Le Marché de la Poésie d’après : rencontre avec Vincent Gimeno-Pons

Par |2021-12-02T09:50:44+01:00 6 novembre 2021|Catégories : Rencontres, Vincent Gimeno-Pons|

Après deux ans de ces­sa­tions, entre espoir et inter­dic­tions, le Marché de la Poésie de Paris a enfin eu lieu en ce mois d’Oc­to­bre. Une édi­tion très réussie, une fréquen­ta­tion très impor­tante place Saint-Sulpice où le pub­lic et les acteurs du méti­er du livre de poésie se sont retrou­vés, enfin. Mais demeurent ces deux années de par­en­thès­es où aucun d’en­tre eux n’a pu faire con­naître ni dis­tribuer donc ven­dre des pub­li­ca­tions qui ont été de fac­to ralen­ties, voire momen­tané­ment inter­rompues. En 2019 nous avions inter­rogé Yves Boudi­er et Vin­cent Gimeno-Pons, à pro­pos de l’in­ter­dic­tion d’or­gan­is­er le Marché de cette même année, et du com­bat qu’ils ont mené pour défendre et porter en ces temps de crise san­i­taire cette man­i­fes­ta­tion incon­tourn­able et touts les événe­ments annex­es, la “Périphérie”, qui s’y rat­tachent (« États généraux per­ma­nents » de l’urgence : entre­tien avec Yves Boudi­er et Vin­cent Gimeno-Pons). Aujour­d’hui Vin­cent Gimeno-Pons, Délégué général, a  accep­té de dress­er un bilan de ces deux ans de ces­sa­tion, et de la reprise. Nous le remer­cions d’avoir accep­té de répon­dre à nos questions. 

Vin­cent Gimeno-Pons, le Marché de la poésie nous l’avons évo­qué est un lieu de ren­con­tre entre les édi­teurs, les poètes et le pub­lic. Quels types d’éditeurs accueillez-vous ? Et com­bi­en ? Pour quel type public ?
Le Marché de la Poésie accueille env­i­ron 500 édi­teurs qui pub­lient des livres mais aus­si des revues. Ce sont pour la plu­part d’en­tre eux des édi­teurs indépen­dants qui ne pub­lient pas for­cé­ment que de la poésie, mais prin­ci­pale­ment de la poésie, et je dirais qu’à tra­vers eux ce sont aus­si et surtout les poètes que nous défendons. Le pub­lic c’est un peu dif­fi­cile de le cern­er, mais enfin, la plu­part sont des gens qui qui aiment la poésie. Ce sont des ama­teurs de poésie qui ont là l’oc­ca­sion de trou­ver qua­si­ment toute la pro­duc­tion poé­tique de toutes ces maisons d’édi­tion (même si nous ne sommes pas exhaustifs). 
Le rôle du marché de la poésie c’est aus­si cette prise directe entre le pro­duc­teur et le « con­som­ma­teur » et ça c’est essen­tiel : les édi­teurs qui sont présents le sont réelle­ment et non pas à tra­vers un réseau de dis­tri­b­u­tion. C’est ce qui plaît aus­si aux lecteurs, avoir ce con­tact direct avec celui qui pro­duit un livre mais aus­si avec celui qui l’a écrit. Nous essayons de tout faire, tous les ans, pour attir­er un pub­lic plus large, et plus diver­si­fié. Nous y arrivons petit à petit. Nous avons remar­qué cette année qu’il y avait une fréquen­ta­tion  plus impor­tante qu’à l’ordinaire de gens un peu plus jeunes.

Jour­nal Marché des let­tres de la 38ème édi­tions du Marché de la Poésie.

