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Davide Napoli, Le Lapsus de l’ombre

Par |2020-10-07T18:07:23+02:00 6 octobre 2020|Catégories : Critiques, Davide Napoli|

Davide Napoli des­sine des mots avec une encre d’absinthe céleste. Sa poé­sie est le pro­lon­ge­ment d’un geste ultime, celui qui mène à la dis­pa­ri­tion de toute trace, à l’évidement de toute parole. Comme ses encres noires dont le jet affirme la puis­sance de notre céci­té, la ges­ti­cu­la­tion et la danse, ce que notre condi­tion d’Humains a de beau­té et de tra­gique, Davide Napoli écrit :

Le lap­sus de l’ombre est une ellipse irré­ver­sible d’un corps invi­sible “

Le Lapsus de l’ombre est un texte émi­nem­ment taoiste, poé­tique dans ce sens où la poé­sie est une recherche de l’immanence qui ne se situe fina­le­ment que dans la ces­sa­tion du lan­gage, dans son inté­gra­tion totale. Davide Napoli trace les étapes de  l’éveil à cette conscience de la coha­bi­ta­tion des contraires en toute chose. De cette imbri­ca­tion entre une vie maté­rielle et une pos­ture d’éveil, c’est-à-dire de cette ren­contre entre l’horizontalité et la ver­ti­ca­li­té, de l’abscisse avec l’ordonnée, de la dia­chro­nie avec la syn­chro­nie, pour arri­ver à ce point qui fait que la poé­sie est poé­sie, qui est ce point pré­cis qui ouvre à l’éternité ou au néant, ce qui est sen­si­ble­ment la même chose. Dès lors ces pola­ri­tés sont unies dans et par le lan­gage, mais jamais énon­cée, juste là, révé­lées dans toutes leurs dimen­sions ain­si qu’elles sont dans chaque par­celle du réel, près de nous qui ne les voyons pas.

 

Davide Napoli, Le Lapsus de l’ombre, édi­tions Unicité, 2020, 92 pages, 13 €.

La poé­sie de Davide Napoli est alors proche de ce que nous enseigne le Tao : tout est dua­li­té, qui doit être dépas­sé, ou plus exac­te­ment uni, apla­ni, gom­mé, grâce à ce que cer­tains appellent le point zéro, le milieu, l’endroit où les pola­ri­tés du plus et du moins, du blanc et du noir, sont conco­mi­tants, existent simul­ta­né­ment, dans ce point focal de neu­tra­li­té abso­lue, qui absorbe les contraires, et les réunit.

 

voix dans le corps, le corps voit
voce nel cor­po, il cor­po vede

je t’envoie dans l’ombre de ton geste, dans le pas de 
ton souffle, dans le mur de ton silence…

 

Le poète joue des typo­gra­phie, des espaces et des ombres. Ses jets de mots épar­pillés sur l’espace scrip­tu­ral comme un souffle court évoquent tan­tôt la course du condam­né qui cherche la libé­ra­tion, tan­tôt la révolte de l’Homme, qui alors s’extrait de sa condi­tion, et affirme sa puis­sance.

 

l’absence garde son oubli
s’écrit sur la ligne
mur du souffle
il muro del sof­fio

 

Une langue ser­rée, concen­trée et effi­cace, à la manière dont Michaux se tenait là dans la vitesse d’une parole libé­ra­toire. Il s’agit de ten­ter l’escalade de ceci,  le lan­gage, qui nomme et anni­hile en même temps. Il est ce phé­no­mène qui per­met de faire coexis­ter la chose et son anéan­tis­se­ment. Il est éga­le­ment par nature duel, car le signe se décom­pose entre signi­fiant (la forme) et signi­fié (le concept). C’est donc un vec­teur d’enfermement, la chose nom­mée étant d’une part immé­dia­te­ment incluse dans l’ensemble concep­tuel des choses de même caté­go­rie, puis indi­vi­dua­li­sée par l’occurrence à un ins­tant T employée par le locu­teur. Cet emploi qui est l’activation du mot dans un emploi par­ti­cu­lier est empreint de sub­jec­ti­vi­té, et assu­jet­ti par le contexte.

