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Marie-Claire Bancquart, Terre énergumène

Par |2019-12-21T19:11:48+01:00 20 décembre 2019|Catégories : Critiques, Marie-Claire Bancquart|

Dans ce livre qui est la réunion de plu­sieurs recueils, les âmes vaga­bondes nous attirent, leurs corps viennent se réchauf­fer contre le cœur des oiseaux. Au milieu des visages, des arbres, de la mémoire et du temps qui passe, c’est un voyage qui inau­gure les poèmes, un voyage inté­rieur qui navigue entre les murs, les feuillages, les mon­tagnes, les voix, et même si l’Europe est déri­vante, les humains accou­dés aux branches des étoiles ont encore soif d’inconnu et de bon­heur.

Marquée par une grave mala­die dans son enfance, Marie-Claire Bancquart oscille entre la peur de vivre et l’amour des êtres dans leur fra­gi­li­té native et leur volon­té exis­ten­tielle. Cette âme errante a des lieux, dans des villes ouvertes ou des chambres closes, aus­si dans le silence de la nuit qui est une porte de la terre où le monde maté­riel est omni­pré­sent, où, « sur l’échine de cette terre », on sent les dents du vent qui nous mord, et bien que la mort nous accom­pagne sou­vent, ce sont des perles de vie que l’on retient pré­cieu­se­ment dans ses mains.

Peut-être, au cœur de ce dis­cours poé­tique, y-a-t-il un pes­si­misme vis­cé­ral, voire un déses­poir pro­fond, mais ce vide vers lequel on est pous­sé n’est-il pas le reflet de notre monde ? Heureusement, au centre de cette fra­gi­li­té pri­mi­tive per­siste un élan vital, une forme de résis­tance : « vivre n’est jamais pauvre ». Et le cœur se sou­lève, pareil aux marées, et nous visi­tons les mys­tères de l’autre rive, pour sen­tir, au creux de nos mains pâles, le pol­len d’un « outre-fleuve ». Maintenant que « les dieux parlent avec le regard » et que « le temps a pris ses dis­tances ».

Marie-Claire Bancquart, Terre éner­gu­mène, Poésie Gallimard, jan­vier 2019.

 

Sommes-nous en exil de nous-mêmes ? Le Christ, Antigone, Ulysse, Lazare, Icare, Isis et bien d’autres rôdent entre les lignes noires, nous tri­ons et nous ran­geons ces papiers anciens avec quelques pho­to­gra­phies qui parlent de notre vie éphé­mère et des ami­tiés per­dues qui s’effacent peu à peu de notre mémoire. Comment vaincre cette déper­di­tion ? En émiet­tant les secondes, en pre­nant de longues vacances au fond d’une forêt ori­gi­nelle, alors que « nos mots sont comme des oiseaux les­tés ».

La der­nière par­tie, « Terre éner­gu­mène », com­mence par un « il » mys­té­rieux, une île peut-être, celle de la soli­tude à la fin de la vie, avec une « pierre à bon­heur » dans une poche, et la « nécro­lo­gie du jour­nal » dans l’autre. Nous sommes deve­nus des « rois gris », sans cœur et sans idéal, en état de siège de la peur, et le monde phy­sique domine, « les billets de banque sont frap­pés de mots incon­nus », « l’histoire s’est déchi­ré ». Prenons à pleine main la minute qui coule comme un fruit mûr.

A l’intérieur de l’absence il y a une absence, dans le rêve un autre rêve, et le temps tra­verse le corps, et on tremble, voi­là com­ment attendre la mort, en habit de céré­mo­nie ! Sous le chêne cen­te­naire, là où un petit oiseau fait encore une ombre, où une petite musique poé­tique brille de mille et un feux !   

Présentation de l’auteur

Marie-Claire Bancquart

1932-2019. Professeur émé­rite à la Sorbonne, auteur de nom­breux essais cri­tiques, plu­sieurs fois pri­mée pour cette acti­vi­té, roman­cière,  et poète. Une tren­taine de recueils de poèmes publiés entre 1967 (Mais) et 2017 (Figures de la terre)  par­mi les­quels :  Avec la mort, quar­tier d’orange entre les dents, Obsidiane, 2007 ; Terre Énergumène, Le Castor Astral, 2009 ; Explorer l’incertain, L’Amourier,2010. Une antho­lo­gie : