> Gérard Bocholier, le Poème spirituel

Gérard Bocholier, le Poème spirituel

Par | 2018-01-06T12:51:42+00:00 22 septembre 2014|Catégories : Critiques, Gérard Bocholier|

     Que la poé­sie ait quelque chose à voir avec le mys­tère, l’invisible, l’ineffable, cela ne fait aucun doute. Le poète Jean-Pierre Lemaire l’a bien expo­sé dans son livre Marcher dans la neige (édi­tions Bayard). Mais un autre poète chré­tien, Jean-Pierre Bocholier, va encore plus loin dans un petit livre de médi­ta­tions et d’aphorismes. « Tout écri­ture poé­tique, affirme-t-il d’emblée, n’est-elle pas exer­cice spi­ri­tuel dans la mesure où le tra­vail de la langue est aus­si tra­vail sur soi-même, dans le sens aus­si où, plus ou moins confu­sé­ment, le poète sait qu’il doit s’effacer devant quelque chose – ou quelqu’un – de plus grand et de plus fort que lui ? ».

Ce « quelqu’un », pour Gérard Bocholier, c’est Dieu lui-même, qu’il ne désigne pas comme tel mais qu’il appelle, dans son livre,  la « Présence » ou la « Source », rejoi­gnant ain­si les propres intui­tions ou convic­tions du poète et phi­lo­sophe suisse Georges Haldas dans ses car­nets sur l’Etat de poé­sie. Bocholier parle ain­si du « retour à la source qui pal­pite au fond de nous » mais, dépas­sant les pro­pos de Georges Haldas, pousse sa démons­tra­tion jusqu’à par­ler de  poète « visi­té », de poète « porte-parole », appe­lé à « res­ti­tuer » ce qui est « ins­crit, déjà, au plus intime ». Car, au bout du compte, affirme Bocholier, « la poé­sie doit don­ner faim (…) aigui­ser l’appétit spi­ri­tuel ». C’est même, selon lui, l’antichambre de la prière.

     Il faut, pour cela, « l’attention la plus aiguë » et savoir se mettre en quête de signes. « Il faut si peu de choses, affirme l’auteur, pour qu’il y ait un signe : éclair de soleil, échap­pée de vent, fris­son d’herbe sur un tertre ». Ce n’est pas l’apanage des seuls poètes chré­tiens. Gérard Bocholier en convient mais note que si cer­tains auteurs « par­viennent sur le seuil de l’invisible », ils en res­tent fina­le­ment à la porte. Ainsi nous parle-t-il de Philippe Jaccottet qui « per­çoit des mes­sages de lumière mais s’avoue inca­pable de recon­naître leur signa­ture ». Même constat pour Pierre-Albert Jourdan qui « n’a pas su recueillir de mes­sage, tout juste quelques appels à un pro­grès inté­rieur ».

      Les réfé­rences pour Bocholier s’appellent Jean de La Croix, Maître Eckhart, sœur Catherine-Marie de la Trinité, Hadewijch d’Anvers ou Angelus Silesius (« Dieu est un orga­niste et nous sommes l’orgue »). En clair, une cer­taine veine mys­tique, mais qui ne s’affranchit pas du réel. Bien au contraire. Gérard Bocholier insiste : « Tout le réel inté­resse le poète, sans exclu­sive, la mer­veille en tous ses éclats ». Et d’ajouter : « Il ne s’agit aucu­ne­ment d’oublier le réel, mais au contraire de le vivre, de le sen­tir d’une manière sur­ai­guë ». Un réel que le poète doit dire et « non le décrire le mimer ou le recen­ser, de façon à faire appa­raître la part d’invisible qui est en lui ».

     Restent les limites du lan­gage poé­tique lui-même « mal­gré les efforts du poète qui polit, affine, aiguise, lave à grande eau la matière du lan­gage ». C’est dans la conscience de ces limites-là que le poète mesure aus­si, plei­ne­ment, le poids de cette « pré­sence » qui le dépasse.

Notre ami et col­la­bo­ra­teur Gérard Bocholier vient aus­si de faire paraître deux ouvrages : L’Ordre du silence /​ La marche de l’aube

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