Ce sont peut-être égale­ment les effets de la crise car pen­dant deux ans per­son­ne n’a eu accès à cette pro­duc­tion ou très peu. Là les gens avaient l’oc­ca­sion de voir ces édi­teurs qui mal­gré la crise ont quand même sor­ti pour le Marché de la Poésie à peu près 700 nou­veautés ! Mal­gré l’im­pact de la crise économique sur leur tra­vail ils ont quand même con­tin­ué à pro­duire ce qui est remarquable !
Cette fréquen­ta­tion a‑t-elle évolué en ter­mes de qual­ité et de quantité ?

La fréquen­ta­tion a évolué depuis 1983 en ter­mes de qual­ité et de quan­tité d’édi­teurs mais aus­si de pub­lic, bien enten­du. En 1983 il y avait à peu près 50 édi­teurs qui étaient présents sur le marché. On est à dix fois plus aujour­d’hui. Pour le pub­lic c’est la même chose. Je crois que le marché de la poésie est devenu comme vous le disiez incon­tourn­able. C’est un lieu mag­ique. Cette magie-là opère on ne sait com­ment… Sûre­ment grâce au tra­vail des édi­teurs qui sont vrai­ment des gens extra­or­di­naires. Et puis il y a une telle fer­veur de la part des poètes aus­si pour faire avancer la cause de la poésie qu’on ne peut que les soutenir. Cette année était par­ti­c­ulière puisque ça fai­sait 28 mois que le Marché de la Poésie n’avait pas eu lieu donc la fréquen­ta­tion a été mirac­uleuse­ment haute.

Il y a une scène sur laque­lle on fait une trentaine de ren­con­tres, de lec­tures et de tables ron­des qui pro­posent des débats sur la poésie con­tem­po­raine. Nous nous sommes  aperçus que le pub­lic est en demande. Nous avions créé les États généraux de la Poésie pour cette même rai­son,  donc nous essayons de dévelop­per ces man­i­fes­ta­tions. Nous avons aus­si d’autres événe­ments qu’on appelle la Périphérie du Marché de la Poésie. Ce sont des ren­con­tres que nous organ­isons un peu partout en France et à l’é­tranger et qui per­me­t­tent à des publics moins acces­si­bles parce que géo­graphique­ment plus éloignés de par­ticiper aus­si.  Nous con­tin­uons cette opéra­tion jusqu’à la fin du mois de novem­bre cette année. Nous sommes aus­si allés à la ren­con­tre de per­son­nes détenues. Nous tra­vail­lons avec un groupe d’autistes qui s’ap­pelle “Les Tur­bu­lents”, depuis qua­tre ans main­tenant, et nous organ­isons des ate­liers d’écri­t­ure et des ren­con­tres avec des poètes. Ces ate­liers et ces ren­con­tres don­nent lieu à  un spec­ta­cle. Nous dévelop­pons nos parte­nar­i­ats à l’internationale. Nous allons cette semaine en Alle­magne. C’est une col­lab­o­ra­tion que nous avons entérinée il y a déjà de deux ans (mais il ne faut pas oubli­er que nous avons eu un arrêt de deux ans). Avec la Mai­son de la Poésie de Berlin nous avons décidé de met­tre en place des échanges , qui d’ailleurs aboutiront  à ce que l’Alle­magne soit l’invitée d’honneur du Marché de la Poésie. Ce que nous souhaitons c’est faire le tour du monde pour décou­vrir les poésies du monde entier et les faire décou­vrir au pub­lic. Nous désirons égale­ment créer des échanges.

Peut-on dire que c’est un pôle économique impor­tant pour les acteurs du méti­er de l’édition de poésie ?

Il y a énor­mé­ment d’édi­teurs qui font une grande par­tie de leur chiffre d’af­faires pen­dant ce marché de la poésie et cette ren­con­tre est une ren­con­tre directe entre le « pro­duc­teur » et le « con­som­ma­teur ». Ce sont des ter­mes que je n’hésite pas à employ­er parce qu’il faut aus­si con­sid­ér­er l’aspect économique des choses, il n’y a pas que les échanges intel­lectuels qui peu­vent se faire au Marché de la Poésie.

