À la racine de la Terre : une poétique — Entretien avec Régis Poulet

Par |2023-05-02T08:27:20+02:00 5 mars 2023|Catégories : Focus, Régis Poulet|

Régis Poulet est enseignant et chercheur, géo­logue, doc­teur ès let­tres, et nat­u­ral­iste par pas­sion. Depuis 2013 il pré­side l’Institut inter­na­tion­al de géopoé­tique, mais il est égale­ment poète et auteur d’essais trans­dis­ci­plinaires.  Il a accep­té d’évo­quer avec nous la Géopoé­tique, et sa pra­tique de l’écri­t­ure, en lien avec cette pos­ture her­méneu­tique et existentielle.

Recours au poème : Comme nous tous, nos lec­tri­ces et lecteurs sont con­fron­tés à une crise cli­ma­tique et civil­i­sa­tion­nelle qui n’en finit plus de faire naître des inquié­tudes, des alarmes et, en réac­tion, des essais de réponse. Depuis quelques années, fleuris­sent des néol­o­gismes qui se présen­tent comme des répons­es à nos prob­lèmes. Pour nous en tenir à ceux qui sem­blent les plus proches des préoc­cu­pa­tions de notre revue, et sans vouloir don­ner dans l’exhaustivité, nous pou­vons men­tion­ner la géopoésie et la géopoé­tique. Pou­vez-vous expli­quer aux lecteurs de Recours au poème ce qui dis­tingue l’une de l’autre ?
Régis Poulet : En préam­bule à cet entre­tien, que je vous remer­cie de m’accorder, je voudrais pré­cis­er que la géopoé­tique ne se présente pas comme une solu­tion à nos prob­lèmes. Ceux-ci sur­gis­sent tou­jours, selon les mots de Ken­neth White, dans un espace étriqué et dis­parais­sent dans un espace plus large. La géopoé­tique n’est pas dans le prob­lé­ma­tique, elle ouvre un espace men­tal, exis­ten­tiel, élargi.

Ken­neth White, Panora­ma géopoé­tique, Entre­tiens avec Régis Poulet.

Par­mi les pistes que vous avez évo­quées, vous avez fait un choix dra­conien qui nous ramène à trois racines. Si vous le per­me­t­tez, j’ajouterai, pour la dis­cus­sion, une qua­trième racine fréquem­ment ren­con­trée, en men­tion­nant l’écopoétique comme autre néol­o­gisme. Ain­si nous trou­vons-nous avec éco-, géo-, -poésie et -poé­tique. La ques­tion des racines n’est pas nég­lige­able, puisqu’elle nous per­met, au-delà de la rad­i­cal­ité — notion sou­vent mal com­prise et dévoyée — de touch­er au fon­da­men­tal. Il est très dif­fi­cile de dire ce qui est fon­da­men­tal, si ce n’est la capac­ité à penser sere­ine­ment à par­tir de la base, lorsque tout ce qui est acces­soire a été élim­iné, lorsqu’on a procédé à un large désen­com­bre­ment. Ce tra­vail, Ken­neth White, l’inventeur de la théorie-pra­tique géopoé­tique, l’a mené dès les années 1950 à par­tir d’une expéri­ence fon­da­trice sur la côte ouest de l’Écosse où il a gran­di. Il s’agit d’une part du nomadisme intel­lectuel, et d’autre part, plus tard, de la géopoé­tique — les deux for­mant un continuum.
Ain­si Ken­neth White a‑t-il dévelop­pé et appro­fon­di la fig­ure du nomade intel­lectuel, cet esprit qui passe d’époque en époque, de cul­ture en cul­ture, à la recherche, dans l’histoire de l’humanité, d’éléments de cul­ture qui pour­raient per­me­t­tre de faire émerg­er une cul­ture com­plète — prenant ici ce qui manque là, et inverse­ment, et ain­si de suite…
Recours au poème : À quelles néces­sités répond l’invention de ce concept ?
Régis Poulet : La Crise de l’esprit proclamée par Paul Valéry au début du XXe siè­cle a notam­ment mar­qué la fin des pré­ten­tions de l’Occident à mon­tr­er la voie au reste de l’humanité, le terme de ce que White a appelé « l’Autoroute de l’Occident », à savoir une pen­sée héritée de Descartes et une sci­ence héritée de New­ton don­nant à la vieille méta­physique les moyens mod­ernes de ses antiques ambi­tions : divis­er le monde en sujets et objets, don­ner à l’homme les moyens tech­niques d’une main­mise sur le monde. Au-delà de sa fréquen­ta­tion des Avant-gardes avec des auteurs tels qu’André Bre­ton ou Antonin Artaud, Ken­neth White s’est ren­du compte que d’autres voies, aux marges, exis­taient et que d’autres voix s’étaient fait enten­dre, aux lim­ites des seuils de per­cep­tion de la cul­ture dom­i­nante en Occi­dent : c’est ain­si de Vic­tor Segalen (que White a fait sor­tir de l’oubli en 19791), de Hen­ry David Thore­au, et aus­si de la lit­téra­ture celte anci­enne. Mais le nomade intel­lectuel qu’il deve­nait s’est tourné vers d’autres cul­tures, en Asie notam­ment, avec les philosophes taoïstes (au temps où l’intelligentsia maoï­sait), les penseurs jusqu’au-boutistes indi­ens tels que Nagar­ju­na (un Pyrrhon du Gange), des poètes en apparence aus­si dis­sem­blables que l’auteur tibé­tain des Cent Mille chantsMilarepa et le maître japon­ais du haïku Basho. Ce nomadisme-là nous a per­mis de pass­er out­re l’opposition entre Ori­ent et Occi­dent qui struc­turait la pen­sée européenne depuis des siè­cles2. Pour­suiv­ant son nomadisme chez les Amérin­di­ens et leurs cousins Tchoutch­es et Aïnous, White a mis en évi­dence une cul­ture cir­cum­po­laire héritée du Paléolithique autour de la fig­ure du chamane et, incidem­ment, une vaste aire cul­turelle euramérasi­a­tique notam­ment car­ac­térisée — c’était l’objet de sa recherche et c’est la réponse à votre ques­tion — par un rap­port plus riche au monde3. Dis­ons qu’entre Rim­baud affir­mant que « la vraie vie est absente » et la procla­ma­tion par des sci­en­tifiques (en 2021) du pas­sage à l’Anthropocène vers le mitan du XXe siè­cle, Ken­neth White avait sen­ti l’impérieuse néces­sité de con­stru­ire, patiem­ment, méthodique­ment mais avec des ful­gu­rances poé­tiques, une pen­sée qui per­me­tte une pro­fonde réc­on­cil­i­a­tion du monde et de l’humanité — sur des bases qui seraient uni­verselles et non plus seule­ment occi­den­tales — même si c’est depuis là que par­le White. Il a écrit une thèse d’état sur ce sujet, dont il a tiré plus tard L’Esprit nomade (1987).
Le nomadisme intel­lectuel four­nit à la théorie et à la pra­tique géopoé­tiques des bases uni­verselles ou plutôt, pour­rait-on dire, ubiquistes. Non pas selon une tran­scen­dance qui s’étendrait au-dessus de toute l’humanité, mais selon une imma­nence faisant qu’elle serait vraie à par­tir de chaque lieu vers les autres lieux.

