> Huguette Bertrand, En quelques mots, elle est & autres poèmes

Huguette Bertrand, En quelques mots, elle est & autres poèmes

Par |2019-02-05T07:02:04+00:00 5 février 2019|Catégories : Huguette Bertrand, Poèmes|

 

EN QUELQUES MOTS ELLE EST

 

Dehors comme dedans

la lumière est par­tout

dans nos cre­vasses elle s’insinue

et rayonne dans l’ombre des tour­ments

et les brous­sailles du quo­ti­dien

elle est poé­sie dans les plaines

comme sur les bal­cons

agit dans la mémoire de l’essentiel

elle s’écrit

elle se dit

elle se chante

sur tous les tons

dans le main­te­nant

et le tou­jours jamais

sous nos pas désor­don­nés

Inutile de la cher­cher

elle est là dehors

et au-dedans

elle est

(2018)

 

 

D’OÙ ÇA VIENT ?

 

C’est le vent qui souffle

là où il veut

il souffle des silences

par­mi les bruits

et l’indigence

il souffle à tra­vers

les jours de pluie

et l’abondance

tou­jours il souffle

sur les peines

comme sur les joies

dans la tour­mente

comme dans la paix

sans relâche il souffle

des mots d’amour

échoués sur l’horizon

muet.

(Extrait « D’une rive à l’autre /​ Da Una Riva All’Altra », bilingue français/​italien, Éditions En Marge, 2017.

 

 

BONJOUR SOLEIL !

 

Ce matin

j’ai fait connais­sance avec le soleil

ses rayons et tout ce qui tourne autour

il me par­lait anglais

mais on s’est quand même bien com­pris

il m’a dit que si je me rap­pro­chais de lui

ma sagesse pour­rait rayon­ner davan­tage

sans besoin de sacri­fices pour ce ser­vice

Tellement géné­reux qu’il me pré­cise que

peu importe que je l’aime ou le déteste

je n’aurai pas le choix de le recon­naitre

puisque lui me ver­ra chaque jour de ma vie

Sa phi­lo­so­phie se tra­duit comme suit :

Il vit selon les lois de l’espace-temps

à la fois au-dedans comme au-dehors

telle une pen­sée limite et son infi­ni­tude

.

Il ter­mine me disant qu’il connait sa place

joue son rôle et qu’il accepte ce tra­vail

étant une lumière

IL EST LE SOLEIL

(2017)

 

 

FUGUES EN PEAU MINEUR

 

de maigres ins­tants gra­vitent autour de moi

cela s’éteint et cela s’allume cela court sur

l’écriture et n’en revient pas comme une

habi­tude qui s’effiloche n’en finit plus de

vou­loir s’échapper la vie en enton­noir fil­trée

dou­ce­ment sans bruit une fin d’histoire

sans suite

ce n’est ni blanc ni noir plu­tôt gris comme

de l’ombre cela s’aperçoit et repart c’est

intou­chable et cela se désire tant ce n’est pas

bête mais cela rend fou cela s’insère et

s’enserre laisse un goût fade parce que c’est

gris trop gris

quel inté­rêt pour le silence le por­trait du

par­fait silence exas­père la honte des siècles

cela fend l’air le temps l’espace et

cela s’use très len­te­ment le beau silence qu’on

enterre à la suite des cris dans le polaire de la

nuit

(extrait de « Par la peau du cri », Écrits des Forges, Trois-Rivières, Qc, Canada, 1988)

 

 

 

AS-TU REMARQUÉ….

 

As-tu remar­qué

les mots sombres

dans les jour­naux du soir

une traî­née de mots effi­lo­chés

pour les regards affa­més

de sen­sa­tions effi­caces

du matin jusqu’au soir

que même leurs nuits

et leurs rêves s’en gavent

jusqu’au réveil

réveil bru­tal d’un rêve apeu­ré

mots sombres pour déjeu­ner !

(2017)

 

 

CONTRACTIONS

 

Gicle la puis­sance des mots

à l’heure sombre

des cris des chants

et des tour­ments

de tous les pas­sés pré­sents

et à venir

quelques images intimes

portent les songes à peine nom­més

sur l’écran des mur­mures

s’éclatent en mou­ve­ments rebelles

à l’heure des soli­tudes

ces contrac­tions de l’Histoire

engendre la beau­té

quand l’oeil vibre tendre

dans le regard de l’autrement

Qu’on sonne aux portes

jusqu’aux aurores

qu’on sonne le glas du blues

érec­tion d’un mythe glo­ri­fié

retom­bant dans la nature des choses

(2017)

 

 

BRISE D’AUTOMNE

 

Allongée entre les paumes du quo­ti­dien

une femme de conni­vence avec le bon­heur

s’abandonne dans un fou rire

elle pose déli­cate

mou­lée dans ses parures

visi­tée par les sai­sons

ins­crite au calen­drier

des jours revus et cor­ri­gés

par le mou­ve­ment per­pé­tuel

du rythme des mots

que demain apai­se­ra

à minuit moins une

dès qu’un grand vent souf­fla

sur la peau de l’automne

elle prit la fuite

empor­ta une che­mise au hasard

en par­lant de ren­trer dans un por­trait de famille

sans ambiance

puis revint ran­ger sa ran­don­née

là où elle l’avait lais­sée

juste sous le ciel étoi­lé de son lit

elle rêvait tout sim­ple­ment

(2017)

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