Il faut bien que les édi­teurs qui pro­duisent des livres puis­sent les ven­dre ne serait-ce que pour con­tin­uer à en pub­li­er. Bien enten­du nous ne maîtrisons pas le chiffre d’af­faires glob­al ! Mais quand nous voyons le sourire que peu­vent avoir les édi­teurs à la fin du Marché nous nous dou­tons que l’ac­tiv­ité a été con­séquente. Chaque année nous avons de plus en plus de deman­des ce qui pose aus­si un prob­lème d’e­space sur la place Saint-Sulpice. Et si chaque année nous avons de plus en plus de deman­des c’est aus­si parce que tout le monde se rend compte que le Marché de la Poésie est un moment essen­tiel de l’ac­tiv­ité économique.
La crise san­i­taire et les con­fine­ments ont entraîné l’annulation de deux Marchés de la Poésie, sans oubli­er la fer­me­ture des librairies, des théâtres, des lieux où on pou­vait écouter des poèmes et ren­con­tr­er les auteurs … Quelles sont les con­séquences économiques de ces restric­tions et interdictions ?
Il est vrai que cette crise a eu un impact cat­a­strophique pour tous ces édi­teurs parce que la plu­part d’en­tre eux ne vivent que grâce aux ren­con­tres qui peu­vent se faire soit autour de lec­tures soit à l’occasion de man­i­fes­ta­tions comme le Marché de la Poésie. Pen­dant deux ans ils n’ont pas eu accès à leur pub­lic. On a beau essay­er de com­penser par des ventes sur inter­net etc… ce n’est absol­u­ment pas la même chose !
De plus les gens ont aus­si besoin de ren­con­tr­er ces édi­teurs qui ont une pro­duc­tion générale­ment arti­sanale donc de grande qual­ité. On a besoin aus­si de voir et de touch­er ces livres !  Donc ça a été une péri­ode com­pliquée ! Nous avons essayé de les soutenir mais il est bien évi­dent qu’on ne peut pas faire un Marché de la Poésie virtuel sur inter­net ça n’au­rait aucun sens ! Pour la plu­part ces édi­teurs ont survécu. La plu­part d’en­tre eux ont con­tin­ué leur activ­ité ralen­tie voire stop­pée puis reprise. Nous avons retrou­vé une pro­duc­tion de nou­veauté qui a été assez excep­tion­nelle pen­dant cette année 2021, sans par­ler des ini­tia­tives sur inter­net avec des lec­tures ou bien des ren­dez-vous pour des débats ou autres. Cela n’a bien évidem­ment pas rem­placé l’échange humain qu’on peut avoir tra­di­tion­nelle­ment. Cha­cun a donc survécu comme il pou­vait mais a survécu, à quelques excep­tions près, ce que bien sûr nous déplorons !

 

Périphérie #40, “Pan­théon (Paris)”. Table ronde Poésie et engage­ment. Ren­con­tre avec Michel Deguy, Armelle Lecler­cq, Bernard Noël, Flo­rence Paz­zot­tu et Alex­is Pel­leti­er. 16 juin 2017.