C’est dire si nom­mer est réduire à des ins­tances limi­tées toute chose. Mais, grâce à la poé­sie, le lan­gage peut mener à cette dimen­sion vibra­toire qui per­met une inté­gra­tion des éner­gies de la matière, par-delà le mot. Le son même émis par le locu­teur ouvre à des espaces où l’intégration de l’énergie de ce qui est se fait au-delà de toute langue. C’est cette musique de l’Univers, le silence, que tente de tra­cer Davide Napoli. Il cherche inces­sam­ment com­ment chan­ger les mots en ins­tances révé­la­trices de cette dimen­sion illo­cu­toire du lan­gage, là où peut-être se trou­ve­rait une libé­ra­tion, un endroit d’avant la nais­sance, que convoque la pré­sence de sa langue mater­nelle, l’Italien, qui vient clô­tu­rer et sou­li­gner, comme pour sou­te­nir les poèmes. Davide Napoli traque les Lapsus de l’ombre, pour cap­tu­rer la lumière, dans ces com­bi­na­toires, ou dans cette poé­sie qui ne cherche rien d’autre que l’aboutissement de toute trace, endroit et envers dans la même seconde dès lors gom­mée, tout comme dans ses encres, là où la tra­ver­sée des couches séman­tiques doit mener à l’anéantissement de l’anéantissement même.

 

le temps s’éteint à l’ombre de son accé­lé­ra­tion
le corps se détache de ses odeurs

le souffle plonge dans les inter­stices de la pous­sière
la caresse chu­chote au som­meil

 

                                                                   sans lumière

 

 

Présentation de l’auteur

Davide Napoli

Écrivain et plas­ti­cien, Davide Napoli explore les formes ful­gu­rantes de la pen­sée, à tra­vers les « in-ten­­sions » de l’encre de chine et de l’écriture. Sa recherche sur le geste du vide et sur le temps explore la chute et le ver­tige du che­min de l’intime.

Docteur en Philosophie et en Arts et Sciences de l’Art, il enseigne Arts plas­tiques à l’université Paris I, Panthéon Sorbonne et « Méthodologies et tech­niques du contem­po­rain » à l’Ecole des Beaux Arts de Palerme, Italie. Il est membre de l’équipe de recherche « Art Sciences et Société » Institut ACTE (Sorbonne.)

Il tra­vaille depuis des années avec les Éditions Transignum et der­niè­re­ment avec les Éditions Unicité, fait par­ti aus­si du groupe d’artistes de la rési­dence « Chantons aux vaches » en Brenne et du « Cabaret de la per­for­mance » à Paris. 

 

TEXTES /​​ PERFORMANCES /​​ INSTALLATIONS

2020

« Résidence d’artistes en Brenne » Chantons aux vaches, « Humain non Humain. »

« Workshop : Le jar­din comme expo­si­tion et l’exposition comme jar­din » à Monaco, dans le cadre de « Art et Ecologie les jar­dins exo­tiques » accord de recherche entre L’Ecole des Arts de la Sorbonne, L’Ecole des Beaux Arts de Palerme et Le Pavillon Bosco Monaco.

« Effacement et Déconstruction », per­for­mance avec Georges Banu et Carole Mesrobian, texte de Georges Banu, et « Symphonie Plastémique » per­for­mance par­ti­ci­pa­tive,  à l’Ambassade de Roumanie à Paris, dans le cadre de « POETICA » évé­ne­ment orga­ni­sé par les Editions Transignum.

« Méditations de l’ombre » per­for­mance textes et encre de Chine, gale­rie Michel Journiac, dans le cadre des « jour­née Journiac », Université Paris 1, Panthéon Sorbonne.

 

« A part être » ,  texte Anne De Commines, des­sins Davide Napoli, lec­ture et per­for­mance à la Galerie Espace Le Scribe L’Harmatan, Paris.