Régis Poulet, Le vol du Har­fang des neiges — 
des grottes peintes à la géopoétique.

Recours au poème : J’en reviens à ma ques­tion ini­tiale sur géopoésie et géopoé­tique. Je cite le livre de Jean Malau­rie, De la pierre à l’âme : « … je me laisse emporter par la géopoésie des formes, et je m’abandonne à l’écoute intérieure. Et les élé­ments que j’ose appel­er les esprits purs de l’univers ne tar­dent pas à être au ren­dez-vous. » En quoi la géopoé­tique dif­fère-t-elle de la géopoésie évo­quée par Jean Malaurie ?
Régis Poulet : Je n’oubliais nulle­ment votre ques­tion ini­tiale, ni mon recours aux racines pour l’expliciter. Avant de plonger vers elles, je pro­pose de me situer au niveau des con­tin­gences de la vie. À quelques mois d’écart, Ken­neth White et Jean Malau­rie ont pub­lié leur auto­bi­ogra­phie : respec­tive­ment Entre deux mon­des (Le Mot et le reste, 2021) et De la pierre à l’âme (Plon, 2022), dans la col­lec­tion « Terre humaine » que Malau­rie a créée en 1954. Si vous avez lu celle de Jean Malau­rie, vous ne pou­vez savoir que les deux hommes se con­nais­sent parce qu’il n’y est aucune­ment ques­tion de Ken­neth White. Au con­traire de Malau­rie, White évoque sa rela­tion avec « le bien­tôt célèbre géo­graphe et anthro­po­logue arc­tique »4, au début des années 50, et ses trop humains aléas. La pre­mière fois que White prononça en pub­lic le terme de ‘géopoé­tique’, c’était le 26 févri­er 1979, lors d’un mon­tage poé­tique inti­t­ulé « Le monde blanc — itinéraires et textes ». Jean Malau­rie y assis­tait, en tant que spé­cial­iste du monde inu­it. Celui-ci reprit d’ailleurs le mot, dans la revue Dia­mant noir (print­emps 1983), pour évo­quer la rela­tion entre un groupe d’hommes, leur créa­tiv­ité et son habi­tat naturel. White con­sid­ère que c’est la pre­mière fois, à sa con­nais­sance, que le dis­cours sci­en­tifique et le dis­cours poé­tique se ren­con­traient en lien avec le terme de géopoé­tique. Mais White lui-même indique déjà chercher à « penser la géopoé­tique dans un con­texte plus large, plus mon­di­al »5.
Ain­si en 1979 Malau­rie enten­dit-il par­ler de géopoé­tique et reprit-il lui-même le mot en 1983 dans le con­texte inu­it, avant de men­tion­ner récem­ment le con­cept sous la forme de géopoésie, en des ter­mes qui mon­trent que sa con­cep­tion en est restée à celle de Dia­mant noir sur les ter­res blanch­es des Inu­its : le vocab­u­laire (« écoute intérieure », « esprits purs de l’univers »), et l’attitude (« je me laisse emporter », « je m’abandonne ») font écho à l’animisme de ce peu­ple arc­tique et ne rompent pas avec un cer­tain spiritualisme.
Entre 1979 et aujourd’hui, par com­para­i­son, Ken­neth White a élaboré sous le nom de géopoé­tique toute une théorie-pra­tique, sur laque­lle nous aurons, je pense, l’occasion de nous pencher plus longuement.
Venons-en à la ques­tion des racines…
Procé­dons par cer­cles con­cen­triques de plus en plus larges. L’idée générale de ces qua­tre néol­o­gismes est de réc­on­cili­er ce qui est de l’ordre du monde naturel et ce qui est de l’ordre de la pen­sée. D’un côté poésie ver­sus poé­tique, de l’autre éco- ver­sus géo- — si l’on con­sid­ère qu’il faille rester, bien enten­du, dans l’alternative, et que deux élé­ments ne peu­vent être vrais en même temps. Là, on sor­ti­rait de la logique biva­lente qui fonde la philoso­phie depuis Aris­tote, ce qui est possible.

