> Gérard Bocholier, Psaumes de la foi vive

Gérard Bocholier, Psaumes de la foi vive

Par |2019-09-25T08:03:25+01:00 1 septembre 2019|Catégories : Critiques, Gérard Bocholier|

Le poème prière

L’actualité de Gérard Bocholier est impor­tante et porte sur deux livres de poé­sie publiés ce prin­temps, dont l’un est pro­duit par l’éditeur Ad Solem, qui est connu pour son tra­vail autour de la poé­sie en lien avec la spi­ri­tua­li­té.

C’est ain­si que les Psaumes de la foi vive couvrent un volume de poèmes que je crois pou­voir sépa­rer en dif­fé­rentes litur­gies : la litur­gie de la Toussaint, la litur­gie de Pâques, de Noël et de l’Épiphanie, et pour finir le rituel de la prière ou une adresse à la mys­ti­ci­té. D’où  l’impression per­sis­tante de lire une sorte de « poème-prière »qui offri­rait la satié­té et une espèce de fin appe­lée ici : une foi vive.

Oui, on assiste tout au long du livre à une spi­ri­tua­li­sa­tion du monde que le poème rend acces­sible, à la confiance dans une cer­taine reli­gio­si­té d’un homme évo­quant Dieu ou la mort, Dieu ou l’amour, Dieu ou l’incarnation.

Psaumes de la foi vive, Gérard Bocholier,
éd. Ad Solem, 2019, 16€

 

 

Déliez toutes mes entraves
Tout croyant est un nomde
En route vers la nais­sance
En route vers ton étable

Tu es le men­diant qui marche
Le sable vêtu de vent
La pluie au cœur du jas­min
La neige fleu­rie d’étoiles

 

Cette conver­sa­tion ana­go­gique consti­tuée d’éléments rele­vant de la méta­phy­sique intime du poète, se charge néan­moins de la réa­li­té phy­sique en tant que preuve sup­plé­men­taire pour croire et espé­rer, pour croire et prier. Le poème ain­si agran­dit le monde à la mesure de la divi­ni­té- foi qui n’oublie pas l’homme et sa quête – en une sorte de carême ner­veux que libère la forme poé­tique, et nous laisse entre­voir com­ment croire est mieux une ques­tion qu’une réponse, une éthique de l’humilité plu­tôt qu’un lien comp­table et inté­res­sé au divin. L’évocation, du reste, des Évangiles, et assez peu de l’Ancien Testament, est le plus sou­vent une appro­pria­tion du monde par le livre, où le monde est sai­si par la poé­sie. Gérard Bocholier sui­vant à sa manière l’œuvre fine et sacrée de l’Évangile, arrive devant le texte en deman­dant l’essentiel, en regar­dant vers le meilleur de soi, sans appuyer sa vraie connais­sance du Texte par orgueil ou faci­li­té de la pen­sée.

 

Encombré comme je suis
Par tant de feux et de cendres
Pourrai-je faire une place
Àton amour infi­ni  ?

Il te faut si peu de place
De la paille un bout de table
Dans une auberge la nuit
Le creux dun cœur misérable

 

Et que cela soit le Christ jar­di­nier du poème, le Christ àla souf­france de la croyance, seule importe la prière en son par­achè­ve­ment mys­tique. L’espoir d’une vie après la mort, qui se tra­duit sur­tout par un espoir en la résur­rec­tion, c’est la sur­vie la plus haute du croyant. Le poète doit donc don­ner corps et contour, grâce à l’espoir pur dans un ciel sans ombre, à l’adresse dès lors d’une plainte d’amour.

 

Ma vie aura res­sem­blé
À la rose­raie dautomne
Des par­fums des feuilles mortes
Des mains de soleil et dombre

Jai fait la même réponse
Jusquau bout veilleur infirme
Au jar­din de ton angoisse
Tu sais bien que je taimais

Présentation de l’auteur

Gérard Bocholier

Gérard Bocholier est né en 1947 à Clermont-Ferrand, il a fait ses études dans cette ville où il a ensuite ensei­gné la lit­té­ra­ture fran­çaise en classe de lettres supé­rieures. Originaire d’une famille de vigne­rons de la Limagne et franc-com­­tois par sa mère, il a pas­sé son enfance et sa jeu­nesse dans le vil­lage de Monton, au sud de Clermont-Ferrand, qu’il évoque dans son livre Le Village empor­té, paru en 2013 aux édi­tions L’Arrière-Pays.

