monde nou­veau, capa­ble d’en­gen­dr­er un com­mence­ment. Ce com­mence­ment, ce principe c’est le Logos prenant con­science de lui-même . Eury­dice est la muse inspi­ra­trice, l’é­coute et le silence, l’ab­sence où s’aimante l’o­rig­ine de la parole : semai­son et mois­son de sons inouïs qui s’élèvent et ful­gurent dans la nuit de l’âme poé­tique. Le regard de l’âme revient à l’o­rig­ine et con­tem­ple le Logos dans son principe . La lumière de la parole résulte de ce com­mence­ment pri­mor­dial. Et cette lumière de la parole qui appa­raît et résonne dans la poésie émane de l’O­rig­ine ; elle est lumière invis­i­ble dont la sub­stance est l’Amour. C’est là l’essence de la vision de Novalis  : «L’amour est le com­mence­ment et la fin de l’his­toire du monde, l’a­men de l’univers ».

Il ne s’ag­it pas de la pré­cieuse et vitale lumière du jour, la lumière vis­i­ble sai­siss­able par les sens, en pre­mier lieu par le sens de la vue, mais bien de la lumière numineuse de l’O­rig­ine. Il s’ag­it de la lumière de l’âme perçue par l’ouïe intérieure où se reflète l’âme du monde. C’est la lumière qui vibre dans la nuit où chem­ine Eury­dice. Et cette lumière d’or qui auréole l’âme du poète est réver­béra­tion du Verbe des orig­ines, éma­na­tion d’une pure réso­nance du Logos en l’âme du poète.

 

 

C’est que l’amour, la tombe, et la gloire et la vie,
L’onde qui fuit, par l’onde inces­sam­ment suivie, 
Tout  souf­fle, tout ray­on, ou prop­ice ou fatal,
Fait reluire et vibr­er mon âme de cristal,
Mon âme aux mille voix que le dieu que j’adore
Mit au cen­tre de tout comme un immense écho sonore.

 

Vic­tor Hugo au cœur de cet immense écho sonore, est l’im­age des poètes qui par­lent la langue des échos, poètes écho­phones vibrant en ce pays de poésie que nous pou­vons appel­er Echo­phonie ! Et Vic­tor Hugo nous pré­cise sa vision : «  Car le mot, qu’on le sache est un être vivant, c’est le Verbe et le Verbe c’est Dieu ». Le poète dans sa nuit d’ex­ilé porte en lui le sou­venir de sa patrie spir­ituelle,  il en perçoit l’é­cho, celui d’un son  qui va l’éveiller à sainte réminis­cence et le met­tre en réso­nance avec cette vibra­tion de la parole des orig­ines, en cette sin­gulière et dou­ble expéri­ence écho­phonique et écho­phanique ! Et sur l’au­tel nup­tial du silence et de l’é­clair poé­tique, du son et de l’im­age lequel se voit investi de la préséance dans la ful­gu­ra­tion du poème ? Chez les poètes orphiques, comme l’at­teste Vic­tor Hugo c’est cette expéri­ence de l’im­mense écho sonore qui impose sa préémi­nence ! C’est dire que l’ap­pari­tion de l’im­age, du poème écrit ren­du vis­i­ble  procède de cette vibra­tion du verbe, cette réso­nance échophonique ;

René Char dévoile un pan de ce mys­tère poé­tique par ces paroles : «  Il faut que les mots soient pourvus de cet écho antérieur qui fait occu­per au poème toute sa place, sans se souci­er de ce réel dont il est la roue disponible et tra­ver­sière ».Il s’ag­it bien de l’ex­péri­ence «  d’un son levé avant nous ». Les mots sont investis d’un con­tenu de con­nais­sance et d’une puis­sance de révéla­tion ! Ils sont investis d’une charge affec­tive-émo­tion­nelle de pure essence cos­mique. Parole tis­sée d’amour, le poème orphique se révèle comme l’ac­cord renoué entre poésie et musique, telle qu’imag­inée en cette Orig­ine qui est le Verbe.  L’ouïe intérieure vibre à la musique des sphères ! Poésie et Musique sont en vérité unies comme le dit Jorge Borgès dans son  Essai sur la Poésie : « Nous avons men­tion­né le fait que dans la musique on ne saurait dis­soci­er la forme et la sub­stance et que c’est en fait  lamême  chose. Il y a lieu de penser que dans une cer­taine mesure le même phénomène se pro­duit en poésie »

Pour Borgès, les mots ont été à l’o­rig­ine des métaphores, échos de  la nuit antérieure,sonorités cos­miques orig­inelles dev­enues images dans le lan­gage de Poésie. Cette imag­i­na­tion poé­tique irriguait la vie des peu­ples de tra­di­tion orale, tels ceux du Nord de l’Eu­rope. « Quand ils entendaient le mot Thunor, ils entendaient à la fois le sourd gron­de­ment dans le ciel , voy­aient l’é­clair et pen­saient au dieu. Les mots étaient chargés d’un pou­voir mag­ique » dit Borgès.

