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Eric Dubois, L’Homme qui entendait des voix

Par |2019-09-20T18:57:35+02:00 6 septembre 2019|Catégories : Eric Dubois, Essais & Chroniques|

Quand un poète devient roman­cier, il écrit L’Homme qui enten­dait des voix. A plu­sieurs égards, ce récit, auto­bio­gra­phie inclas­sable est remar­quable.

Le sujet abor­dé témoigne d’un grand cou­rage, d’une grande hon­nê­te­té ain­si que d’un altruisme qui a por­té Eric Dubois de bout en bout de la rédac­tion de ces pages. Il y évoque la schi­zo­phré­nie, ce trouble dont per­sonne n’ose par­ler. On cache encore la mala­die, sur­tout lorsqu’elle touche nos fonc­tion­ne­ments cog­ni­tifs. Mais il n’en est rien ici, avec cette écri­ture que l’on connaît déjà, l’auteur évoque des années de souf­frances, de cou­rage, d’intelligence, et sa vic­toire, à force d’adaptation, et d’honnêteté face à lui-même.

Un livre de très belle fac­ture. On attend donc une his­toire, une res­ti­tu­tion du quo­ti­dien d’un pro­ta­go­niste, une fic­tion, pour­quoi pas. L’appareil tuté­laire et les dis­po­si­tifs para­tex­tuels posent un hori­zon d’attente assez iden­ti­fiable : un récit de vie, clas­si­fi­ca­tion géné­rique qui d’ailleurs appa­raît sous le titre. Mais le poète va sur­prendre, et façon­ner son auto­bio­gra­phie de manière inédite…

Eric Dubois, L’homme qui enten­dait des voix, Editions Unicité, 53 pages, 13 €.

Il struc­ture son dis­cours grâce à des ques­tions, qu’il se pose à lui-même, et qui lui per­mettent d’avancer au fil de thé­ma­tiques qui ne suivent pas une chro­no­lo­gie par­ti­cu­lière, mais se déploie de manière para­dig­ma­tique… Cette voix, celle de celui qui s’interroge, peut tout à fait être envi­sa­gée comme une des voix que l’auteur a enten­dues… Mise en œuvre qui devient en même temps allé­go­rique du trouble.

Et jus­te­ment, pou­vait-on rendre compte de ceci, la schi­zo­phré­nie, grâce à un lan­gage dévo­lu à une res­ti­tu­tion du réel, à la mimé­sis, à la fonc­tion réfé­ren­tielle…? Cela semble dif­fi­cile à moins de vou­loir se conten­ter d’un récit qui serait bien enten­du à même de pro­po­ser un des­crip­tif éma­nant de la volon­té de bros­ser un quo­ti­dien, certes sou­vent dif­fi­cile, mais don­né à connaître dans les détails d’une vie. Or il ne s’agit pas de don­ner à connaître. C’est tout le contraire. Il s’agit de faire com­prendre, de tou­cher pour émou­voir. Alors, quoi de plus à même de res­ti­tuer l’amplitude de cette exis­tence, que cette prose que nous pou­vons tout à fait qua­li­fier de poé­tique ? L’écriture d’Eric Dubois révèle les non-dits, parce que poé­tique, touche au plus pro­fond de nos âmes l’humain, la fra­ter­ni­té, ceci de nous qui est Eric Dubois. Le trai­te­ment syn­taxique et les choix para­dig­ma­tiques per­mettent ce tra­vail de la langue, lui offrent une réver­si­bi­li­té, une ampleur et une liber­té révé­la­trices de tous ce que l’existence porte d’émotions, d’odeurs, de sen­ti­ments, et de ce poids immense d’un temps pas­sé à res­ter debout, ten­ter de vivre, d’aménager un quo­ti­dien qui dérape sou­vent, mais laisse appa­raître une voie, celle d’écrire.

On connaît l’œuvre poé­tique d’Eric Dubois, ses recueils, émaillés de perles et de bijoux séman­tiques. Voilà une explo­ra­tion sup­plé­men­taire, L’Homme qui enten­dait des voix, impor­tant parce que témoi­gnage d’une âme à laquelle on ouvre l’immensité de la page, qui y effleure l’immanence de l’être, et le don du par­tage, plus haut que l’anecdotique, pour tou­cher à l’essence même d’une expé­rience par­ta­gée.