De la poésie, on a don­né de nom­breuses déf­i­ni­tions, mais toutes se rap­por­tent à un art du lan­gage. Le mot même de ‘poésie’ vient du latin poe­sis, qui l’applique exclu­sive­ment à l’art lit­téraire. De l’épique au lyrique, la poésie a ren­con­tré tous les reg­istres, abor­dant même, plus rarement, à par­tir de la Renais­sance, la con­nais­sance scientifique.

Le mot ‘poé­tique’, quant à lui, ren­voie à quelque chose de plus large et de plus pro­fond, qui tient à une éty­molo­gie loin­taine­ment partagée avec ‘poésie’, celle de poiein (« faire, créer »), dont seul ‘poé­tique’ a con­servé la valeur, qu’on retrou­ve dans nous poet­ikos, l’expression employée par Aris­tote pour désign­er « l’esprit créa­teur ». Sans restric­tion de genre ou de domaine, ‘poé­tique’ réfère à la notion de ‘créa­tion’.

Les deux autres racines, éco- et géo-, sont sou­vent en con­cur­rence lorsqu’il s’agit de nom­mer de nou­velles approches : ain­si ai-je cité écopoé­tique, mais il existe aus­si éco­cri­tique, etc. Cela tient bien évidem­ment à la prise de con­science — très récente pour beau­coup d’entre nous — des enjeux envi­ron­nemen­taux. L’écologie, qui sert de référence à ces dis­ci­plines qui ambi­tion­nent de tenir compte des prob­lé­ma­tiques envi­ron­nemen­tales dans la créa­tion, est une sci­ence essen­tielle et déjà anci­enne (elle a été inven­tée par Ernst Haeck­el au XIXe siè­cle). Comme le rap­pelait Ken­neth White, la géopoé­tique n’est pas en con­cur­rence avec l’écologie :

« Dis­ons d’abord, rapi­de­ment, que l’écologie, bien com­prise, est incluse dans la géopoé­tique. C’est, en ter­mes géologiques, une des couch­es de la géopoé­tique. Voilà pour la per­spec­tive ver­ti­cale. Pour ce qui est de la per­spec­tive hor­i­zon­tale, la géopoé­tique se situe à quelques stades en avant de l’écologie. »6

La racine éco- (du grec oïkos) a pour sens la mai­son, la famille. En plus d’être actuelle­ment util­isée dans tous les con­textes pos­si­bles, cette racine mar­que surtout un lien his­torique avec la domes­ti­ca­tion inter­v­enue au moins depuis le Néolithique, et avec elle, un étré­cisse­ment de la vision du monde, de la per­cep­tion de sa richesse et de la qual­ité de vie.
Par com­para­i­son, la racine géo- a un lien direct et fort à la matéri­al­ité de la Terre. Si nous nous intéres­sons au sens de « géê » (γέη) en grec ancien, nous con­sta­tons que son champ lex­i­cal est large, comme dans d’autres langues indo-européennes (élé­ment ; monde ; pays ; sol pro­duc­teur ; min­erai ; pous­sière), mais aus­si qu’il provient du verbe « engen­dr­er » « gíg­no­mai » (γίγνομαι) — comme « natu­ra » et « phu­sis » qui dérivent de verbes syn­onymes. Ces trois racines ont des liens très pro­fonds où se dit la capac­ité native des êtres et des choses de ‘faire’, de ‘créer’ — ce qui est éty­mologique­ment le sens de ‘poé­tique’.
A l’échelle de l’histoire humaine, qui n’est certes pas seule­ment celle des idées et encore moins celle des sociétés, la racine géo- porte ain­si une plus grande force non seule­ment trans­for­ma­trice mais surtout fon­da­trice que n’en recèle la ‘mai­son’. 

Régis Poulet, Plank­tos (Post­face de Ken­neth White) / Nan­cy, Iso­la­to édi­teur, 96 pages /19 euros / ISBN : 978–2‑35448–045‑5, 2018.