Quels sont les pro­fes­sion­nels du livre qui ont été les plus touchés ?
Toute la chaîne du livre a été totale­ment impactée par cette crise, que ce soit les dif­fuseurs, les dis­trib­u­teurs, les libraires, les bib­lio­thèques ou le sim­ple lecteur, tout le monde a été touché. D’abord parce qu’il y a des lecteurs qui n’avaient pas accès aux nou­veautés. Nom­bre d’éditeurs ne vivent que grâce aux ren­con­tres qu’ils organ­isent autour de leurs pub­li­ca­tions. Donc pen­dant deux ans ça a été très compliqué.
Mais, vous savez, la poésie est en crise per­ma­nente même d’un point de vue économique. Il ne faut pas oubli­er que dans le secteur de la librairie la poésie ne représente que 0,3% des ventes ! Donc on est en sit­u­a­tion de crise per­ma­nente. Ça veut peut-être dire qu’on arrive mieux à résis­ter à la crise qu’on a pu subir ces dernières années même si humaine­ment ça a été très dif­fi­cile ! Nous avons été sur­pris de con­stater que la plu­part des édi­teurs que nous défendrons au Marché de la Poésie ont tenu le coup. Il y a peu de librairies qui con­sacrent véri­ta­ble­ment un ray­on à la poésie et dans les grandes enseignes il faut quand même insis­ter pour trou­ver où est la poésie. C’est prob­lé­ma­tique et de toute façon ça a tou­jours été le cas de fig­ure. Certes dans les années 80 c’é­tait plus facile car il y avait plus de libraires donc un plus grand nom­bre qui accep­taient d’accueillir les ouvrages que présen­taient ces édi­teurs de poésie. Aujour­d’hui c’est beau­coup plus com­pliqué, si on n’est pas en plus dans le cir­cuit de la chaîne du livre, avec son dis­trib­u­teur et son dif­fuseur, générale­ment les libraires ne pren­nent pas de livres de poésie. Je dis bien générale­ment parce qu’il y a fort heureuse­ment encore beau­coup d’ex­cep­tions et de libraires qui font un tra­vail extra­or­di­naire par rap­port à la défense de la poésie et de la lib­erté de créa­tion. Aujour­d’hui il faut ren­tr­er dans des cas­es pour exis­ter ce qui n’est pas le cas de la plu­part des édi­teurs que nous accueil­lons au Marché de la Poésie. C’est peut-être juste­ment ce qui fait le suc­cès de cette man­i­fes­ta­tion. Je vous avouerais que nous préfére­ri­ons de notre côté que le marché de la poésie ait moins de suc­cès et que ces édi­teurs soient représen­tés à longueur d’an­née  un peu partout, mais mal­heureuse­ment ça n’est pas le cas, alors il y a le Marché de la Poésie, mais aus­si d’autres man­i­fes­ta­tions, qui exis­tent pour défendre leur tra­vail. Et j’e­spère qu’il y en aura de plus en plus pour mon­tr­er ce tra­vail extra­or­di­naire, j’in­siste car les édi­teurs sont des gens for­mi­da­bles qui ont une pas­sion, que nous parta­geons, et que nous essayons de partager avec le pub­lic. Et comme générale­ment nous avons un pub­lic de pas­sion­nés aus­si, c’est un grand moment de partage.
