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Jean-Louis Bergère, un chanteur dans le silence

Par |2021-01-07T14:40:45+01:00 5 janvier 2021|Catégories : Jean-Louis Bergère, Rencontres|

Chanteur poète, poète chan­teur, Jean-Louis ber­gère côtoie les uni­vers de la poé­sie et de la musique, autant dire celui de la chan­son, mais pas seule­ment. Sa voix est dépo­sée à côté de la musique, par­fois dedans par­fois juste comme une enlu­mi­nure tout près dis­crè­te­ment ame­née pour révé­ler simul­ta­né­ment la parole et la musique, dua­li­té qui lorsqu’elles coexistent per­met au silence d’affleurer, d’exister et d’ouvrir vers une mul­ti­pli­ci­té  de récep­tions et d’émotions. Le plus dif­fi­cile à entendre dans la musique c’est le silence, le chef d’orchestre Wilhelm Furtwängler répon­dit un jour à un jour­na­liste à pro­pos de ses inter­pré­ta­tions de Beethoven : « Les autres chefs jouent les notes, moi je joue ce qu’il y a entre les notes. » 

Jean-Louis Bergère a accep­té de répondre à quelques questions.

Jean-Louis Bergère, vous êtes poète et musi­cien, ou musi­cien et poète ?  Vos mots sont de la musique ou vos com­po­si­tions sont des mots ?
J’ai com­men­cé à écrire de la poé­sie, puis de la musique, à côté, sans que ces deux moda­li­tés ne s’interpénètrent. Puis avec les années les deux se sont entre­mê­lées. Mon écri­ture musi­cale s’est épu­rée, et est deve­nue très proche de mon écri­ture poé­tique. Ce phé­no­mène a été pos­sible aus­si grâce aux lec­tures-concert que j’organise. Je me suis aper­çu que c’est l’oreille du musi­cien qui est pré­sente dans la poé­sie, c’est un rythme qui arrive dans les mots. La musique pro­cède de la même manière, ce sont deux moda­li­tés qui se com­plètent. Maintenant avec les années ces deux formes se sont affir­mées, ont évo­lué, sont deve­nues courtes, et denses, bien plus denses. Mes  chan­sons sont donc plu­tôt courtes main­te­nant, tout comme ma poé­sie, même si j’aime bien quand les cli­mats se développent.
Quelle place occupe le rythme, dans le poème, dans la musique ?
Le rythme est pri­mor­dial dans mon tra­vail d’écriture. En musique sou­vent la pre­mière mou­ture vocale est du “yaourt” et j’écris sur ce sque­lette ryth­mique et mélo­dique qui  ouvre une ligne de chant, même si par­fois il n’y a pas de texte. Ensuite  quand j’écris j’essaie de conser­ver ce que j’ai pu énon­cer en terme de mélo­die et de chant par­lé, tout ce  que je veux abso­lu­ment conser­ver. Je res­sens cet ensemble de manière intui­tive : un mor­ceau et un texte forment un “tout” qui doit être en équi­libre. C’est une ques­tion de rythme beau­coup, il faut que l’ensemble forme une glo­ba­li­té et je sais quand la chan­son est finie, le mor­ceau, le texte, car il n’y a plus aucune retouche à faire. 

Jean-Louis ber­gère, “Ce qui demeure” – extrait du nou­vel album “Ce qui demeure”, une vidéo pro­po­sée par Jean-Louis Bergère.

Lorsque vous chan­tez votre voix garde la trace d’une parole dis­cur­sive. Vous vous situez entre ces deux uni­vers que sont la forme tex­tuelle de la poé­sie et la musique. C’est encore plus pré­gnant dans votre der­nier album Ce qui demeure. Être face à la musique et lou­voyer, jouer, tis­ser du sens qui alors appa­raît dans les silences, il me semble que c’est de cet endroit que vous chan­tez. Le silence est-il ce qui per­met de relier toutes ces moda­li­tés d’expression ?
Le par­lé-chan­té s’est affir­mé au fur et à mesure des albums. Léo Ferré a ouvert la voie par rap­port à ça. Il était moderne avant l’heure. Il y a beau­coup  de textes par­lé-chan­té dans la deuxième par­tie de son tra­vail. Il a ouvert une voie royale pour tra­vailler cette manière de poser la voix sur la musique. Ferré a mis en musique des poèmes d’Aragon, et il a dit “chez Aragon je mets en musique ce qui se révèle à moi de façon immé­diate. Ça colle ou pas. Ce qui se révèle à moi de manière immé­diate c’est l’émotion”.
Pour ma part je place la musique et la voix en face à face. J’ai envie de chan­ter comme je pour­rais mur­mu­rer à l’oreille de quelqu’un. Mon rythme pré­fé­ré est la len­teur car je laisse beau­coup d’espace à la musique et au silence entre les chan­sons sur scène. C’est quelque chose dont j’ai besoin et le public se l’approprie. Me par­ler de silence est un com­pli­ment, car qu’il soit dans les espaces du mor­ceau ou bien entre les chan­sons, il per­met au public de rece­voir la musique, de se l’approprier comme il veut et pas comme le musi­cien a déci­dé. Grâce à cette dua­li­té il est accueilli et reçoit l’objet sonore librement.