Gas­ton Bachelard déplore quant à lui la perte de la parole vivante : « En lisant les mots, nous les voyons, nous ne les enten­dons plus »

Ain­si devons-nous faire retour au sens orig­inel de la Parole qui est  le sens du mys­tère, du Moi humain, du Moi d’autrui et du monde. Le Verbe, le chant de l’u­nivers fut au com­mence­ment, avant l’écrit et Orphée est le poète inspiré par l’ Ether, le mes­sager de la Beauté conçue dans l’ex­is­tence pré­na­tale, le chantre en qui réson­nent les grandes émo­tions de l’U­nivers . Il est réminis­cence et présence du Logos, lumière-amour du chant, magie de la poésie qui enchan­ta les Furies de l’En­fer . Il incar­ne l’ Espérance-Poésie au cœur tour­men­té de l’ Homme assiégé par les puis­sances du mal aux march­es trag­iques de l’histoire…Il garde intacte la flamme de l’amour qui ne fut pas emportée par Prométhée, héros de la liberté.

Il est l’e­spérance invin­ci­ble de l’âme aux march­es du temps et sa harpe divine berce sous les arch­es de l’é­ter­nité le grand des­sein de la beauté qui sauvera le monde

Ain­si est-t-il le chantre de la dynas­tie des sons et des mots éclos au sein de ce cos­mos orig­inel où apparût le Logos essaimant ses décli­naisons har­moniques d’é­ter­nité en éter­nité dans le mys­tère de l’u­nité con­sub­stantielle de la musique et de la poésie.

Ain­si est-t-il à jamais tra­ver­sé par le grand souf­fle de l’amour où vibre sa voix-lyre qui aimante le vais­seau-terre chargé d’his­toire sur l’océan du devenir.

 

Car­olyne Can­nel­la et Georges de Rivas.

Et son cœur qui pal­pite à l’u­nis­son des émo­tions de l’u­nivers et des pas­sions humaines est la demeure de l’âme du monde où résonne l’é­cho de la nuit antérieure et son cortège de chants inouïs apparus  pour apais­er les tour­ments des Furies qui dévas­tent l’Histoire.

Dans son livre « Les Dieux antiques » paru en 1880, Max Muller trou­ve que le nom d’Or­phée découle de l’in­di­en Rib­hu et Mal­lar­mé s’en fait l’é­cho : « Rib­hu paraît avoir été don­née, à une époque très prim­i­tive, au soleil. On l’ap­plique dans les Védas à de nom­breuses déités. « Le sens prim­i­tif d’Or­phée » sem­ble avoir mar­qué l’ énergie et le pou­voir créa­teur. » (Mal­lar­mé, O.C, p.1240) Ceci nous ramène à l’essence de la vision orphique du monde qui voudrait que l’u­nivers apparu dans ses formes vis­i­bles ne soit que la cristalli­sa­tion de vibra­tions sonores émanées du Verbe orig­inel. De sorte que toute forme ter­restre serait une vibra­tion, une onde musi­cale comme ensor­celée dans la matière. C’est là l’idée de Maya avancée par la tra­di­tion hin­doue pour désign­er le monde appar­ent , dans le sens d’une réal­ité phénomé­nale issue de l’im­pul­sion orig­inelle du Verbe ou de présences numineuses.

