> Les Psaumes de Gérard Bocholier

Les Psaumes de Gérard Bocholier

Par | 2018-01-06T12:51:44+00:00 1 juin 2012|Catégories : Critiques, Gérard Bocholier|

Dans ce monde gou­ver­né par le bavar­dage des nano­se­condes de la prose géné­ra­li­sée, il est des édi­teurs pour défendre le pro­fond de l’humain, autre­ment dit la poé­sie. Et il est des poètes rares. Gérard Bocholier est de ceux là. Le poète, né en 1947, dirige la belle aven­ture de la revue Arpa, dont on doit recom­man­der la lec­ture à qui­conque aime la poé­sie en France : http://​www​.arpa​-poe​sie​.fr/. Bocholier est l’auteur d’une œuvre poé­tique remar­quable et jus­te­ment recon­nue, œuvre parue entre autres chez Rougerie, Cheyne ou Arfuyen. Le simple fait de citer ces mai­sons suf­fit à dire l’œuvre construite, leurs cata­logues étant par­mi les plus impor­tants de toute l’histoire de la poé­sie.

Des Psaumes du bel amour, Jean-Pierre Lemaire, dit en sa pré­face que l’on en « per­çoit comme le mur­mure des com­men­ce­ments, un mur­mure qui ne s’éteindra qu’au der­nier mot pour faire place au silence ». Et à la réso­nance en l’être lec­teur de ce qui vient d’être lu. Car Bocholier montre par son écri­ture com­bien la poé­sie n’est lit­té­ra­ture qu’en appa­rence. Elle est en réa­li­té une vibra­tion de l’ensemble d’un corps poète, depuis et en le poète. Et cette vibra­tion réson­nante s’étire de poète en poète, d’hier à aujourd’hui. C’est pour­quoi, en lisant ce livre, en pro­non­çant ces vers à voix haute ou en les mur­mu­rant, le lec­teur /​ diseur sent le lien, non pas avec ce que disent les mots, mais avec le réel qu’ils sont. Et ces mots qui disent la force du sacré, du cœur, de l’arbre vie en l’homme, ces mots disent le réel mas­qué der­rière les réa­li­tés mul­tiples essayant quo­ti­dien­ne­ment de nous faire croire qu’elles sont le vrai de la réa­li­té. En cela, la poé­sie est résis­tance par nature :
 

Il fal­lait gar­der l’empreinte
Inconnue par­mi les blés
Le vent lis­sait la louange
De ce ber­ceau de clar­té

L’empreinte au cœur nous allions
Aveugles par­mi les ronces
Vers notre abso­lue nais­sance
Guidés par les cris du vent

Il arrive par­fois que l’on dise et entende que la poé­sie n’existe plus en France. L’assertion est fausse. Elle ne vise qu’à cacher nos propres man­que­ments, le fait que col­lec­ti­ve­ment nous ne lisions plus de poé­sie. C’est une chose essen­tiel­le­ment ter­rible, et ter­ri­ble­ment révé­la­trice du monde dans lequel nous sommes plon­gés, monde meur­tri qui repousse le poème au large. On lira les Psaumes du bel amour, on lira des poèmes et l’on éloi­gne­ra de soi la méchante fausse réa­li­té du monde, le men­songe ins­ti­tué en tant que « vrai ».

Sommaires