 

 

Comment pen­sez-vous vos « Lectures/​concerts » ?
Cette for­mule me per­met d’alterner trois ou quatre chan­sons avec des lec­tures d’extraits de mes recueils, de mêler les chan­sons à la poé­sie, sobre­ment, sim­ple­ment, sans théâ­tra­li­sa­tion ni mise en scène. J’associe musique et poé­sie en créant des ponts entre les chan­sons et les textes dans une construc­tion neutre, sobre et fluide. Il n’y a aucune thé­ma­tique par­ti­cu­lière, je ne raconte pas d’histoires mais je tra­duis de l’émotion. Je suis un tra­duc­teur d’émotions.

 

Jean-Louis ber­gère, “Inouïe”, extrait du nou­vel album “Ce qui demeure”, YouTube “Jean-Louis bergère”.

Ça marche très bien, et le public est très ému. Je peux aus­si grâce à cette for­mule réunir les deux ver­sants de mes acti­vi­tés d’auteur et de musi­cien. Les retours una­nimes me démontrent si besoin était que ces deux modes de créa­tion artis­tique sont complémentaires.

Qu’est-ce que la musique peut révé­ler du poème ?
Je ne sais pas si la musique peut révé­ler quelque chose du poème, elle accom­pagne le poème, la musique dans la chan­son est une sorte de double effet qui se super­pose à celui du texte. Elle per­met de repla­cer le texte dans un autre pano­ra­ma sen­sible. Il faut essayer de faire en sorte qu’elle soit le plus près du texte. Le plus dif­fi­cile est de trou­ver le bon “assem­blage”. Pour moi une chan­son est un objet sonore glo­bal qui intègre la musique, la voix et le texte. Ce sont ces trois vec­teurs qui doivent être asso­ciés pour que ça fonc­tionne, et aucun d’entre eux ne doit être pré­do­mi­nant. J’essaie de retrou­ver dans mon tra­vail ce que j’aime chez les autres, cet objet sonore glo­bal qu’on ne peut pas remettre en ques­tion, qui s’impose comme une évidence.

Vos textes mais aus­si votre musique, vos chan­sons, sont l’expression d’une quête, de la recherche d’une trans­cen­dance, d’une évo­lu­tion de l’homme vers lui-même. Est-ce ceci, l’Art, cette glo­ba­li­té comme expres­sion méta­pho­rique d’une huma­ni­té pacifiée ?
Je ne porte pas une parole enga­gée et ça ne m’intéresse pas de par­ler des rumeurs de l’époque. J’écris parce que c’est une manière d’apprivoiser ma propre inquié­tude mais je ne sou­haite pas écrire de texte sur un thème pré­cis, ce qui vient s’inscrit, je ne peux gérer aucune contrainte en ce domaine. 

Je sou­haite tra­duire ce que l’humain porte, c’est ça mon enga­ge­ment, être au monde et trans­mettre cet état de fait, les émo­tions qui nous tra­versent. C’est rece­voir et redon­ner, c’est tra­duire ces res­sen­tis inhé­rents à cette condi­tion d’être au monde, mon­trer cette voie vers ce que cha­cun peut res­sen­tir, comme un pay­sage inté­rieur par­ta­gé. L’art c’est ouvrir des accès.
Le mot pay­sage je le res­sens quand je com­pose comme une glo­ba­li­té. Les musiques que j’aime écou­ter sont celles que je peux écou­ter en voi­ture, qui accom­pagnent mon regard vers l’extérieur. J’adore écou­ter des musiques en voi­ture la nuit, des musiques qui habillent le pay­sage inté­rieur, qui le subliment. La musique sublime les pay­sages inté­rieurs. Elle sublime nos moments d’existence, elle garde l’état émo­tion­nel du moment comme un parfum.

Le som­meil des che­vaux”, titre extrait de l’album ” Une défi­ni­tion du temps” – 2001. Images /​réalisation /​montage © Eregreb 2016 – Orage à Cordes-sur-Ciel (81) Écrit et com­po­sé par Jean-Louis Bergère.

Je suis un chan­teur dans le silence. Ça signi­fie par­ler à l’intime des gens. Je le com­prends main­te­nant. Il y a cer­taines de mes chan­sons qui résonnent tel­le­ment dans l’intime des autres que c’est quelque chose qui m’émeut beau­coup : être à ce point à la ren­contre de l’intime de l’autre. C’est aus­si la faveur de la musique par rap­port au poème, cette facul­té de pou­voir être pré­sente ailleurs, même si la poé­sie on peut la relire long­temps comme on écoute une musique. On peut relire les mêmes vers sans jamais entendre la même chose. Il y a cette den­si­té là c’est aus­si le point com­mun entre chan­son et poème, dans une forme courte avoir autant d’ivresse.