Nomen, Noumen, mys­tère du rap­port de l’in­vis­i­ble et du vis­i­ble, Du Nom à son essence. Et le soleil est le lieu d’é­ma­na­tion de cette musique des sphères, de même qu’Or­phée est voix-lyre descen­due des hau­teurs suprasen­si­bles de l’u­nivers pour enchanter le cœur de l’homme et toutes choses sur la terre.  Et c’est là sans doute le mes­sage des Védas. Les textes védiques évo­quent la notion de « Shru­ti » mot qui sig­ni­fie en San­scrit le fait d’en­ten­dre. Et c’est le nom qui fut don­né à la Révéla­tion par les sages, les sept Rishis de l’Inde védique. D’où le sens de texte enten­du ou texte révélé. Car il s’ag­it bien d’une con­nais­sance intu­itive, d’une audi­tion intérieure ! Shru­ti est un mot com­posé sig­nifi­ant à la fois oreille, audi­tion et con­nais­sance révélée. Texte-Parole saisi par illu­mi­na­tion du cœur, par l’ouïe intérieure, c’est à dire l’or­eille du cœur ! Orphée inspiré par sa muse, Eury­dice, car ici encore elle est l’é­coute, la clairau­di­ence de l’âme de pure nature suprasensible.

 

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III. Orphée sous le regard de Leconte de Lisle

 

Or c’est là le mes­sage essen­tiel trans­mis par le poème de Lecon­te de L’Isle inti­t­ulé Khirôn où Orphée rend vis­ite au Cen­tau­re. Car voici pré­cisé­ment ce que Khirôn qui s’ap­prête à quit­ter le séjour ter­restre dit à Orphée sous forme d’éloges.

Ain­si divin Orphée, ô chanteur inspiré,
Tu déroules ton cœur sur un mode sacré.
Comme un écroule­ment de foudres rugissantes,
La colère descend de tes lèvres puissantes ;
Puis le calme suc­cède à l’or­age du ciel ; 
Un chant majestueux qu’on dirait éternel
Enveloppe la lyre entre tes bras vibrante ;
Et l’or­eille attachée à cette âme mourante,
Pour­suit dans un écho décrois­sant et perdu
Le chant qui n’é­tant plus est tou­jours entendu.

Le Péléide écoute, et la lyre est muette !
Altéré d’har­monie, il incline la tête :
Sous l’or de ses cheveux, d’une noble rougeur
L’en­t­hou­si­asme saint brûle son front songeur ;
Une ardente pen­sée, en son cœur étouffée,
L’op­presse de san­glots ; mais il con­tem­ple Orphée 
Et dans un cri sub­lime il tend ses bras joyeux
Vers cette face auguste et ces splen­dides yeux 
Où du céleste éclair que rav­it Prométhée
Jail­lit, impériss­able une flamme restée ;

 

 

C’est Eury­dice qui est l’ange gar­di­en de cette flamme impériss­able jusqu’à la fin des temps. Ain­si porte-t-elle son nom et sa voca­tion de Grande Jus­tice pour l’ac­com­plisse­ment du grand Des­sein de la Terre : l’Amour !

C’est l’é­cho du Verbe des mon­des, la musique de la nuit antérieure qui résonne en l’ouïe intérieure ;  «Et du céleste éclair, jail­lit une flamme restée » : il s’ag­it bien du feu que Prométhée a ravi aux dieux au nom de la lib­erté et au prix d’une ter­ri­ble expi­a­tion! Mais en Orphée demeure une flamme impériss­able et le mys­tère de la parole, de la créa­tion poé­tique dont il est déposi­taire garde toutes ses chances, sa voca­tion à sub­sumer le mal­heur et à réen­chanter le monde.

Et la poésie en son essence n’est-elle une sor­tie hors du champ  étroite­ment lit­téraire, cette échap­pée belle de la parole antérieure à l’écrit ? N’est-elle pas la voca­tion orig­inelle d’Or­phée, cette voix-lyre capa­ble de sub­sumer le mal­heur et de trans­fig­ur­er le chaos du monde par la beauté du Chant ?

 

Comme si le des­tin eût voulu confier
La flamme où tous vont boire et se vivifier
Au fils de Kalliope, au Chanteur solitaire
Que chéris­sent les Dieux et qu’honore la Terre. 

 

La voix-lyre d’Or­phée demeure l’e­spérance du salut du monde , car à l’in­verse de Prométhée, le fils de Kalliope est chéri des dieux et hon­oré par la terre . Orphée appa­raît à la fois comme mes­sager des rois et des dieux. Son pou­voir est dans sa voix et le Chantre le pré­cise à Khirôn :

 

Cinquante rois cou­verts de bril­lantes armures
Atten­dent que ma voix te con­duise jusqu’à eux ;
Tous m’ont dit :«  Noble Orphée, aux paroles de miel
De qui la lyre ardente enchante et la terre et le ciel
Va ! Sois de nos désirs le puis­sant interprète.