En 1971, il a reçu des mains de Marcel Arland, direc­teur de la NRF, le prix Paul Valéry réser­vé à un étu­diant. La lec­ture de Pierre Reverdy, à qui il consacre un essai en 1984, Pierre Reverdy le phare obs­cur (Champ Vallon) déter­mine défi­ni­ti­ve­ment sa voca­tion de poète. Il com­mence à publier des volumes de vers aux édi­tions Rougerie, le pre­mier : Le Vent et l’homme en 1976. Cette même année, il par­ti­cipe à la fon­da­tion de la revue de poé­sie ARPA, avec d’autres poètes d’Auvergne et du Bourbonnais, dont Pierre Delisle, qui fut un de ses plus proches amis.

Gérard Bocholier

D’autres ren­contres viennent éclai­rer sa route : celle de Jean Grosjean, puis de Jacques Réda, qui l’accueillent dans la NRF, où il publie des poèmes et où il devient chro­ni­queur régu­lier de poé­sie à par­tir des années 90. Il ren­contre aus­si Anne Perrier, grand poète de Suisse romande, avec qui il noue une ami­tié affec­tueuse et dont il pré­face les œuvres com­plètes en 1996 aux édi­tions de l’Escampette.

Il rem­porte le prix Voronca en 1979, pour Chemin de guet, puis le prix du poème en prose Louis Guillaume en 1987 pour Poussière ardente (Rougerie). En 1991, le Grand Prix de poé­sie pour la jeu­nesse du Ministère de la jeu­nesse et des sports lui est décer­né pour un manus­crit de poèmes pour enfants qui sera publié en 1992 dans la col­lec­tion du Livre de poche chez Hachette, sous le titre : Poèmes du petit bon­heur.

Devenu direc­teur de la revue ARPA, il col­la­bore éga­le­ment comme cri­tique de poé­sie à La Revue de Belles Lettres de Genève, au Chemin des livres, à Recueil puis au Nouveau Recueil. Il ras­semble cer­tains de ses articles dans un essai, Les Ombrages fabu­leux, aux édi­tions de L’Escampette en 2003. Il par­ti­cipe à plu­sieurs ouvrages col­lec­tifs, dont les cahiers 10 et 17 au Temps qu’il fait, consa­crés à Pierre-Albert Jourdan et à Roger Munier. Deux livres de poèmes pour la jeu­nesse sont encore publiés, aux édi­tions Cheyne, illus­trés par Martine Mellinette : Terre de ciel  et Si petite pla­nète.

Il entre dans la pres­ti­gieuse col­lec­tion des édi­tions Arfuyen en 2006 avec La Venue et en 2012 avec Belles sai­sons obs­cures.  En 2011, son livre de vers et proses, Abîmes cachés (L’Arrière-Pays), est cou­ron­né par le prix Louise Labé. Son enga­ge­ment reli­gieux se fait plus direct , il se consacre essen­tiel­le­ment à l’écriture de psaumes à par­tir de 2009 et publie chez Ad Solem : Psaumes du bel amour (2010), pré­fa­cé par Jean-Pierre Lemaire, et Psaumes de l’espérance (2012), avec un envoi de Philippe Jaccottet, récom­pen­sé par le prix François Coppée de l’Académie Française. D’autres livres de psaumes sont pré­vus chez le même édi­teur. Un essai paraît en 2014 chez Ad Solem : Le poème exer­cice spi­ri­tuel.

Il tient une chro­nique de lec­tures, Chronique du veilleur, depuis 2012, sur le site de Recours au poème.

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Didier Ayres est né le 31 octobre 1963 à Paris et est diplô­mé d'une thèse de troi­sième cycle sur B. M. Koltès. Il a voya­gé dans sa jeu­nesse dans des pays loin­tains, où il a com­men­cé d'écrire. Après des années de recherches tant du point de vue moral qu'esthétique, il a trou­vé une assiette dans l'activité de poète. Il a publié essen­tiel­le­ment chez Arfuyen. Il écrit aus­si pour le théâtre. L'auteur vit actuel­le­ment en Limousin. Il dirige la revue L'Hôte avec sa com­pagne. Il chro­nique sur le web maga­zine "La Cause Littéraire".