2019

« Résidence d’artistes en Brenne » Chantons aux vaches, P/CAS#19, Paris Photo.

« Arts et Jalons » Colette Klein reçoit : pré­sen­ta­tion du recueil «  Anthologie des ascen­dances » de Anne de Commines et Philippe Tancelin et ren­contre avec les des­sins de Davide Napoli, lec­ture du  « Anthologie des Ascendances » Éd. Unicité, Paris.

« Europalia/​​art festival/​​Romania » Théâtre de Liège, per­for­mance « Symphonie Plastémique »,Liège.

 « Chantons aux Vaches », rési­dence per­for­ma­tive trans­cul­tu­relle, Châteauroux/​​Migné, « Timeless Résistance » avec l’installation et per­for­mance « L’île de la réso­nance »

« You living room me » per­for­mance immer­sive avec Elodie Lachaud à l’espace Cabaret de la per­for­mance », Paris.

« Seulement un lap­sus seul » per­for­mance, texte, dessin,vidéo, dans le cadre du cycle « Infra-Rupture » à l’espace Cabaret de la per­for­mance, Paris.

Il s’agit de l’action de l’encre et de l’écriture qui s’infiltrent dans les mailles/​​ entrailles du son, du verbe, du sens, de leur vibra­tion et qui touchent un espace fra­gile, le temps d’une errance de la faille, en l’élargissant et en éti­rant sa voie à l’excès…

2018

Cabaret de la Performance a par­ti­ci­pé PARIS CONTEMPORARY ART SHOW BY YIA ART FAIR, LE CARREAU DU TEMPLE (PARIS), Octobre 18 – 21.

Une digres­sion dans l’espace et le temps de quatre jours où la per­for­mance se donne à perte de vue et à perte des corps/​​présences tra­ver­sant l’autre côté de la ligne, du miroir, de l’horizon pour échap­per au contrôle de la conscience …

Paroles/​​corps/​​images saute, bas­culent de l’autre côté de l’histoire d’un voyage sans retour…

 « Memory of the future » soi­rée per­for­ma­tive en duplex par skype avec WASP Bucarest.

« Noli me tan­gere » per­for­mance avec Isabelle Maurel et Cornelia Petroiu au Musée National de la Littérature de Roumanie » à Bucarest, Roumanie.

Présentation et per­for­mance au salon du livre, stand de la Roumanie, du livre « 101 livres ardoises » Editions Transignum, Paris.

« Effacement » per­for­mance avec Elodie Lachaud, dans le cadre du Printemps des poètes, à la gale­rie du Buisson, Paris.

DDD « Dessein, Dessin, Design » Fabrique média­tique de l’histoire, Agnes Callu dir., dis­cus­sion et per­for­mance sur « le des­sin comme mem­brane sen­sible de nos mémoires oubliées » à la gale­rie du Buisson avec l’artiste Françoise Perrono, la gale­riste Barbara Tannery, l’artiste et édi­trice Wanda Mihuleac et Agnes Callu his­to­rienne d’art, Paris. http://​www​.hub​to​pia​.org/​2​0​1​8​/​0​9​/​1​0​/​ddd

« Impression, Tainan Artist in Residency, Tainan-Paris, cura­teur et res­pon­sable M. Huang-Ti Lin pro­fes­seur d’Art à La National Univerity CHENG KUNG, Tainan Taiwan, dépar­te­ment d’architecture, per­for­mance et des­sin avec Bonnie Tchien et Elodie Lachaud/​​ per­for­mance inter­ac­tive avec Elodie Lachaud/​​ Performance « Symphonie Plastémique n°10 avec les étu­diants d’Art de La National Univerity CHENG KUNG, Tainan Taiwan, dépar­te­ment d’Architecture.

« Lie Down » per­for­mance texte, avec Elodie Lachaud, Bonnie Tchien, Amelie Pironneau, Aymeric Ebrard, à l’espace du Cabaret de la per­for­mance, Paris.

« Chantons aux Vaches », rési­dence per­for­ma­tive transculturelle/​​ Performance « Les fan­tômes de la confu­sion » et ins­tal­la­tion land art « Le pas­sage du rochet vert », à l’espace du caba­ret de la per­for­mance, Paris.