 

C’est tout son être au monde ‚qui vibre dans sa voix indis­so­cia­ble de son écoute.  Tout n’est-il pas dit dans les vers déjà évoqués :

 

Et l’or­eille attachée à cette âme mourante pour­suit dans un écho le chant qui n’é­tant plus est tou­jours entendu.

 

C’est bien là l’é­cho de « l’in­vin­ci­ble Nuit de silence chargée » la vaste nuit antérieure perçue par l’ouïe divine, l’or­eille du cœur.

Lecon­te de Lisle dans une ultime réso­nance à ce mys­tère du Verbe décrit le départ d’ Orphée «  ce même Etranger que nul n’oublie,/ Et qui marche sem­blable aux Dieux ! Son pas est tourné vers l’Olympe, et d’un pied souverain/ Il foule sans le voir le sen­tier qui serpente. »

Ain­si Orphée n’use pas de son regard humain pour marcher, c’est son ouïe qui le guide,« son front sere­in est tourné vers l’Olympe. » Khirôn accueille Orphée dans son antre et le salue par ces paroles :

 

Ta parole, mon hôte, est douce à mon oreille,
Nulle voix à la tienne ici-bas n’est pareille.

 

Lecon­te de Lisle salue dans les derniers vers le fils de Kalliope « à la belle voix » à l’in­stant où le chantre de la Thrace dis­paraît à la vue du peu­ple à qui il vient d’adress­er  ses dernières paroles :

 

Il dit et dis­paraît. Mais la sub­lime Voix
Dans le cours de leur vie enten­due une fois,
Ne quitte plus jamais leurs âmes enchaînées ;
Et quand l’âge jaloux a fini leurs années,
Des maux et de l’ou­bli ce sou­venir vainqueur
Fait descen­dre la paix divine dans leur cœur. 

 

Ain­si la voix d’Or­phée est-elle gravée comme sou­venir inou­bli­able et immarcesci­ble dans les âmes humaines, elle est immé­mo­ri­ale et demeure à jamais enten­due. Elle est pure har­monie accordée par l’âme du monde aux âmes humaines qui baig­nent dans sa lumière. Cette lumière de l’âme chère est le sanc­tu­aire où descend la « paix divine » Car l’âme est déposi­taire du sou­venir impériss­able de «  la sub­lime voix enten­due une fois ».

Et cette paix est l’au­rore de nou­veaux liens dans des cœurs unis dans l’amour divin car Orphée a vain­cu pour tous le mal et l’ou­bli ! L’au­rore que Mal­lar­mé voulait voir dans des mots pareils à Euros, comme le mot Eury­dice, la muse inspi­ra­trice du soleil orphique, cette aube du jour éter­nelle­ment nou­veau dont les peu­ples anciens ne savaient pas au cré­pus­cule du soir si elle serait là le lende­main ! Ain­si vit encore le poète «  flamme restée »de l’O­rig­ine en attente du poème où vien­dra fil­tr­er la lumière de son âme aux per­si­ennes de cette nuit plus anci­enne que le jour et les ténèbres de l’Histoire !

Invin­ci­ble nuit de silence chargé, silence qui pour la pre­mière fois fois a par­lé et chan­té, et qu’a enten­du le Péléide, Achille, demi-dieu stupé­fait se ten­ant  aux pieds de la voix-lyre d’Or­phée, la voix dont Lecon­te de Lisle dit que «  la lyre est muette ».

Et le Cen­tau­re Khirôn dont la sen­tence de mort a été proférée par les Dieux se tourne encore vers Orphée :

Mais Hélios encor, dans le sein de Nérée,
N’en­trou­vre point des dieux la bar­rière dorée ;
Tout repose, l’Olympe, et la Terre au sein dur.
Tan­dis que Séléné s’in­cline dans l’azur,
Daigne, har­monieux roi qu’Apol­lon même envie, 
Charmer d’un chant sacré notre oreille ravie,
Tel que le noir Hadès l’en­ten­dit autrefois
En rythmes cadencés s’élancer de ta voix,
Quand le triple Gar­di­en du Fleuve aux eaux livides
Refer­ma de plaisir ses trois gueules avides,
Et que des pâles morts la foule suspendit
Dans l’abîme sans fond son tour­bil­lon maudit !