La rai­son en est assez sim­ple : alors que la mai­son (éco-) est liée à son entour, dont elle peut avoir une vision panoramique, la terre (géo-) n’est pas per­cep­ti­ble en sa total­ité, même depuis l’espace, à cause de sa roton­dité. Fonder une nou­velle étape du chemin de l’humanité sur le géo- per­met de lier l’individu non seule­ment au sol qui le porte, non seule­ment au paysage qui s’étend hor­i­zon­tale­ment et ver­ti­cale­ment jusqu’à faire le tour du globe, mais aus­si au cos­mos dont la Terre est une partie.
Recours au poème : Ken­neth White rap­pelle dans la pré­face du Plateau de l’Albatros, paru en 1994 chez Gras­set et sous-titré Intro­duc­tion à la géopoé­tique, que dans son essai L’Esprit nomade, pub­lié en 1987, une sec­tion inti­t­ulée Élé­ments de géopoé­tique pro­po­sait une déf­i­ni­tion : « …il ne s’agit ni d’une ‘var­iété’ cul­turelle de plus, ni d’une école lit­téraire, ni de la poésie con­sid­érée comme un art intime. Il s’agit d’un mou­ve­ment qui con­cerne la manière même dont l’homme fonde son exis­tence sur la terre. Il n’est pas ques­tion de con­stru­ire un sys­tème, mais d’accomplir, pas à pas, une explo­ration, une inves­ti­ga­tion, en se situ­ant, pour ce qui est du point de départ, quelque part entre la poésie, la philoso­phie, la sci­ence. » La physique quan­tique rejoint la géopoé­tique, car elle con­sid­ère que l’Énergie de l’Univers est présente dans chaque élé­ment vivant ou non, et dans le vide qui ne l’est, donc, pas. La géopoé­tique est-elle un moyen d’exprimer ces décou­vertes, d’en imprégn­er nos vies, et la manière dont nous exis­tons et créons ? 
Régis Poulet : La matrice de la géopoé­tique, je l’ai évo­qué, remonte aux années d’enfance et d’adolescence de Ken­neth White sur la côte ouest de l’Écosse, entre l’arrière-pays d’une lande mar­quée par le retrait des glac­i­ers, et la façade atlan­tique ouverte sur le grand large. Tout un univers de sai­sisse­ments pour une intel­li­gence et des sens en éveil. Au fil de ses études en Europe, début de ses années de nomadisme intel­lectuel, il a com­mencé à voir de plus en plus claire­ment com­ment con­stru­ire une pen­sée non seule­ment en accord avec la Terre, mais qui y trou­ve de quoi faire émerg­er un monde. Le con­cept de géopoé­tique lui est venu lors d’un voy­age au Labrador, comme il le racon­te dans La Route bleue (1983). Dans L’Esprit nomade, comme vous le rap­pelez, la dernière sec­tion est con­sacrée à la géopoé­tique. White n’a eu de cesse, depuis, d’explorer ce champ du Grand tra­vail émergeant comme une pen­sée nou­velle et viv­i­fi­ante, notam­ment avec Le Plateau de l’Albatros (1994) — qui reste une intro­duc­tion à la géopoé­tique — jusqu’à Au large de l’Histoire (Le Mot et le reste, 2015) ou Les leçons du vent (Iso­la­to, 2019).
Le mot clef, en effet, est celui de mou­ve­ment. La théorie-pra­tique géopoé­tique est une explo­ration qui débute dans un espace où con­flu­ent poésie, philoso­phie et sci­ences et qui s’aventure dans des ter­ra incog­ni­ta, dans les espaces blancs de l’esprit, aux fron­tières du vide…
Avant la physique quan­tique, qui est une grande théorie mod­erne, d’autres esprits ont affir­mé l’omniprésence de l’énergie, même dans le vide. Pour cela, il faut se tourn­er vers des pen­sées comme le boud­dhisme, qui n’est pas une pen­sée de l’Être, ou vers le taoïsme — qui a influ­encé le boud­dhisme indi­en à son arrivée en Chine. La géopoé­tique a des affinités avec ces pen­sées lorsqu’elles sont à la fois très atten­tives à la réal­ité du monde, capa­bles d’une grande sub­til­ité et ouvertes sur leur dehors. C’est pour cela que la géopoé­tique n’est pas et ne sera jamais un sys­tème. Un entre­tien de 2014 avec Ken­neth White s’intitule Une cos­molo­gie de l’énergie7 — l’on n’enferme pas l’énergie dans un sys­tème, il lui faut cir­culer — d’où le mou­ve­ment géopoétique.
Pour en venir à la ques­tion de l’expression, qui est essen­tielle et qui retrou­ve celle de la poé­tique, Ken­neth White a eu plusieurs for­mules. Comme je l’ai lais­sé enten­dre tout à l’heure, la géopoé­tique ne se lim­ite pas à la poésie, ni même à l’expression lit­téraire. Il existe un art géopoé­tique8, une musique géopoé­tique9, une archi­tec­ture géopoé­tique10, mais c’est bien sûr l’expression lit­téraire qui illus­tre le mieux ce qu’est la géopoé­tique, grâce à l’œuvre de Ken­neth White. Elle se déploie dans trois gen­res dont il a l’habitude de présen­ter l’articulation ain­si : l’œuvre est une flèche dont les pennes, qui don­nent la direc­tion, sont les essais, dont la tige, qui chem­ine à tra­vers les ter­ri­toires, sont les way­books et dont la pointe, qui touche au vif de l’existence, est la poésie. Je com­menterai quelques for­mules qui exposent ce qu’est l’écriture géopoé­tique et qui pour­ront intéress­er vos lecteurs.
