Eric Dubois, L’Homme qui entendait des voix

Par |2019-10-07T20:16:39+02:00 6 septembre 2019|Catégories : Eric Dubois, Essais & Chroniques|

Quand un poète devient romanci­er, il écrit L’Homme qui entendait des voix. A plusieurs égards, ce réc­it, auto­bi­ogra­phie inclass­able est remarquable.

Le sujet abor­dé témoigne d’un grand courage, d’une grande hon­nêteté ain­si que d’un altru­isme qui a porté Eric Dubois de bout en bout de la rédac­tion de ces pages. Il y évoque la schiz­o­phrénie, ce trou­ble dont per­son­ne n’ose par­ler. On cache encore la mal­adie, surtout lorsqu’elle touche nos fonc­tion­nements cog­ni­tifs. Mais il n’en est rien ici, avec cette écri­t­ure que l’on con­naît déjà, l’auteur évoque des années de souf­frances, de courage, d’intelligence, et sa vic­toire, à force d’adaptation, et d’honnêteté face à lui-même.

Un livre de très belle fac­ture. On attend donc une his­toire, une resti­tu­tion du quo­ti­di­en d’un pro­tag­o­niste, une fic­tion, pourquoi pas. L’appareil tutélaire et les dis­posi­tifs para­textuels posent un hori­zon d’attente assez iden­ti­fi­able : un réc­it de vie, clas­si­fi­ca­tion générique qui d’ailleurs appa­raît sous le titre. Mais le poète va sur­pren­dre, et façon­ner son auto­bi­ogra­phie de manière inédite…

Eric Dubois, L’homme qui entendait des voix, Edi­tions Unic­ité, 53 pages, 13 €.

Il struc­ture son dis­cours grâce à des ques­tions, qu’il se pose à lui-même, et qui lui per­me­t­tent d’avancer au fil de thé­ma­tiques qui ne suiv­ent pas une chronolo­gie par­ti­c­ulière, mais se déploie de manière par­a­dig­ma­tique… Cette voix, celle de celui qui s’interroge, peut tout à fait être envis­agée comme une des voix que l’auteur a enten­dues… Mise en œuvre qui devient en même temps allé­gorique du trouble.

Et juste­ment, pou­vait-on ren­dre compte de ceci, la schiz­o­phrénie, grâce à un lan­gage dévolu à une resti­tu­tion du réel, à la mimé­sis, à la fonc­tion référen­tielle…? Cela sem­ble dif­fi­cile à moins de vouloir se con­tenter d’un réc­it qui serait bien enten­du à même de pro­pos­er un descrip­tif émanant de la volon­té de bross­er un quo­ti­di­en, certes sou­vent dif­fi­cile, mais don­né à con­naître dans les détails d’une vie. Or il ne s’agit pas de don­ner à con­naître. C’est tout le con­traire. Il s’agit de faire com­pren­dre, de touch­er pour émou­voir. Alors, quoi de plus à même de restituer l’amplitude de cette exis­tence, que cette prose que nous pou­vons tout à fait qual­i­fi­er de poé­tique ? L’écriture d’Eric Dubois révèle les non-dits, parce que poé­tique, touche au plus pro­fond de nos âmes l’humain, la fra­ter­nité, ceci de nous qui est Eric Dubois. Le traite­ment syn­tax­ique et les choix par­a­dig­ma­tiques per­me­t­tent ce tra­vail de la langue, lui offrent une réversibil­ité, une ampleur et une lib­erté révéla­tri­ces de tout ce que l’existence porte d’émotions, d’odeurs, de sen­ti­ments, et de ce poids immense d’un temps passé à rester debout, ten­ter de vivre, d’aménager un quo­ti­di­en qui dérape sou­vent, mais laisse appa­raître une voie, celle d’écrire.

On con­naît l’œuvre poé­tique d’Eric Dubois, ses recueils, émail­lés de per­les et de bijoux séman­tiques. Voilà une explo­ration sup­plé­men­taire, L’Homme qui entendait des voix, impor­tant parce que témoignage d’une âme à laque­lle on ouvre l’immensité de la page, qui y effleure l’immanence de l’être, et le don du partage, plus haut que l’anecdotique, pour touch­er à l’essence même d’une expéri­ence partagée.

Présentation de l’auteur

Eric Dubois

Eric Dubois est né en 1966 à Paris. Auteur, lecteur-réc­i­­tant et per­formeur avec l’association Hélices et le Club-Poésie de Champigny sur Marne. Auteur de plusieurs recueils dont « L’âme du pein­tre » ( pub­lié en 2004) , « Cat­a­stro­phe Intime » (2005), « Laboureurs » (2006), « Pous­sières de plaintes »(2007) , « Robe de jour au bout du pavé »(2008), « Allée de la voûte »(2008), « Les mains de la lune » »(2009), « Ce que dit un naufrage »(2012) aux édi­tions Encres Vives, « Estu­aires »(2006) aux édi­tions Hélices ( réédité aux édi­tions Encres Vives en 2009), « C’est encore l’hiv­er » (2009), « Radi­ogra­phie », « Mais qui lira le dernier poème ? »  (2011) aux édi­tions Publie.net, « Mais qui lira le dernier poème ?  »  (2012) aux édi­tions Publie.papier, “Entre gouf­fre et lumière ” (2010) aux édi­tions L’Har­mat­tan , « Le canal », « Récur­rences » (2004) , « Acrylic blues »(2002) aux édi­tions Le Man­u­scrit, entre autres. 