 

Orphée et Eury­dice, Auguste Rodin.

Le Cen­tau­re Khirôn est puni par les dieux pour avoir cri­tiqué leur con­duite, et il vient de per­dre son statut d’Im­mor­tel. C’est à Orphée qu’il se con­fie car il incar­ne à ses yeux l’avène­ment de l’homme au statut divin.

Khirôn veut s’ar­racher au joug des dieux en proie aux pas­sions  fan­tasques et aux juge­ments arbi­traires. Il s’écrie :

 

Mais d’où vient que les Dieux qui ne mour­ront jamais/Les Rois de l’In­fi­ni, les Implaca­bles Maîtres/En des com­bats pareils aux luttes des héros,/De leur éter­nité trou­blent le sûr repos ? Est-il donc par delà leur sphère éblouis­sante ? Une Force impas­si­ble, et plus qu’eux tous puissante,

 

Khirôn,le sage se con­fie au prince des poètes : il va pay­er comme Prométhée le lourd trib­ut de la lib­erté et de l’in­tu­ition morale du Bien et du Mal. Et s’il se tourne vers Orphée c’est parce qu’il est sûr que « la Beauté sauvera le monde » fût-ce à la fin des temps ! Et c’est ce que sug­gère comme nous l’avons déjà évo­qué le nom de sa nymphe, muse et éter­nelle épouse Eury­dice : Grande Jus­tice ! Celle-ci ne pour­rait devenir effec­tive qu’en rai­son d’une final­ité morale et spir­ituelle, une sorte d’apoc­a­lypse ou de fin des temps.

Orphée chantre de la Beauté la porte toute entière dans son être et cela a été perçu par le jeune Achille au bord des san­glots. La lyre était muette et le Péléide l’en­tendait, comme si elle émanait de la lumière de l’âme du Chantre de la beauté dans le temps et  l’é­ter­nité ! Comme si le chant qui venait d’outre-monde ray­on­nait par la seule présence d’Or­phée.  Et c’est dans cet événe­ment intérieur qu’est le poème, mythique et spir­ituel de Lecon­te de Lisle, un pur moment d’initiation,un nou­veau com­mence­ment de l’His­toire de l’âme et de l’Âme monde. Le poème dit ce recom­mence­ment pos­si­ble du mythe, où l’âme humaine inspirée par l’âme du monde vient à chanter à tra­vers Orphée, présence de la Beauté immatérielle sculp­tée dans la forme admirable du poème où exulté des sonorités et du rythme de la parole, l’in­vis­i­ble se donne à voir dans le miroir de l’âme. C’est là un grand moment d’ini­ti­a­tion où Orphée appa­raît comme le vivant principe moral-spir­ituel de la créa­tion, comme le mod­èle humain divin de civil­i­sa­tion face à toutes les formes de la barbarie.

Ce principe de civil­i­sa­tion a pour nom la Beauté de l’âme et pour  bous­sole morale l’éthique de la vérité. La poésie est réminis­cence et méta­mor­phose de la clair­voy­ance orig­inelle de l’Hu­man­ité et en tant qu’épopée de la langue ver­nac­u­laire de l’ Ether de la lumière et du son, en tant qu épopée du Verbe, elle est unité de la beauté et de la vérité ! Elle est tra­ver­sée du Léthé, Aletheia ! Elle est réso­nance au Aleph pri­mor­dial dont Dieu ne s’est pas servi pour la créa­tion du monde : autrement dit il s’ag­it d’une sonorité en réserve, un son du silence de la nuit orig­inelle qui s’anime dans le chant d’Or­phée, dont on entend l’é­cho réver­béré dans l’é­ter­nité momen­tanée du poème. Tout est ici lié à l’E­coute. Le son précède la vision, l’im­age sur l’au­tel nup­tial du lan­gage orphique.  Et cette sonorité orig­inelle est celle de la voix du silence, c’est la voix même d’Eury­dice qui mur­mure à l’or­eille d’Or­phée ! « Ecrire com­mence avec le regard d’Or­phée » nous dit Mau­rice Blan­chot, mais c’est un regard tourné vers le passé où Orphée voit Eury­dice dis­parue comme une fumée emportée par le vent, un regard épou­van­té qui se chang­era en ouïe guet­tant l’é­cho céleste du silence où s’est évanouie sa Bien-Aimée ! Et si Orphée a per­du à ce moment d’im­pa­tience son Eury­dice, c’est parce que s’est pro­duit en lui une défail­lance de l’Ouïe. Orphée n’a pas su demeur­er à l’é­coute des pas légers d’Eury­dice mur­mu­rant sa présence fidèle et déjà la joie de la sor­tie vers la lumière du Jour ! Et désor­mais seule son ouïe divine recou­vrée peut com­penser son inca­pac­ité à percevoir par ses yeux, la présence d’Eury­dice, muse inspi­ra­trice recluse dans les closeries de son silence cosmique !