« Ni le moi, ni le mot, mais le monde. »
Par cette for­mule, Ken­neth White insiste sur une poésie qui n’est ni un art intime, ni un pur jeu ver­bal, mais qui est tournée vers le dehors, vers le monde qui nous porte — atti­tude poé­tique et philosophique.
« Infor­ma­tion, enfor­ma­tion, exformation. »
De l’ouverture au monde résulte (et récipro­que­ment) la con­nais­sance du monde, tout par­ti­c­ulière­ment par les sci­ences. Les sci­ences priv­ilégiées par la géopoé­tique sont celles qui s’intéressent à la nature de la Terre, comme la géo­gra­phie et la géolo­gie, mais la con­nais­sance du vivant et de ses rela­tions — qu’on peut appel­er écolo­gie dans le pre­mier sens du terme — est cap­i­tale aus­si (tous les lecteurs de Ken­neth White auront en tête les mul­ti­ples signes d’une présence ani­male et végé­tale dans son œuvre). Cette infor­ma­tion, longue à col­lecter, ne doit pas être un 
fardeau. Niet­zsche oppo­sait deux types d’érudits : le chameau, qui souf­fre sous le poids de son savoir, et le tigre, auquel son gai savoir per­met de bondir avec une sou­ple énergie. Ain­si, toute l’information doit être assim­ilée pour for­mer une vision du monde, une enfor­ma­tion, une ‘intéri­or­i­sa­tion’ sans sub­jec­tivisme, sans état d’âme, sans émo­tiv­ité, sans moral­isme. Après quoi le géopoéti­cien11 s’attache à l’expression des formes du monde et de son rap­port au monde : l’exformation. On se trou­ve alors, pré­cise White, sur « un ter­rain des lim­ites, des lisières, des con­fins, des marges […] l’exformation con­siste à ouvrir le texte, vio­lem­ment ou dis­crète­ment selon les occa­sions, au chaos et au vide »12.
« Land­scape, mind­scape, wordscape. »
Cette for­mule pro­pose une approche plus visuelle du tra­vail géopoé­tique, à par­tir de la présence dans le lieu. Il faut con­naître le lieu, le ter­ri­toire où l’on vit ou que l’on tra­verse. Par l’effet des rap­ports com­plex­es entre le lieu et la parole13 se forme un ‘paysage men­tal’ pour l’expression duquel il ne reste plus qu’à trou­ver les mots (et les silences) appropriés.
« Eros, cos­mos, logos. »
Avec cette dernière for­mule, White dit que la présence au monde est non seule­ment faite d’information, de sit­u­a­tion dans un monde ouvert, mais aus­si, pour le plaisir de vivre, d’un rap­port éro­tique au monde — par quoi il faut com­pren­dre une fac­ulté à percevoir et à s’éjouir des sai­sisse­ments du monde naturel sous tous ses aspects. Le monde peut alors devenir un cos­mos. Sou­vent ce mot évoque les espaces extrater­restres. Il n’est pas ques­tion de les nier, mais notre monde est (pour longtemps encore) la Terre, qu’il nous faut réap­pren­dre à habiter. Ce plaisir nous vient quand nous sommes capa­bles de jouir de la beauté (c’est un des sens de cos­mos) d’un monde qui est un ordre chao­tique : « Si monde sig­ni­fie le mod­èle fixe de per­cep­tion et d’existence auquel le non-poète s’adapte plus ou moins pathologique­ment, le poète vit et pense dans un chaos-cos­mos, un chaos­mos, tou­jours inachevé, qui est le pro­duit de sa ren­con­tre immé­di­ate avec la terre et avec les choses de la terre, perçues non comme des objets, mais comme des présences. »14
Eros, c’est l’expérience esthé­tique du monde, des points de vue physique et men­tal, c’est une ouver­ture à la belle total­ité du cos­mos — dont la racine sig­ni­fie « l’univers » et « la beauté ». Erosreprésente aus­si l’énergie vitale.
Cos­mos, c’est à la fois la belle total­ité et le lieu où elle s’expérimente : Géê, la Terre — belle total­ité en elle-même ; mais cos­mos est aus­si pour White le lieu où peut naître un monde. C’est ce que vise la géopoé­tique par l’expression d’une logique éro­tique, par une parole dense et intense issue de la phu­sis (la nature) : la créa­tion d’un monde humain en har­monie joyeuse avec le monde naturel.
Logos, c’est la man­i­fes­ta­tion de la puis­sance de la phu­sis dans l’esprit et son expres­sion15.