Textes inédits dans les antholo­gies  Et si le rouge n ‘exis­tait pas ( Edi­tions Le Temps des Ceris­es, 2010) et Nous, la mul­ti­tude ( Edi­tions Le Temps des Ceris­es, 2011), Pour Haĩti ( Edi­tions Desnel, 2010) , Poètes pour Haĩti (L’Har­mat­tan, 2011) Les 807, sai­son 2 ( Publie.net, 2012), Dans le ven­tre des femmes ( Bsc Pub­lish­ing, 2012) … Par­tic­i­pa­tions à des revues : « Les Cahiers de la Poésie », « Comme en poésie », « Résur­rec­tion », « Libelle », «Décharge », « Poésie/première », « Les Cahiers du sens », « Les Cahiers de poésie », « Mouvances.ca », « Des rails », « Cour­ri­er Inter­na­tion­al de la Fran­cophilie »… Respon­s­able de la revue de poésie « Le Cap­i­tal des Mots ».

 

http://le-capital-des-mots.fr

http://ericdubois.info

http://ericdubois.net

Crédit Pho­to : © Frédéric Vignale.

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Car­ole Car­cil­lo Mes­ro­bian est poète, cri­tique lit­téraire, revuiste et per­formeuse. Elle pub­lie en 2012 Foulées désul­toires aux Edi­tions du Cygne, puis, en 2013, A Con­tre murailles aux Edi­tions du Lit­téraire, où a paru, au mois de juin 2017, Le Sur­sis en con­séquence. En 2016, La Chou­croute alsa­ci­enne paraît aux Edi­tions L’âne qui butine, et Qomme ques­tions, de et à Jean-Jacques Tachd­jian par Van­i­na Pin­ter, Car­ole Car­ci­lo Mes­ro­bian, Céline Delavaux, Jean-Pierre Duplan, Flo­rence Laly, Chris­tine Tara­nov,  aux Edi­tions La chi­enne Edith. Elle est égale­ment l’au­teure d’Aper­ture du silence (2018) et Onto­genèse des bris (2019), chez PhB Edi­tions. Cette même année 2019 paraît A part l’élan, avec Jean-Jacques Tachd­jian, aux Edi­tions La Chi­enne, et Fem mal avec Wan­da Mihuleac, aux édi­tions Tran­signum ; en 2020 dans la col­lec­tion La Diag­o­nale de l’écrivain, Agence­ment du désert, paru chez Z4 édi­tions, et Octo­bre, un recueil écrit avec Alain Bris­si­aud paru chez PhB édi­tions. Elle par­ticipe aux antholo­gies Dehors (2016,Editions Janus), Appa­raître (2018, Terre à ciel) De l’hu­main pour les migrants (2018, Edi­tions Jacques Fla­mand) Esprit d’ar­bre, (2018, Edi­tions pourquoi viens-tu si tard), Le Chant du cygne, (2020, Edi­tions du cygne), Le Courage des vivants (2020, Jacques André édi­teur), Antholo­gie Dire oui (2020, Terre à ciel), Voix de femmes, antholo­gie de poésie fémi­nine con­tem­po­raine, (2020, Pli­may). Par­al­lèle­ment parais­sent des textes inédits ain­si que des cri­tiques ou entre­tiens sur les sites Recours au Poème, Le Cap­i­tal des mots, Poe­siemuz­icetc., Le Lit­téraire, le Salon Lit­téraire, Décharge, Tex­ture, Sitaud­is, De l’art helvé­tique con­tem­po­rain, Libelle, L’Atelier de l’ag­neau, Décharge, Pas­sage d’en­cres, Test n°17, Créa­tures , For­mules, Cahi­er de la rue Ven­tu­ra, Libr-cri­tique, Sitaud­is, Créa­tures, Gare Mar­itime, Chroniques du ça et là, La vie man­i­feste, Fran­copo­lis, Poésie pre­mière, L’Intranquille., le Ven­tre et l’or­eille, Point con­tem­po­rain. Elle est l’auteure de la qua­trième de cou­ver­ture des Jusqu’au cœur d’Alain Bris­si­aud, et des pré­faces de Mémoire vive des replis de Mar­i­lyne Bertonci­ni et de Femme con­serve de Bluma Finkel­stein. Auprès de Mar­i­lyne bertonci­ni elle co-dirige la revue de poésie en ligne Recours au poème depuis 2016. Elle est secré­taire générale des édi­tions Tran­signum dirigées par Wan­da Mihuleac.
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