Poésie naît de la nuit tour­men­tée d’Eury­dice, de son silence habité comme de l’ouïe réen­chan­tée d’Or­phée. Cette ouïe intérieure vibre à jamais dans le poème orphique ; les sons de la lyre ont fil­tré par les per­si­ennes de cette nuit où veille Eury­dice, l’éter­nelle Bien-Aimée,  muse du poète Orphée qui est, comme Mar­cel Desti­enne en a fait men­tion dans son livre «  l’écri­t­ure  d’Or­phée, cette «  voix qui ne ressem­ble à aucune autre » .

 

C’est Orphée qui engen­dre la lyre,  une lyre-voix qui «  jail­lit comme une incan­ta­tion orig­inelle » et«  se racon­te dans ses effets davan­tage que dans son contenu.

 

Et ce divin con­tenu, au pou­voir mag­ique, nul ne l’a jamais enten­du  et pour­tant cha­cun peut croire un bref instant s’en être sou­venu !.. Comme s’il écoutait aux portes de l’âme du monde où bat depuis tou­jours le cœur silen­cieux d’Eurydice !

 

Présentation de l’auteur

Georges de Rivas

Georges de Rivas est né dans une famille d’o­rig­ine andalouse. Ses deux langues mater­nelles sont l’es­pag­nol et le français. Son œuvre s’in­scrit dans le sil­lage du lyrisme épique habité par  le thème de l’ex­il et le souci d’une poésie de l’élé­va­tion voire de la révéla­tion. 

Il a pub­lié : «  La Rose cir­cum­po­laire » « Jubilé de l’Ex­il » «  Ce que la Colombe dit à la Rose » « Orphée au rivage d’Evros » aux édi­tions du petit Véhicule en 2017  ain­si que « Orphée, Zéphyr en Azur » aux édi­tions Bib­lio­the­ca Universalis

Sa dernière œuvre : «  la Beauté Eury­dice »  pub­liée en Avril 2019 aux édi­tions Alcy­one a reçu  le Prix Orphée-Eurydice .

Un Essai sur la poésie : «  La Poésie au péril de l’Ou­bli » a été pub­lié en 2014 aux édi­tions de L’Har­mat­tan. Le sous-titre de l’Es­sai est le suiv­ant : « Neuf poètes lev­és dans la pous­sière d’or de la Nuit » . Le poète évoque dans cet Essai les grandes fig­ures de la poésie uni­verselle Hölder­lin, Novalis, Hugo, Baude­laire, Rim­baud, Mal­lar­mé, Saint-John Perse, René Char et Salah Stétié.

Invité spé­cial au Fes­ti­val inter­na­tion­al de poésie «  Letras en La Mar » à Puer­­to-Val­lar­­ta ( Mex­ique) en 2017 il a reçu la plus haute dis­tinc­tion ‑El Cara­col de Pla­ta – L’escar­got d’Ar­gent-  

Le mys­tère orphique est sa source d’in­spi­ra­tion et sa Con­férence inau­gu­rale était intitulée :

« Orphée au rivage de l’Hèbre ou le mys­tère de l’é­cho­phanie » 

Invité par l’U­ni­ver­sité de Saint-Denis de la Réu­nion pour le Bicen­te­naire de la nais­sance du poète Lecon­te de Lisle, il a don­né le 9 févri­er 2018 une Con­férence inti­t­ulée :« Lecon­te de Lisle dans son rap­port à Orphée » Sous-titre   « Le chant qui n’é­tant plus est tou­jours enten­du ». ( extrait du poème Khirôn de Lecon­te de Lisle )

Il est égale­ment l’ini­ti­a­teur du Print­emps des poètes ‑Fes­ti­val inter­na­tion­al Poésie-Monde qui se déroule tous les ans au Château de Sol­liès-Pont dans le Var.

© Crédits pho­tos (sup­primer si inutile)

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