Recours au poème : En quoi la poésie s’inscrit-elle dans le pro­jet poli­tique que pro­pose la géopoétique ?
Régis Poulet : Ken­neth White a gran­di dans un milieu très poli­tisé, avec un père cheminot et social­iste, où les dis­cus­sions allaient bon train. Plus tard, au début des années 60, de retour pour enseign­er à l’université de Glas­gow, il fon­da le Jar­gon Group, dont le but revendiqué était une révo­lu­tion cul­turelle — la révo­lu­tion cul­turelle de Mao fut proclamée quelques années plus tard, en 1966 — ou plus exacte­ment une refon­da­tion de la cul­ture. Trot­skistes et nation­al­istes affluèrent et repar­tirent aus­si vite, con­statant que le pro­pos de White était plus cul­turel que poli­tique. Il en va de même de la géopoé­tique. On aurait cepen­dant tort de con­sid­ér­er que White n’a pas de vision poli­tique, seule­ment, elle ne s’exprime pas dans des prob­lé­ma­tiques mais dans un espace plus large, celui de la géopoé­tique, où les prob­lèmes dis­parais­sent. Il a récem­ment dévelop­pé ce pro­pos dans un bref essai inti­t­ulé Let­tre ouverte du Golfe de Gascogne, qui est une cri­tique du prag­ma­tisme poli­tique, sous l’angle suiv­ant : « C’est parce que la ‘Grande édu­ca­tion’ était con­sid­érée comme trop dif­fi­cile, et parce que, dans les faits, on n’en pra­ti­quait sou­vent que la car­i­ca­ture qu’on a mis à sa place le socio­cul­turel »16.
Recours au poème : Vous dirigez l’Insti­tut inter­na­tion­al de géopoé­tique. Quels auteur.e.s accueillez-vous, et quel est le tra­vail col­lé­gial mené afin de faire con­naître la géopoé­tique ? Quels sont vos projets ?
Régis Poulet : L’Institut inter­na­tion­al de géopoé­tique, fondé en 1989 par Ken­neth White, entre dans sa trente-qua­trième année d’existence. J’ai le plaisir et l’honneur de le présider depuis dix ans. Trois décen­nies, pour un mou­ve­ment de cette nature — com­pa­ra­ble au sur­réal­isme ou au sit­u­a­tion­nisme — c’est énorme. Cela tient à la puis­sance de l’idée géopoé­tique qui sous-tend l’œuvre entière de Ken­neth White, et cela tient à sa per­son­nal­ité à la fois généreuse et exigeante, soli­taire et cor­diale autour desquelles se sont rassem­blés, pour un court ou un long chem­ine­ment, de nom­breux com­pagnons de route. Ces femmes et ces hommes sont d’horizons divers, intel­lectuelle­ment, géo­graphique­ment, soci­ologique­ment. Mais tous ont sen­ti la com­bi­nai­son rare d’un écrivain qui par­court le monde, l’aime, le voit dis­paraître sous l’immonde, qui tire de ses réflex­ions des analy­ses rad­i­cales et viv­i­fi­antes, et enfin, bien sûr, d’un poète qui ouvre la voie vers une réc­on­cil­i­a­tion avec le monde. Par­mi ces com­pagnons de route, un cer­tain nom­bre sont des auteur.e.s inspirés par l’œuvre de White, en divers lieux du monde. Cha­cun suit sa voie pro­pre sur le chemin de la géopoé­tique, à la façon des alpin­istes du Mont Ana­logue de René Dau­mal, sans per­dre de vue le sommet.
En 1996, sept ans après la fon­da­tion de l’Institut, est inter­v­enue la sec­onde étape du développe­ment stratégique de l’Institut : l’archipélisation. Je cite White dans Entre deux mon­des : « Il s’agissait de la créa­tion de cen­tres autonomes con­nec­tés. L’Institut, auquel tous ces cen­tres étaient affil­iés, resterait la source essen­tielle d’énergie intel­lectuelle, la référence pre­mière et la prin­ci­pale instance admin­is­tra­tive, mais ces cen­tres demeur­eraient indépen­dants. Je le fis pour plusieurs raisons : éviter les lour­deurs d’une admin­is­tra­tion cen­tral­isée, dynamiser le réseau, avoir des groupes tra­vail­lant en con­tact direct avec des con­textes spé­ci­fiques, dans l’esprit [d’une] local­i­sa­tion ouverte. […] J’étais par­faite­ment con­scient des dan­gers de cette archipéli­sa­tion : dilu­tion du con­cept, dis­per­sion de l’idée, développe­ment d’ambitions per­son­nelles pour exploiter les avan­tages que l’idée et le mou­ve­ment de la géopoé­tique avaient procurés, au détri­ment de la cohé­sion et de la con­cor­dance. »17
En 2016, face au con­stat de l’impossibilité de con­trôler ne serait-ce que l’utilisation du mot ‘géopoé­tique’, aus­si bien dans que hors de l’archipel, nous avons décidé de laiss­er voguer l’idée et de procéder à l’océanisation de l’Institut, lequel est devenu la référence, le phare si vous voulez, de la géopoé­tique rad­i­cale, celle qui a le poten­tiel pour refonder un monde.
Tous les mem­bres de l’Institut sont d’abord des lecteurs de Ken­neth White, avec lesquels il a d’ailleurs sou­vent eu des échanges épis­to­laires. C’est une tâche que je mène égale­ment de mon côté, en répon­dant à des ques­tions, en ori­en­tant vers des lec­tures. N’oublions pas non plus que tout livre est une let­tre adressée à des inconnu.e.s. Cer­tains répon­dent, d’autres non, mais le mou­ve­ment géopoé­tique se con­stru­it à auteur d’individus, par la lec­ture et la réflex­ion. Pour ce qui con­cerne le bureau de l’Institut, nous sommes une petite équipe soudée qui tra­vaille surtout autour de l’organisation et des projets.
Lorsque j’ai pris la suc­ces­sion de Ken­neth White à la prési­dence de l’Institut, mon pre­mier objec­tif a été de ren­dre la géopoé­tique — ou tout au moins ses textes fon­da­men­taux — plus large­ment acces­si­ble. C’est la rai­son pour laque­lle notre site web est en huit langues. Cela nous a per­mis de faire con­naître la géopoé­tique au-delà des mon­des fran­coph­o­ne et anglo­phone, où sont pub­liés la plu­part des livres de Ken­neth White. Ces dernières années, un pays a tout par­ti­c­ulière­ment man­i­festé son intérêt pour la géopoé­tique : le Brésil. J’ai par­ticipé en sep­tem­bre dernier, à Sal­vador de Bahia, au pre­mier « Sémi­naire inter­na­tion­al de géopoé­tique » organ­isé au Brésil ; fin 2022, Ken­neth White et moi avons mené avec une uni­ver­si­taire un entre­tien pour une revue brésili­enne. Un nou­veau cen­tre géopoé­tique brésilien a depuis man­i­festé le désir d’être en con­tact avec l’Institut. Notre volon­té est de faire con­naître encore plus large­ment la géopoétique.
Le développe­ment de la géopoé­tique est étroite­ment lié à cer­tains lieux que les White — Ken­neth et Marie-Claude, sa tra­duc­trice, égale­ment pho­tographe — ont fréquen­tés : Val­go­rge, en Ardèche, et Trébeur­den, dans les Côtes‑d’Armor. Val­go­rge est la com­mune où se situe la mai­son des Let­tres de Gour­gounel (197918), petite ferme que les White ont habitée tem­po­raire­ment à par­tir de 1961. C’est à Gour­gounel (nom du lieu-dit) que la géopoé­tique s’est élaborée dans l’esprit de Ken­neth White. Quant à Trébeur­den, c’est La Mai­son des marées (2005) ou L’Ermitage des brumes (2005), c’est l’Atelier atlan­tique où vivent et tra­vail­lent les White depuis les années 80 et où la théorie géopoé­tique s’est dévelop­pée. Nos pro­jets s’inscrivent dans ces deux lieux. En 2019, nous avons inau­guré une « Mai­son géopoé­tique Ken­neth White » à Val­go­rge, inau­gu­ra­tion surtout sym­bol­ique puisqu’un vaste événe­ment viral a tout mis à l’arrêt, et nous sommes en train de relancer ce pro­jet. A Trébeur­den, les choses sont déjà bien avancées puisque nous organ­isons les 15 et 16 juil­let 2023 les pre­mières « Ren­con­tres géopoé­tiques Ken­neth White » sur la superbe Côte de Gran­it Rose. Le pro­gramme sera pub­lié au print­emps sur le site de l’Institut, dans les « Nou­velles géopoé­tiques », mais les grandes lignes en sont déjà con­nues : nous pro­poserons des con­férences (notam­ment de Ken­neth White), des lec­tures, des expo­si­tions, des films et un con­cert. Cet événe­ment est ouvert à toutes et tous et nous espérons que vos lec­tri­ces et lecteurs seront présents en nombre.