C’est vrai que la chaîne de dis­tri­b­u­tion qu’il s’agisse des dis­trib­u­teurs ou des grandes enseignes qui vendent sur inter­net demande quand même des marges assez impor­tantes que les édi­teurs indépen­dants peu­vent d’au­tant moins se per­me­t­tre de pay­er main­tenant. Il y a les marges, il y a les retours, enfin il y a tout un tas de prob­lé­ma­tiques… Il faut faire des tirages plus con­séquents pour être présents dans le réseau de la librairie. Donc ça n’a pas non plus beau­coup de sens de deman­der à ces édi­teurs qui font un tra­vail arti­sanal avec générale­ment une grande qual­ité dans les choix des papiers, des maque­ttes, des typogra­phies, de leur deman­der de ren­tr­er dans le cadre tra­di­tion­nel de cette chaîne du livre. Bien enten­du il y a un cer­tain nom­bre d’édi­teurs qui sont présents au Marché qui font cet effort mais on ne peut pas le deman­der à tous ces édi­teurs parce qu’il y a des petites maisons d’édi­tion qui tien­nent vrai­ment grâce à une per­son­ne et qui n’ex­is­teraient pas sans le tra­vail de cette per­son­ne. Ça serait beau­coup trop dif­fi­cile de pou­voir tenir le choc.
Tous ces paramètres ren­dent d’au­tant plus néces­saire la présence et la réal­i­sa­tion de ces ren­con­tres avec le pub­lic. Et si vous me per­me­t­tez aus­si de porter l’ac­cent sur un point : pen­dant cette péri­ode très com­plexe qui a duré deux ans il ne faut surtout pas oubli­er qu’il y a eu un sou­tien que ce soit au niveau du Min­istère de la Cul­ture ou bien au niveau des Régions : des mesures ont été mis­es en place. Elles ont sans doute per­mis à la plu­part de ces édi­teurs de pass­er le cap. D’une façon générale en France il y a eu un sou­tien éta­tique rel­a­tive­ment con­séquent par rap­port aux petites entre­pris­es pour leur per­me­t­tre de con­tin­uer à exis­ter. Même si main­tenant on va sans doute avoir l’ef­fet boomerang de l’im­pact de la crise, dans son ensem­ble. Mais en tous les cas jusque-là ces mesures ont per­mis à ces édi­teurs de pou­voir con­tin­uer à tenir la tête hors de l’eau, surtout pour ce qui con­cerne les édi­teurs qui ne pub­lient que de la poésie. Ils ont été plus touchés que des édi­teurs qui diver­si­fient leurs types de pub­li­ca­tions. Je pense qu’à par­tir du moment où on est une petite mai­son d’édi­tion indépen­dante, quel que soit son type de pro­duc­tion, cette crise a été dif­fi­cile à tra­vers­er, mais fort heureuse­ment les mesures d’aides ont glob­ale­ment per­mis la survie de cette tranche de l’édition.
Pensez-vous que l’édition indépen­dante, la pub­li­ca­tion et la dif­fu­sion de la poésie soient men­acées ? Qu’il y aura des impacts futurs de cette crise ? 
Je ne sais pas ce que don­neront les mois qui vien­nent par rap­port à une crise économique d’ensem­ble. Le Marché de la Poésie qui vient de se dérouler a été une réus­site aus­si parce que les lecteurs ont acheté des livres. Mais là de manière générale on s’aperçoit que les prix sont en train de mon­ter énor­mé­ment et que l’in­fla­tion va galopante. Donc je ne sais pas quel va être l’im­pact de ces don­nées économiques, dans l’avenir, sur les ventes que peu­vent effectuer ces édi­teurs. Il est évi­dent qu’en ces péri­odes dif­fi­ciles on dépense plus facile­ment pour acheter des pro­duits ali­men­taires que pour aller vers la cul­ture. Donc en ce cas il risque d’y avoir un impact sur la dif­fu­sion de la poésie et sur le tra­vail de ces éditeurs.