Présentation de l’auteur

Eric Dubois

Eric Dubois est né en 1966 à Paris. Auteur, lec­­teur-réci­­tant et per­for­meur avec l’association Hélices et le Club-Poésie de Champigny sur Marne. Auteur de plu­sieurs recueils dont « L’âme du peintre » ( publié en 2004) , « Catastrophe Intime » (2005), « Laboureurs » (2006), « Poussières de plaintes »(2007) , « Robe de jour au bout du pavé »(2008), « Allée de la voûte »(2008), « Les mains de la lune » »(2009), « Ce que dit un nau­frage »(2012) aux édi­tions Encres Vives, « Estuaires »(2006) aux édi­tions Hélices ( réédi­té aux édi­tions Encres Vives en 2009), « C’est encore l’hiver » (2009), « Radiographie », « Mais qui lira le der­nier poème ? »  (2011) aux édi­tions Publie​.net, « Mais qui lira le der­nier poème ?  »  (2012) aux édi­tions Publie.papier, “Entre gouffre et lumière ” (2010) aux édi­tions L’Harmattan , « Le canal », « Récurrences » (2004) , « Acrylic blues »(2002) aux édi­tions Le Manuscrit, entre autres.    

Textes inédits dans les antho­lo­gies  Et si le rouge n ‘exis­tait pas ( Editions Le Temps des Cerises, 2010) et Nous, la mul­ti­tude ( Editions Le Temps des Cerises, 2011), Pour Haĩti ( Editions Desnel, 2010) , Poètes pour Haĩti (L’Harmattan, 2011) Les 807, sai­son 2 ( Publie​.net, 2012), Dans le ventre des femmes ( Bsc Publishing, 2012) … Participations à des revues : « Les Cahiers de la Poésie », « Comme en poé­sie », « Résurrection », « Libelle », « Décharge », « Poésie/​​première », « Les Cahiers du sens », « Les Cahiers de poé­sie », « Mouvances​.ca », « Des rails », « Courrier International de la Francophilie »… Responsable de la revue de poé­sie « Le Capital des Mots ».

 

http://le-capital-des-mots.fr

http://​eric​du​bois​.info

http://​eric​du​bois​.net

Crédit Photo : © Frédéric Vignale.

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Carole Mesrobian

Carole Carcillo Mesrobian est née à Boulogne en 1966. Elle réside en région pari­sienne. Professeure de Lettres Modernes et Classiques, elle pour­suit des recherches au sein de l’école doc­to­rale de lit­té­ra­ture de l’Université Denis Diderot. Elle publie en 2012 Foulées désul­toires aux Editions du Cygne, puis, en 2013, A Contre murailles aux Editions du Littéraire, où a paru, au mois de juin 2017, Le Sursis en consé­quence. En 2016, La Choucroute alsa­cienne paraît aux Editions L’âne qui butine, et Qomme ques­tions, de et à Jean-Jacques Tachdjian par Vanina Pinter, Carole Carcilo Mesrobian, Céline Delavaux, Jean-Pierre Duplan, Florence Laly, Christine Taranov,  aux Editions La chienne Edith. En 2018, elle publie Aperture du silence, chez PhB Editions​.et en 2019, A part l'élan, avec Jean-Jacques Tachdjian, aux Editions La Chienne. Parallèlement paraissent des textes inédits ain­si que des cri­tiques ou entre­tiens sur les sites Recours au Poème, Le Capital des mots, Poesiemuzicetc., Le Littéraire, le Salon Littéraire, Décharge, Texture, Sitaudis, De l’art hel­vé­tique contem­po­rain. Elle publie des articles ou des textes cri­tiques dans des revues papier telles que Libelle, L’Atelier de l'agneau, Décharge, Passage d'encres, Test n°17, Créatures , Formules, Cahier de la rue Ventura, Libr-cri­tique, Sitaudis, Créatures, Gare Maritime, Chroniques du ça et là, La vie mani­feste et Francopolis. Elle est l’auteure de la qua­trième de cou­ver­ture des Jusqu’au cœur d’Alain Brissiaud, et de nom­breuses notes de lec­ture, entre­tiens et articles, publiés sur le site Recours au Poème.