Le nomadisme intel­lectuel de Ken­neth White en Ori­ent Inter­na­tion­al, Con­fer­ence on Ken­neth White RSE-Fund­ed Research Net­work in Exis­ten­tial Phi­los­o­phy and Lit­er­a­ture Fran­co-Scot­tish Lit­er­ary Exchanges: Trans­la­tion, Dias­po­ra and Nomad Thought, 1er décem­bre 2018.

A paraître en 2023 : Régis Poulet, Gondawana, Nan­cy, Isolato.

Notes

[1] Grâce à son étude Segalen, théorie et pra­tique du voy­age (Alfred Eibel, 1979).

[2] Pour celles et ceux qui voudraient aller plus loin, j’ai longue­ment étudié ces aspects dans ma thèse de lit­téra­ture com­parée au titre d’inspiration niet­zschéenne L’Orient : généalo­gie d’une illu­sion (PU du Septen­tri­on, Lille, 2002). Quelques chapitres y sont con­sacrés à Ken­neth White. Plus tard, je suis revenu sur ce sujet, notam­ment pour la revue Europe (numéro de juin-juil­let 2010) : « Ori­ent et Occi­dent : la révo­lu­tion tran­quille de Ken­neth White » qu’on peut lire sur le site de l’Institut inter­na­tion­al de géopoé­tique ; et lors de divers col­lo­ques (notam­ment « Du man­dala à l’atopie — l’expérience urbaine extrême de Ken­neth White »).

[3] Je pré­cise égale­ment que White a exploré la plu­part des lieux géo­graphiques qu’il évoque, mais cer­tains lieux de l’esprit n’existent plus que ou n’ont jamais existé ailleurs que dans des œuvres lues ou vues.

[4] Ken­neth White, Entre deux mon­des, Le Mot et le reste, 2021, pp. 191–192.

[5] Ken­neth White, L’Esprit nomade, Gras­set, Le Livre de Poche, 1983, p. 396.

[6] Ken­neth White, Panora­ma géopoé­tique, entre­tiens avec Régis Poulet, ERR, 2014, p. 24.

[7] Ken­neth White, Une cos­molo­gie de l’énergie, entre­tiens avec Lau­rent Brunet, Revue Lisières, 2014, n°27.

[8] Voir les col­lab­o­ra­tions de Ken­neth White, notam­ment pour la réal­i­sa­tion de plus de cent livres d’artistes ; voir égale­ment les écrits sur l’art de White, comme son mag­nifique Hokusaï ou l’horizon sen­si­ble — prélude à une esthé­tique du monde (Ter­rain vague, 1990 ; L’Atelier con­tem­po­rain, 2021).

[9] C’est un sujet sur lequel je travaille.

[10] Le Cen­tre chilien d’études géopoé­tiques est tout par­ti­c­ulière­ment axé sur l’architecture.

[11] ‘Géopoéti­cien’ (sur le mod­èle du logi­cien qui suit le logos du monde) s’impose sur ‘géopoète’ de la même façon que ‘géopoé­tique’ s’impose sur ‘géopoésie’. Deux cita­tions pour doc­u­menter cela : « C’est ici que le nomade intel­lectuel se mue en géopoéti­cien — je dis géopoéti­cien, comme on dirait logi­cien ou math­é­mati­cien, afin d’indi­quer à la fois une sor­tie des ornières et des marécages de ce que l’on nomme ordi­naire­ment « poésie » de nos jours, et un champ de lan­gage général où pour­raient se retrou­ver ces lan­gages séparés que sont ceux de la sci­ence, de la philoso­phie et de la poésie », Ken­neth White, extrait du dis­cours inau­gur­al de la 25ème Bien­nale de Poésie, Liège, 2007. « C’est une des raisons pour lesquelles je tiens à dire « géopoéti­cien », et non pas « géopoète », mot qui lais­serait la porte ouverte à toute une poésie vague­ment géo­graphique (préférable certes à tant de fan­taisies per­son­nelles, mais ne menant pas très loin), mais, surtout, mot restric­tif, qui can­ton­nerait la géopoé­tique dans la poésie alors que son champ d’ap­pli­ca­tion est beau­coup plus éten­du », Autre Sud, n°45, Juin 2009, p. 37.

[12] Post­face de Ken­neth White à mon recueil Plank­tos (Iso­la­to, 2018).

[13] Je cite ici le titre d’un essai de Ken­neth White qui per­met d’aborder la ques­tion (Le Lieu et la Parole — entre­tiens 1987–1997, Édi­tions du Scorff, 1997). Celles et ceux qui voudraient pro­longer la réflex­ion liront avec prof­it : Ken­neth White & Jeff Mal­pas, The Fun­da­men­tal Field — Thought, Poet­ics, World (Edin­burgh Uni­ver­si­ty Press, 2021).

[14] Ken­neth White, La Fig­ure du dehors (1ere éd. Gras­set, 1982), Mar­seille, Le Mot et le reste, 2014, p. 53.

[15] C’est ce que fait White dans le poème « La logique de la baie de Lan­nion », où la « logique » en ques­tion est celle du Logos des Pré­socra­tiques — ou Pri­mor­diaux comme il les nomme (in Les Rives du silence, Mer­cure de France, 1997).

[16] Ken­neth White, Let­tre ouverte du Golfe de Gascogne — quelques pro­pos inso­lites sur la société, la cul­ture et la vie de l’esprit, Édi­tions Zortziko, Faire/Face n°1, 2021, p. 45.