Laissons venir”, Jean Louis Bergère.

Présentation de l’auteur

Jean-Louis Bergère

Jean-Louis Bergère est un auteur (chan­sons, poé­sies et proses) et com­po­si­teur qui par­tage son acti­vi­té entre scène et écri­ture. Il est l’auteur de recueils ain­si que d’albums qui mêlent la parole poé­tique à la musique.

Bibliographie (sup­pri­mer si inutile)

Bibliographie : 

Masque et figure – Editions Potentille – 2015
Demain de nuits de jours/​​le livre – Editions Gros Textes – 2014
Jusqu’où serions-nous allés si la terre n’avait pas été ronde – Editions Gros Textes – 2009
Quelque chose d’infime – Editions Laïus – 2007 (Livre d’artiste objet/​​CD)
Mon corps Runbook – 2009 – (Livre d’artiste en deve­nir via le réseau des boîtes mails d’artistes et d’écrivains)
Avec mes yeux – Editions ver­lag Im Wald – 2007 (Ouvrage collectif)
Publications en Revues dans Motamorphose, N4728 (n° 13 ET 22), Gros Textes, Contre-allées, Dissonances

Discographie

Demain de nuits de jours – Catapulte/​​Wiseband – 2013
Au lit d’herbes rouges – Catapulte/​​Label Ouest – 2007
Bouches de silence – Catapulte (avec Memento Mori) – 2005
Une défi­ni­tion du temps – Catapulte – 2001

Poèmes choi­sis

Autres lec­tures

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Carole Mesrobian

Carole Carcillo Mesrobian est poète, cri­tique lit­té­raire, revuiste et per­for­meuse. Elle publie en 2012 Foulées désul­toires aux Editions du Cygne, puis, en 2013, A Contre murailles aux Editions du Littéraire, où a paru, au mois de juin 2017, Le Sursis en consé­quence. En 2016, La Choucroute alsa­cienne paraît aux Editions L’âne qui butine, et Qomme ques­tions, de et à Jean-Jacques Tachdjian par Vanina Pinter, Carole Carcilo Mesrobian, Céline Delavaux, Jean-Pierre Duplan, Florence Laly, Christine Taranov,  aux Editions La chienne Edith. Elle est éga­le­ment l'auteure d'Aperture du silence (2018) et Ontogenèse des bris (2019), chez PhB Editions. Cette même année 2019 paraît A part l'élan, avec Jean-Jacques Tachdjian, aux Editions La Chienne, et Fem mal avec Wanda Mihuleac, aux édi­tions Transignum ; en 2020 dans la col­lec­tion La Diagonale de l'écrivain, Agencement du désert, paru chez Z4 édi­tions, et Octobre, un recueil écrit avec Alain Brissiaud paru chez PhB édi­tions. Elle par­ti­cipe aux antho­lo­gies Dehors (2016,Editions Janus), Apparaître (2018, Terre à ciel) De l'humain pour les migrants (2018, Editions Jacques Flamand) Esprit d'arbre, (2018, Editions pour­quoi viens-tu si tard), Le Chant du cygne, (2020, Editions du cygne), Le Courage des vivants (2020, Jacques André édi­teur), Anthologie Dire oui (2020, Terre à ciel), Voix de femmes, antho­lo­gie de poé­sie fémi­nine contem­po­raine, (2020, Plimay). Parallèlement paraissent des textes inédits ain­si que des cri­tiques ou entre­tiens sur les sites Recours au Poème, Le Capital des mots, Poesiemuzicetc., Le Littéraire, le Salon Littéraire, Décharge, Texture, Sitaudis, De l’art hel­vé­tique contem­po­rain, Libelle, L’Atelier de l'agneau, Décharge, Passage d'encres, Test n°17, Créatures , Formules, Cahier de la rue Ventura, Libr-cri­tique, Sitaudis, Créatures, Gare Maritime, Chroniques du ça et là, La vie mani­feste, Francopolis, Poésie pre­mière, L’Intranquille., le Ventre et l'oreille, Point contem­po­rain. Elle est l’auteure de la qua­trième de cou­ver­ture des Jusqu’au cœur d’Alain Brissiaud, et des pré­faces de Mémoire vive des replis de Marilyne Bertoncini et de Femme conserve de Bluma Finkelstein. Auprès de Marilyne ber­ton­ci­ni elle co-dirige la revue de poé­sie en ligne Recours au poème depuis 2016. Elle est secré­taire géné­rale des édi­tions Transignum diri­gées par Wanda Mihuleac.
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