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Georges de Rivas, La beauté Eurydice, Sept Chants pour le Retour d’Eurydice

Par |2020-06-06T15:41:48+02:00 6 juin 2020|Catégories : Critiques, Georges de Rivas|

La Beauté Eurydice, un titre qui place le recueil sous les aus­pices d’un hori­zon d’attente dense, très dense et habi­té par toutes les mytho­lo­gies, celles qui ont tra­ver­sé le temps et se sont char­gées des his­to­ri­ci­tés jusqu’à cette his­toire d’Orphée, et d’Eurydice. Alors com­ment le poète gère-t-il cette réfé­rence ?

Est-ce une évo­ca­tion dans la lit­té­ra­li­té de laquelle il va pla­cer ses pro­pos, s’agit-il d’une lec­ture moderne du mythe, ou bien de prendre le contre-pied de ces ima­gos ances­traux ? C’est tout à la fois, et c’est ceci qui confère à ce livre un carac­tère excep­tion­nel. Georges de Rivas en vir­tuose joue de toutes les par­ti­tions avec une aisance que n’égale que la beau­té des poèmes qui consti­tuent cet ensemble. Est-ce caco­pho­nique, est-ce un mélange arbi­traire d’éléments épars ? Loin de là ! Tout est agen­cé de manière à révé­ler la richesse des réfé­rences convo­quées, non seule­ment dans une lec­ture des para­digmes, mais aus­si dans la jux­ta­po­si­tion des voyages et adap­ta­tions du mythe. Et puis, sur­tout, nous enten­dons, enfin, après des siècles de mutisme, la voix d’Eurydice.

Georges de Rivas écrit une prose poé­tique tout à fait remar­quable. Elle sert un dia­logue entre Orphée et Eurydice, et grâce à la flui­di­té de cette poé­sie tis­sée comme une den­telle trans­lu­cide et cou­lant comme une source de mon­tagne toute la dou­ceur mais aus­si toute la puis­sance de cette femme à qui enfin on donne la parole est là, offerte, dans l’émotion de cette langue superbe.

 

Georges de Rivas, La Beauté Eurydice, Sept Chants pour le Retour d’Eurydice, Editions Alcyone, col­lec­tion Surya, 2019, 82 pages, 19 €.

L’immense palette des sen­ti­ments évo­qués grâce à cette prose poé­tique et la finesse d’analyse servent une thé­ma­tique pour­tant objet de tant de recueil, de livre, de ten­ta­tives pour en tra­cer la magni­fi­cence :  l’amour. La dédi­cace dit déjà ceci, ce cadeau d’aimer et d’être aimé/​e : A ma muse, mon Eurydice retrou­vée /​ Source d’eaux-vives d’où a jailli le fleuve /​ du poème aiman­té par sa Présence-Absence. L’épigraphe d’œuvre sou­ligne l’importance de ce sen­ti­ment, le plus haut qu’il nous soit don­né de res­sen­tir :

 

La beau­té ne fait pas l’amour
C’est l’amour qui fait la beau­té

Lev Tolstoï

 

Mais ici le poète par­court toute l’étendue de ce sen­ti­ment. Il y a l’amour pour l’être élu de notre cœur, et il y a l’amour cos­mique,  au sens spi­ri­tuel, celui qui fait que l’on ouvre son cœur et que l’on accueille chaque par­celle de ce qui advient avec un sou­rire lumi­neux. Ces deux pola­ri­tés d’expression de l’amour, indi­vi­duel et uni­ver­sel, sont ce qui guide le dia­logue entre les deux figures mytho­lo­giques du récit. La palette des sen­ti­ments est explo­rée avec ce point de vue émi­nem­ment spi­ri­tuel qui lie le par­ti­cu­lier au tout.

Eurydice enfin s’exprime. Elle porte la parole révé­la­trice de toutes les dimen­sions qu’elle a côtoyées. Elle parle pour ouvrir à la pro­fon­deur du silence. Elle est créa­trice, femme unique et mul­tiple. Et elle sait, et elle guide. Un pay­sage cos­mique se révèle, une toile pure tis­sée par le regard spé­cu­laire de l’homme sur sa condi­tion d’être là, en vie, et sur les rai­sons de nos exis­tences, aimer, bien sûr.

Ce long chant est aus­si dis­cours sur la poé­sie, chant sur le chant, et redé­cou­verte d’un lyrisme revi­si­té par la beau­té de chaque mot dépo­sé en juste place comme une pierre pré­cieuse sur le dia­dème de la lit­té­ra­ture.  Eurydice est cette femme muse et enchan­te­resse, elle est la poé­sie, aus­si…

 

Orphée

Je vous ai recon­nue, pro­messe et pré­sence de la poé­sie
Cœur rayon­nant de ce soleil dans la nuit
Et comme l’âme infi­nie
Ô beau­té rue à ce seuil voi­lée sous l’arche des nuées
Mon cœur fou­droyé sur ce duel ins­tant vous a aimée !

 

Puissance de ceci, le mythe. Prégnance des uni­ver­saux qu’il déploie. Et comme il est encore dif­fi­cile d’en appe­ler à ces réfé­rences qui demandent une croyance autre qu’en celle d’une imma­nence abso­lue d’exister. Encore faut-il croire en ce socle des huma­ni­tés, faut-il y voir l’espace d’une com­mu­nion pos­sible. Loin bien sûr de toute obé­dience, encore faut-il dési­rer inter­ro­ger les repré­sen­ta­tions qui à notre époque fleu­rissent par­tout, sur tous les écrans. Celui de notre ima­gi­naire aura tout inté­rêt à fré­quen­ter La beau­té Eurydice, car la richesse et l’épaisseur séman­tique du mythe, donc de l’humanité, y sont offertes, don­nées à voir, à com­prendre et à res­sen­tir dans toute la puis­sance des émo­tions à jamais pré­sentes dans la poé­sie qui ici révèle l’immanence de ces socles uni­ver­saux pré­sents dans cha­cune de nos res­pi­ra­tions.