 

Périphérie #24, Mai­son
 de la Poésie/Scène lit­téraire, De nou­velles écri­t­ures. Tem­péra­teur : Éric Dussert. Avec : Michaël Batal­la, Sere­ine Berlot­ti­er, Sophie Loizeau, François Mat­ton, San­dra Moussem­pès, Cécile Portier.

Mais pour le moment c’est encore un peu pré­maturé pour le savoir. Il est évi­dent que même si le gou­verne­ment par­le de relance économique on s’aperçoit qu’on est en train de com­mencer à pay­er le coût de la crise. Espérons alors que cela ne se réper­cutera pas trop sur la cul­ture d’une façon générale et sur le tra­vail de ces édi­teurs indépen­dants en particulier.
Il faut aus­si souhaiter que la crise san­i­taire soit passée. Car si on com­mençait à inter­dire à nou­veau un cer­tain nom­bre de man­i­fes­ta­tions cul­turelles là ça serait un coup dur pour l’ensem­ble de cette pro­fes­sion. Donc il faut espér­er qu’au niveau du Min­istère de la Cul­ture et des Insti­tu­tions Régionales on con­tin­ue à sur­veiller avec une grande atten­tion ce qui se passe aujour­d’hui et ce qui va se pass­er dans les mois qui vien­nent. Parce que je pense que même si ces édi­teurs ont l’habi­tude de vivre une crise per­ma­nente, à un moment don­né cela devient beau­coup trop !
Le CNL et les régions nous l’avons déjà souligné ont quand même déblo­qué des sub­ven­tions pour aider les acteurs du méti­er du livre, alors certes les dossiers étaient assez com­plex­es à met­tre en place mais nous sommes dans un sys­tème de bureau­cratie et de tech­nocratie qui fait que quand on veut avoir un sou­tien il y a des dossiers un peu com­plex­es à rem­plir… Mais ils l’ont fait et de leur côté les insti­tu­tions ont bien accueil­li ces deman­des. Elles ont aus­si soutenu des man­i­fes­ta­tions comme le Marché de la Poésie, parce que deux ans sans exis­tence, pour nous, c’é­tait aus­si déli­cat d’un point de vue financier. Ces insti­tu­tions nous ont soutenus pour que nous puis­sions con­tin­uer mais aus­si pour que nous puis­sions indem­nis­er les auteurs qui devaient par­ticiper à des man­i­fes­ta­tions et qui n’ont pas pu le faire. Parce que nous sommes en train de par­ler des édi­teurs mais il y a aus­si tous ces auteurs qui à longueur d’an­née font des lec­tures, des ate­liers d’écri­t­ure, etc…  et qui n’ont pas pu pen­dant toute cette péri­ode faire quoi que ce soit. Pour eux ça a été aus­si une péri­ode déli­cate voire encore plus com­pliquée que celle qu’ont vécu les maisons d’édition.
Vous avez créé les États généraux per­ma­nents de la poésie en 2017. C’est le lieu d’une inter­ro­ga­tion théorique et prag­ma­tique sur la poésie et sa place dans notre société con­tem­po­raine. La poésie est un genre qui est peu représen­té dans les grandes chaines de dis­tri­b­u­tion. Le Marché de la Poésie et d’autres man­i­fes­ta­tions con­tribuent à la ren­dre acces­si­ble au pub­lic, à la ren­dre vis­i­ble, et audi­ble. Ces prob­lé­ma­tiques inhérentes à la crise ont-elles changé cet état de fait ? Quel est l’avenir de la poésie ?

Les Etats généraux de la poésie # 01, Bib­lio­thèque munic­i­pale de Lyon La Part-Dieu, 2017.

