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Jean-Luc Steinmetz, Suites et fins

Par | 2018-05-13T20:02:31+00:00 5 mai 2018|Catégories : Critiques, Jean-Luc Steinmetz|

Une poé­sie à fleur d’instant

 

Comment retrou­ver le vrai lieu, celui de l’instant, de la pré­sence et de la vie qui grouille de désir.
Nous sommes face à une poé­sie à fleur d’instant, entraî­née dans un irré­sis­tible cou­rant sans fin, « parle, parle comme si long­temps tu pou­vais le faire et que des siècles t’étaient don­nés », même si nous navi­guons sur l’océan de tous les doutes et de tous les pos­sibles, même si nous nous met­tons par­fois à l’unisson de la souf­france.

 

Jean-Luc Steinmetz,Suites et fins, Le cas­tor Astral, mai 2017, 160 p., 14 €.

Une phrase qui parle du sable qui s’écoule, com­ment n’aurait-elle pas rai­son ? 

Une phrase est le temps qui s’écoule, elle parle de la vie et de ses remous. Nous somme bien dans le livre du temps, d’un temps non linéaire, à l’image de l’écriture de l’auteur et de la feuille qui se replie, se chif­fonne, où dans les plis le temps d’après peut alors côtoyer celui d’avant, où les rêves et le réel se regardent l’un en face de l’autre.
Et l’être humain, où est-il ?

A cha­cun sa théo­rie, que ce soit celle du Big Bang ou du Grand Rêve, toutes ces expli­ca­tions ne seront tou­jours que par­tielles. « Écoutons les buis­sons d’étoiles », qu’allons-nous trou­ver ? L’auteur nous donne plus à vivre qu’à voir, dans ce par­cours mul­tiple qui passe d’une branche à l’autre pour par­cou­rir l’arbre infi­ni de la vie. Ce livre est trop riche pour le résu­mer en quelques lignes, les rhi­zomes donnent nais­sance à d’autres rhi­zomes qui tissent une toile com­plexe par­fois impré­vi­sible, au-delà du monde du visible.

Que nous dit-il fina­le­ment ? Apprendre à voir et à entendre, à sen­tir et à pen­ser, à étu­dier et à savoir…A vivre et à mou­rir : une des grandes mis­sions de la poé­sie. Et à ouvrir les portes du châ­teau inté­rieur où à chaque pièce, une autre porte s’ouvre, indé­fi­ni­ment jusqu’aux étoiles les plus loin­taines.

Alors les sou­ve­nirs s’entrechoquent, sou­ve­nirs d’amour, de mort, d’enfance, de rési­lience, d’été et d’hiver, de métal et de chair, d’os et d’or, jusqu’à la der­nière séance ! Nous fai­sons un grand voyage dans l’espace et dans le temps où des enfants « marchent sur l’enfer de la marelle, où on lisait sur le « tableau noir énon­çant la morale », jusqu’aux pre­miers émois, « les sou­ve­nirs éten­dant d’est en ouest leurs ailes ». Nous sommes entraînes dans un laby­rinthe de sen­sa­tions et de rémi­nis­cence mais au lieu de cher­cher la sor­tie, nous goû­tons au plai­sir de se perdre, de déam­bu­ler dans un uni­vers dis­pa­rate et par­fois dérou­tant, pour finir avec l’amour et la poé­sie, les deux pou­mons qui nous font vivre, pour mieux res­pi­rer, pour que le temps devienne moins lourd, sou­le­vé par le vent.

Dans « la nuit qui nous mène plus loin que le som­meil », il faut tenir sur cette terre pour ne pas être éjec­té trop tôt, savoir recon­naître un merle qui s’envole, la cloche qui tinte au milieu de nulle part, presque inhu­maine, et les algo­rithmes des grandes villes.

 

Quelle est cette poé­sie, insai­sis­sable, intran­si­geante, main de sable et visage de lumière ?


Qui n’accepte pas la sou­mis­sion, les forces des­truc­trices, la souf­france gra­tuite, peut-être un leurre, une uto­pie, à moins que ce soit le cœur même de l’humanité… La parole va-t-elle dis­pa­raître au pro­fit de l’image ? La poé­sie c’est le verbe mais aus­si des allé­go­ries, des sym­boles, des méta­phores, dont il faut certes se méfier pour ne pas se perdre, reflets de l’inconscient, au plus pro­fond de l’être, donc intra­dui­sible en repré­sen­ta­tion, même si c’est la plus per­for­mante tech­ni­que­ment. La poé­sie ne part pas des yeux mais d’un monde sou­ter­rain qui remonte à la sur­face pour révé­ler les véri­tés pro­fondes.

Fort d’une grande culture jamais appa­rente, Jean-Luc Steinmetz réus­sit, dans un creu­set bouillon­nant, à réunir mémoire et oubli, consti­tuant un alliage d’une résis­tance inéga­lable, puisqu’il s’agit de l’écriture et de la vie.

A la fin, il tire le rideau, mais on attend qu’il se relève !

 

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Eric Jacquelin

Membre du comi­té de la Société des Poètes Français
Président du jury de la Baie en Poésie (Mont Saint-Michel)

Site poé­sie : eric​jac​que​lin​.over​-blog​.com
Site pho­tos : www​.eric​jac​que​lin​.com

Recueils édités

  • Je parle si bas que seule la lumière peut m’entendre, Edition La Nouvelle Pléiade – 2011 – 1er prix de la Principauté d’Orange
  • Les rêves de la méduse, Edition la baie en poé­sie – 2010 – 1er prix de la baie du Mont St Michel
  • Lointains, édi­tions LGR, 2000
  • Anthropophages, édi­tions LGR, 1996
  • Crinières des rêves, Chambelland, 1989

Recueils primés non édités

  • Le front contre le ciel, 3ème prix de la ville d’Arles et 2ème prix Tavel-Avignon, pre­mière par­tie édi­tée dans la sélec­tion annuelle de Tarabuste (2009)
  • L’arbre et la mer a obte­nu le 3eme prix de la ville de Pau (2012)

Revues et Anthologies

Participation à des revues : Tarabuste, le cris d’os, Phréatique…
Anthologies : Triages, Flammes Vives, Société des Poètes Français, Editions Robin

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