« L’âme conte lame » per­for­mance avec Bonnie Tchien et Elodie Lachaud, au Cabaret de la per­for­mance, Paris

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PUBLICATIONS

Bibliographie

2020

« Le lap­sus de l’ombre » Éditions Unicité, Paris, février 2020.  

2019

«  Paris lap­sus » à l’intérieur du « Un chant pour Paris , anti-guide poé­tique » José Muchnik et Philippe Tancelin, édi­tions Unicité, Paris.

2018
« Noli me tan­gere » texte en fran­çais, ita­lien, rou­main et latin, édi­tions Transignum, Paris.

2017
« 101 livres ardoises »
, livre de textes et de des­sins, Éditions Transignum, Paris.

2016
« Errances Cristallines »
texte sur/​​avec Bonnie Tchien Hwen-Ying, Éditions Transignum, 2016, Paris.

« À part être » des­sins de Davide Napoli, textes Anne de Commines, Jacques Flament Editions.

2015
« Eco al colore », Monographie sur l’oeuvre de Alberto Cont, textes de Yves Michaud et Davide Napoli.

2010-2014
« Videsse la vitesse du vide »
, Éditions Transignum, 2014, Paris.

« La pen­sée Plastémique », Editions Transignum, 2013, Paris.

  

 

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Carole Mesrobian

Carole Carcillo est poète, cri­tique lit­té­raire, revuiste et per­for­meuse. Elle publie en 2012 Foulées désul­toires aux Editions du Cygne, puis, en 2013, A Contre murailles aux Editions du Littéraire, où a paru, au mois de juin 2017, Le Sursis en consé­quence. En 2016, La Choucroute alsa­cienne paraît aux Editions L’âne qui butine, et Qomme ques­tions, de et à Jean-Jacques Tachdjian par Vanina Pinter, Carole Carcilo Mesrobian, Céline Delavaux, Jean-Pierre Duplan, Florence Laly, Christine Taranov,  aux Editions La chienne Edith. Elle est éga­le­ment l'auteure d'Aperture du silence (2018) et Ontogenèse des bris (2019), chez PhB Editions. Cette même année 2019 paraît A part l'élan, avec Jean-Jacques Tachdjian, aux Editions La Chienne, et Fem mal avec Wanda Mihuleac, aux édi­tions Transignum ; en 2020 dans la col­lec­tion La Diagonale de l'écrivain, Agencement du désert, paru chez Z4 édi­tions. Elle par­ti­cipe aux antho­lo­gies Dehors (2016,Editions Janus), Apparaître (2018, Terre à ciel) De l'humain pour les migrants (2018, Editions Jacques Flamand) Esprit d'arbre, (2018, Editions pour­quoi viens-tu si tard), Le Chant du cygne, (2020, Editions du cygne), Le Courage des vivants (2020, Jacques André édi­teur). Parallèlement paraissent des textes inédits ain­si que des cri­tiques ou entre­tiens sur les sites Recours au Poème, Le Capital des mots, Poesiemuzicetc., Le Littéraire, le Salon Littéraire, Décharge, Texture, Sitaudis, De l’art hel­vé­tique contem­po­rain, Libelle, L’Atelier de l'agneau, Décharge, Passage d'encres, Test n°17, Créatures , Formules, Cahier de la rue Ventura, Libr-cri­tique, Sitaudis, Créatures, Gare Maritime, Chroniques du ça et là, La vie mani­feste, Francopolis, Poésie pre­mière, L’Intranquille., le Ventre et l'oreille. Elle est l’auteure de la qua­trième de cou­ver­ture des Jusqu’au cœur d’Alain Brissiaud, et des pré­faces de Mémoire vive des replis de Marilyne Bertoncini et de Femme conserve de Bluma Finkelstein. Auprès de Marilyne ber­ton­ci­ni elle co-dirige la revue de poé­sie en ligne Recours au poème depuis 2016.