Nous avons organ­isé les États généraux de la poésie pour la pre­mière fois en 2017. Nous avons essayé de faire un état des lieux de ce qu’il en était aujour­d’hui pour la poésie. Puis nous nous sommes aperçus à la fin de cette pre­mière année qu’il fal­lait con­tin­uer cette réflex­ion en tout pre­mier lieu parce que le Marché de la Poésie est un lieu de réflex­ion autour de la poésie, donc autant utilis­er ce cadre pour con­tin­uer cette réflex­ion, avec chaque année une thé­ma­tique différente. 
Et comme le Marché de la Poésie est le lieu naturel de cette réflex­ion, les États généraux de la Poésie sont devenus per­ma­nents pen­dant le Marché de la Poésie. Cette année nous avions choisi comme thé­ma­tique « Les final­ités du poème ».
Nous nous sommes vrai­ment ren­du compte qu’il y a une réelle demande du pub­lic qui vient au Marché de la Poésie, ce qui ras­sure aus­si, car il ne s’agit pas seule­ment de gens qui vien­nent acheter des livres de poésie. Ce sont vrai­ment des gens qui ont envie de réfléchir sur cette poésie con­tem­po­raine et sur ce qu’elle apporte dans notre société. La poésie c’est un out­il de réflex­ion per­ma­nente sur la société dans laque­lle on vit. C’est un regard sur ce monde qui nous entoure. C’est impor­tant juste­ment de l’interroger aus­si, d’évoquer ce qu’elle est et quel est son avenir. C’est ce que nous essayons de met­tre en place depuis main­tenant qua­tre ans. La poésie c’est une parole ouverte à une plu­ral­ité séman­tique. Est-ce que la place de la poésie va enfin être plus impor­tante ? Je ne me fais pas d’il­lu­sions sur ce point, elle sera tou­jours en marge, mais je pense que la poésie est faite pour être en marge. Ça peut être ras­sur­ant autant qu’in­quié­tant. Mais ce qui serait d’au­tant plus inquié­tant c’est que la poésie devi­enne un phénomène de mode parce que cela sig­ni­fierait qu’elle ris­querait de chang­er son fusil d’é­paule. Mais je pense qu’on en est loin, ou alors, si la poésie devient un phénomène de mode, c’est que les lecteurs ont changé leur fusil d’é­paule et qu’ils ont envie d’ac­céder à une autre vision du monde.
Bien sûr nous espérons tous que le pub­lic et que les lecteurs de poésie soient de plus en plus nom­breux avec le temps. Nous faisons tout de notre côté pour essay­er d’être la meilleure vit­rine pos­si­ble de ce tra­vail autour d’elle. Nous avons de plus en plus de pub­lic et c’est un pub­lic intéressé par la poésie. C’est grat­i­fi­ant pour les poètes et pour les édi­teurs. Et effec­tive­ment il y avait une très belle fréquen­ta­tion le week-end de ce dernier Marché de la Poésie, à tel point que nous avons été oblig­és de fer­mer nos portes à un moment don­né puisqu’on avait large­ment dépassé les jauges qui sont autorisées pour les ren­con­tres publiques. C’est aus­si dû à cette attente de plus de deux années pour que ces ren­con­tres soient à nou­veau pos­si­bles. J’insiste bien sûr ce terme, celui d’une ren­con­tre, d’une ren­con­tre humaine, d’un échange humain.
Vous savez 38 années d’ex­is­tence de ce Marché de la Poésie ça n’est pas rien, mais il y a encore énor­mé­ment de tra­vail à faire pour l’avenir. Donc aux alen­tours du mois de juin de l’an­née prochaine nous allons essay­er de fix­er un cadre qui soit un peu plus habituel et en l’oc­cur­rence en 2022 nous recevrons le Lux­em­bourg comme invité d’hon­neur. Nous essaierons de retrou­ver les traces de ce que nous avons con­nu jusqu’à main­tenant. Quand nous avons décidé de faire ce marché de la poésie au mois d’oc­to­bre sans en avoir vrai­ment le choix nous avons été un peu inqui­ets sur les retours que nous en auri­ons.  Il se trou­ve que ça a été très posi­tif et tant mieux. Mais en tous les cas nous restons vig­i­lants sur l’avenir et sur tout ce qui reste à construire !

Voici l’émis­sion lit­téraire L’ire du Dire n°3, dif­fusée sur Fréquence paris Plurielle 106.3 FM le mer­cre­di 24 novem­bre 2021. Car­ole Car­cil­lo Mes­ro­bian reçoit Vin­cent Gimeno-Pons. Un entre­tien qui a précédé cette Ren­con­tre “Le marché de la poésie d’après” et en a été le support.

Présentation de l’auteur

Vincent Gimeno-Pons

Après avoir été édi­teur durant de longues années (édi­tions Jean-Michel Place et Utz) et tra­vail­lé dans la com­mu­ni­ca­tion (Orphe­lins Appren­tis d’Auteuil) puis respon­s­able d’un site de VPC de pro­duits édi­to­ri­aux (Cav­alivres), Vin­cent Gimeno-Pons est désor­mais Délégué général du Marché de la Poésie (Paris) depuis 2004.

