> À propos d’Ainsi parlait Rainer Maria Rilke

À propos d’Ainsi parlait Rainer Maria Rilke

Par |2018-06-03T16:10:53+00:00 3 juin 2018|Catégories : Critiques, Rainer Maria Rilke|

De grandes ques­tions.

À pro­pos d’ain­si par­lait Rainer Maria Rilke

 

Le recueil de dits et de maximes de vie de Rainer Maria Rilke que publient les édi­tions Arfuyen, nous confronte à de grandes ques­tions. Du reste, ce qui est frap­pant, c’est la luci­di­té de ces inter­ro­ga­tions. En effet les pro­pos de Rilke, qu’ils soient écrits direc­te­ment en fran­çais ou tra­duits avec beau­coup de trans­pa­rence par Gérard Pfister, reflètent une pro­fonde acui­té intel­lec­tuelle et morale. Nous allons avec le poète par­ta­ger les grands thèmes de notre culture, l’art, le pré­sent, Dieu, la vie ou la mort. J’ajoute que ce regard que porte Gérard Pfister à cette tra­duc­tion lim­pide et ce choix de textes, nous engage volon­tiers vers l’idéalisme (alle­mand ?) où une simple vision de curieux ne suf­fit pas. Il faut se rendre entier au lyrisme très sobre du poète. Et on se situe dès lors au sein de la Bible jan­sé­niste, le Livre des Proverbes ou le Livre de la Sagesse. Nous sommes en pré­sence d’un livre essen­tiel­le­ment spi­ri­tua­liste, ou du moins agi­té par un monde imma­té­riel.

Et l’on se trouve donc autant dans la Bible que peut-être dans Walter Benjamin ou Paul Valéry. Car le poète célèbre le mys­tère avec une lumière extra­or­di­naire. Et l’énigme reste entière dans sa puis­sance et sa com­plexi­té. Aussi, l’art autant que Dieu devient un sujet de dis­ser­ta­tion, un élé­ment de pure force et d’intellection, motif de ques­tion­ne­ment supé­rieur, qui nous adossent, nous abouchent à la méta­phy­sique.

Ce qui fait qu’une chose devient œuvre d’art, c’est une fré­quence plus haute qui sur­passe, de part sa nature, celle des objets d’usage ou des termes d’échange.

 

L’art m’apparaît comme l’effort d’un indi­vi­du, au-delà de l’étroit et de l’obscur, pour trou­ver une com­mu­ni­ca­tion avec toutes choses, les plus petites comme les plus grandes, et, dans ce conti­nuel dia­logue, de se rap­pro­cher des sources ultimes, dif­fi­ciles à entendre, de toute vie.

 

L’on peut peut-être se repor­ter à une cer­taine apo­lo­gie des ver­tus théo­lo­gales par exemple, ou de la reli­gion, du Dieu souf­frant et sur­tout de l’art. D’ailleurs ces frag­ments nous offrent à la fois la ques­tion et la réponse livrées dans leur carac­tère authen­tique et leur com­plexi­té.

Être aimé veut dire brû­ler. Aimer, c’est éclai­rer d’une huile inépui­sable. Être aimé, c’est pas­ser  ; aimer, c’est durer.

Le but de tout le déve­lop­pe­ment humain est de pou­voir pen­ser Dieu et la terre en une seule et même pen­sée. L’amour de la vie et l’amour de Dieu doivent coïn­ci­der au lieu d’avoir comme aujourd’hui des temples dif­fé­rents sur dif­fé­rentes hau­teurs  ; on ne peut prier Dieu qu’en vivant la vie jusqu’en sa per­fec­tion.

Nous savons peu de choses, mais qu’il nous faille nous tenir à ce qui est dif­fi­cile, voi­là une cer­ti­tude qui ne nous quit­te­ra pas.

Je cite beau­coup Rainer Maria Rilke pour faire jus­tice à l’auteur des Élégies de Duino au sujet de la grâce de son écri­ture. Dits et maximes de vie com­plètent très bien notre connais­sance du poète né à Prague, sachant que la lec­ture chro­no­lo­gique de ses tra­vaux relève d’une ques­tion impor­tante. Mais ici, l’on s’aperçoit que l’œuvre sui­vait son cours avec autant de majes­té et d’intelligence tout au long de son exis­tence.

Ainsi par­lait Rainer Maria Rilke, éd. Arfuyen, 2018, 14€

 

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Didier Ayres

Didier Ayres est né le 31 octobre 1963 à Paris et est diplô­mé d’une thèse de troi­sième cycle sur B. M. Koltès. Il a voya­gé dans sa jeu­nesse dans des pays loin­tains, où il a com­men­cé d’écrire. Après des années de recherches tant du point de vue moral qu’esthétique, il a trou­vé une assiette dans l’activité de poète. Il a publié essen­tiel­le­ment chez Arfuyen. Il écrit aus­si pour le théâtre. L’auteur vit actuel­le­ment en Limousin. Il dirige la revue L’Hôte avec sa com­pagne. Il chro­nique sur le web maga­zine “La Cause Littéraire”.

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