Présentation de l’auteur

Georges de Rivas

Georges de Rivas est né dans une famille d’origine anda­louse. Ses deux langues mater­nelles sont l’espagnol et le fran­çais. Son œuvre s’inscrit dans le sillage du lyrisme épique habi­té par  le thème de l’exil et le sou­ci d’une poé­sie de l’élévation voire de la révé­la­tion. 

Il a publié : «  La Rose cir­cum­po­laire » « Jubilé de l’Exil » «  Ce que la Colombe dit à la Rose » « Orphée au rivage d’Evros » aux édi­tions du petit Véhicule en 2017  ain­si que « Orphée, Zéphyr en Azur » aux édi­tions Bibliotheca Universalis

Sa der­nière œuvre : «  la Beauté Eurydice »  publiée en Avril 2019 aux édi­tions Alcyone a reçu  le Prix Orphée-Eurydice .

Un Essai sur la poé­sie : «  La Poésie au péril de l’Oubli » a été publié en 2014 aux édi­tions de L’Harmattan. Le sous-titre de l’Essai est le sui­vant : « Neuf poètes levés dans la pous­sière d’or de la Nuit » . Le poète évoque dans cet Essai les grandes figures de la poé­sie uni­ver­selle Hölderlin, Novalis, Hugo, Baudelaire, Rimbaud, Mallarmé, Saint-John Perse, René Char et Salah Stétié.

Invité spé­cial au Festival inter­na­tio­nal de poé­sie «  Letras en La Mar » à Puerto-Vallarta ( Mexique) en 2017 il a reçu la plus haute dis­tinc­tion -El Caracol de Plata – L’escargot d’Argent-  

Le mys­tère orphique est sa source d’inspiration et sa Conférence inau­gu­rale était inti­tu­lée :

« Orphée au rivage de l’Hèbre ou le mys­tère de l’échophanie » 

Invité par l’Université de Saint-Denis de la Réunion pour le Bicentenaire de la nais­sance du poète Leconte de Lisle, il a don­né le 9 février 2018 une Conférence inti­tu­lée :« Leconte de Lisle dans son rap­port à Orphée » Sous-titre   « Le chant qui n’étant plus est tou­jours enten­du ». ( extrait du poème Khirôn de Leconte de Lisle )

Il est éga­le­ment l’initiateur du Printemps des poètes -Festival inter­na­tio­nal Poésie-Monde qui se déroule tous les ans au Château de Solliès-Pont dans le Var.

© Crédits pho­tos (sup­pri­mer si inutile)

Autres lec­tures

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Carole Mesrobian

Carole Carcillo est poète, cri­tique lit­té­raire, revuiste et per­for­meuse. Elle publie en 2012 Foulées désul­toires aux Editions du Cygne, puis, en 2013, A Contre murailles aux Editions du Littéraire, où a paru, au mois de juin 2017, Le Sursis en consé­quence. En 2016, La Choucroute alsa­cienne paraît aux Editions L’âne qui butine, et Qomme ques­tions, de et à Jean-Jacques Tachdjian par Vanina Pinter, Carole Carcilo Mesrobian, Céline Delavaux, Jean-Pierre Duplan, Florence Laly, Christine Taranov,  aux Editions La chienne Edith. Elle est éga­le­ment l'auteure d'Aperture du silence (2018) et Ontogenèse des bris (2019), chez PhB Editions. Cette même année 2019 paraît A part l'élan, avec Jean-Jacques Tachdjian, aux Editions La Chienne, et Fem mal avec Wanda Mihuleac, aux édi­tions Transignum ; en 2020 dans la col­lec­tion La Diagonale de l'écrivain, Agencement du désert, paru chez Z4 édi­tions. Elle par­ti­cipe aux antho­lo­gies Dehors (2016,Editions Janus), Apparaître (2018, Terre à ciel) De l'humain pour les migrants (2018, Editions Jacques Flamand) Esprit d'arbre, (2018, Editions pour­quoi viens-tu si tard), Le Chant du cygne, (2020, Editions du cygne), Le Courage des vivants (2020, Jacques André édi­teur). Parallèlement paraissent des textes inédits ain­si que des cri­tiques ou entre­tiens sur les sites Recours au Poème, Le Capital des mots, Poesiemuzicetc., Le Littéraire, le Salon Littéraire, Décharge, Texture, Sitaudis, De l’art hel­vé­tique contem­po­rain, Libelle, L’Atelier de l'agneau, Décharge, Passage d'encres, Test n°17, Créatures , Formules, Cahier de la rue Ventura, Libr-cri­tique, Sitaudis, Créatures, Gare Maritime, Chroniques du ça et là, La vie mani­feste, Francopolis, Poésie pre­mière, L’Intranquille., le Ventre et l'oreille. Elle est l’auteure de la qua­trième de cou­ver­ture des Jusqu’au cœur d’Alain Brissiaud, et des pré­faces de Mémoire vive des replis de Marilyne Bertoncini et de Femme conserve de Bluma Finkelstein. Auprès de Marilyne ber­ton­ci­ni elle co-dirige la revue de poé­sie en ligne Recours au poème depuis 2016.