Par ailleurs, d’origine espag­nole directe, il a traduit du castillan :

in : Antholo­gie poé­tique. Cul­tures his­paniques et cul­ture française, Noe­sis/Unesco, 1988 ;
L’Obéissance noc­turne (roman) de Juan Vicente Melo (Mex­ique), édi­tions de la Dif­férence, coll. Les voies du Sud, 1992 ;
in : L’Invention de l’automne de Javier Lenti­ni (tra­duc­tion de la pré­face de Ricar­do Cano Gaviria), édi­tions de la Dif­férence, coll. Orphée, 1992 ;
in : Brèves n° 87 « Nou­velles d’Espagne », 2008 (Pois­son volant de Eloy Tizón).
Pre­mier Man­i­feste nadaïste et Autres Textes de Gon­za­lo Arango (Colom­bie), 2019, édi­tions La Passe du vent

Yves BOUDIER, Prési­dent (à droite), Vin­cent GIMENO-PONS, Délégué général (à gauche), du Marché de la Poésie.

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Carole Mesrobian

Car­ole Car­cil­lo Mes­ro­bian est poète, cri­tique lit­téraire, revuiste et per­formeuse. Elle pub­lie en 2012 Foulées désul­toires aux Edi­tions du Cygne, puis, en 2013, A Con­tre murailles aux Edi­tions du Lit­téraire, où a paru, au mois de juin 2017, Le Sur­sis en con­séquence. En 2016, La Chou­croute alsa­ci­enne paraît aux Edi­tions L’âne qui butine, et Qomme ques­tions, de et à Jean-Jacques Tachd­jian par Van­i­na Pin­ter, Car­ole Car­ci­lo Mes­ro­bian, Céline Delavaux, Jean-Pierre Duplan, Flo­rence Laly, Chris­tine Tara­nov,  aux Edi­tions La chi­enne Edith. Elle est égale­ment l’au­teure d’Aper­ture du silence (2018) et Onto­genèse des bris (2019), chez PhB Edi­tions. Cette même année 2019 paraît A part l’élan, avec Jean-Jacques Tachd­jian, aux Edi­tions La Chi­enne, et Fem mal avec Wan­da Mihuleac, aux édi­tions Tran­signum ; en 2020 dans la col­lec­tion La Diag­o­nale de l’écrivain, Agence­ment du désert, paru chez Z4 édi­tions, et Octo­bre, un recueil écrit avec Alain Bris­si­aud paru chez PhB édi­tions. Elle par­ticipe aux antholo­gies Dehors (2016,Editions Janus), Appa­raître (2018, Terre à ciel) De l’hu­main pour les migrants (2018, Edi­tions Jacques Fla­mand) Esprit d’ar­bre, (2018, Edi­tions pourquoi viens-tu si tard), Le Chant du cygne, (2020, Edi­tions du cygne), Le Courage des vivants (2020, Jacques André édi­teur), Antholo­gie Dire oui (2020, Terre à ciel), Voix de femmes, antholo­gie de poésie fémi­nine con­tem­po­raine, (2020, Pli­may). Par­al­lèle­ment parais­sent des textes inédits ain­si que des cri­tiques ou entre­tiens sur les sites Recours au Poème, Le Cap­i­tal des mots, Poe­siemuz­icetc., Le Lit­téraire, le Salon Lit­téraire, Décharge, Tex­ture, Sitaud­is, De l’art helvé­tique con­tem­po­rain, Libelle, L’Atelier de l’ag­neau, Décharge, Pas­sage d’en­cres, Test n°17, Créa­tures , For­mules, Cahi­er de la rue Ven­tu­ra, Libr-cri­tique, Sitaud­is, Créa­tures, Gare Mar­itime, Chroniques du ça et là, La vie man­i­feste, Fran­copo­lis, Poésie pre­mière, L’Intranquille., le Ven­tre et l’or­eille, Point con­tem­po­rain. Elle est l’auteure de la qua­trième de cou­ver­ture des Jusqu’au cœur d’Alain Bris­si­aud, et des pré­faces de Mémoire vive des replis de Mar­i­lyne Bertonci­ni et de Femme con­serve de Bluma Finkel­stein. Auprès de Mar­i­lyne bertonci­ni elle co-dirige la revue de poésie en ligne Recours au poème depuis 2016. Elle est secré­taire générale des édi­tions Tran­signum dirigées par Wan­da Mihuleac.
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