[17] Op. cit., p. 448.

[18] La pre­mière pub­li­ca­tion, en anglais, est cepen­dant antérieure de treize ans : Let­ters from Gour­gounel (Jonathan Cape, 1966).

Présentation de l’auteur

Régis Poulet

Enseignant et chercheur, géo­logue et doc­teur ès let­tres, nat­u­ral­iste par pas­sion, Régis Poulet est depuis 2013 prési­dent de l’Institut inter­na­tion­al de géopoé­tique, il est poète et auteur d’essais transdisciplinaires.

Bibliographie 

Essais :



L’Orient : généalogie d’une illusion, Lille, Presses universitaires du Septentrion, 2002

Dictionnaire des idées reçues sur l’Asie et l’Orient, Le Zaporogue, 2009

Panorama géopoétique — Entretiens avec Kenneth White, Lapoutroie, ERR, 2014

Le vol du Harfang des neiges — des grottes peintes à la géopoétique, Lapoutroie, ERR, 2015
La Métamorphose d’un monde — une approche géologique de la géopoétique, Nancy, Isolato, à paraître en 2023

Poèmes :



Planktos, Nancy, Isolato, 2018

Gondawana, Nan­cy, Iso­la­to, à paraître en 2023

Poèmes choi­sis

Autres lec­tures

À la racine de la Terre : une poétique — Entretien avec Régis Poulet

Régis Poulet est enseignant et chercheur, géo­logue, doc­teur ès let­tres, et nat­u­ral­iste par pas­sion. Depuis 2013 il pré­side l’Institut inter­na­tion­al de géopoé­tique, mais il est égale­ment poète et auteur d’essais trans­dis­ci­plinaires.  Il a accep­té d’évo­quer avec nous […]

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Carole Mesrobian

Car­ole Car­cil­lo Mes­ro­bian est poète, cri­tique lit­téraire, revuiste, per­formeuse, éditrice et réal­isatrice. Elle pub­lie en 2012 Foulées désul­toires aux Edi­tions du Cygne, puis, en 2013, A Con­tre murailles aux Edi­tions du Lit­téraire, où a paru, au mois de juin 2017, Le Sur­sis en con­séquence. En 2016, La Chou­croute alsa­ci­enne paraît aux Edi­tions L’âne qui butine, et Qomme ques­tions, de et à Jean-Jacques Tachd­jian par Van­i­na Pin­ter, Car­ole Car­ci­lo Mes­ro­bian, Céline Delavaux, Jean-Pierre Duplan, Flo­rence Laly, Chris­tine Tara­nov,  aux Edi­tions La chi­enne Edith. Elle est égale­ment l’au­teure d’Aper­ture du silence (2018) et Onto­genèse des bris (2019), chez PhB Edi­tions. Cette même année 2019 paraît A part l’élan, avec Jean-Jacques Tachd­jian, aux Edi­tions La Chi­enne, et Fem mal avec Wan­da Mihuleac, aux édi­tions Tran­signum ; en 2020 dans la col­lec­tion La Diag­o­nale de l’écrivain, Agence­ment du désert, paru chez Z4 édi­tions, et Octo­bre, un recueil écrit avec Alain Bris­si­aud paru chez PhB édi­tions. nihIL, est pub­lié chez Unic­ité en 2021, et De nihi­lo nihil en jan­vi­er 2022 chez tar­mac. A paraître aux édi­tions Unic­ité, L’Ourlet des murs, en mars 2022. Elle par­ticipe aux antholo­gies Dehors (2016,Editions Janus), Appa­raître (2018, Terre à ciel) De l’hu­main pour les migrants (2018, Edi­tions Jacques Fla­mand) Esprit d’ar­bre, (2018, Edi­tions pourquoi viens-tu si tard), Le Chant du cygne, (2020, Edi­tions du cygne), Le Courage des vivants (2020, Jacques André édi­teur), Antholo­gie Dire oui (2020, Terre à ciel), Voix de femmes, antholo­gie de poésie fémi­nine con­tem­po­raine, (2020, Pli­may). Par­al­lèle­ment parais­sent des textes inédits ain­si que des cri­tiques ou entre­tiens sur les sites Recours au Poème, Le Cap­i­tal des mots, Poe­siemuz­icetc., Le Lit­téraire, le Salon Lit­téraire, Décharge, Tex­ture, Sitaud­is, De l’art helvé­tique con­tem­po­rain, Libelle, L’Atelier de l’ag­neau, Décharge, Pas­sage d’en­cres, Test n°17, Créa­tures , For­mules, Cahi­er de la rue Ven­tu­ra, Libr-cri­tique, Sitaud­is, Créa­tures, Gare Mar­itime, Chroniques du ça et là, La vie man­i­feste, Fran­copo­lis, Poésie pre­mière, L’Intranquille., le Ven­tre et l’or­eille, Point con­tem­po­rain. Elle est l’auteure de la qua­trième de cou­ver­ture des Jusqu’au cœur d’Alain Bris­si­aud, et des pré­faces de Mémoire vive des replis de Mar­i­lyne Bertonci­ni et de Femme con­serve de Bluma Finkel­stein. Auprès de Mar­i­lyne bertonci­ni elle co-dirige la revue de poésie en ligne Recours au poème depuis 2016. Elle est secré­taire générale des édi­tions Tran­signum, dirige les édi­tions Oxy­bia crées par régis Daubin, et est con­cep­trice, réal­isatrice et ani­ma­trice de l’émis­sion et pod­cast L’ire Du Dire dif­fusée sur radio Fréquence Paris Plurielle, 106.3 FM.

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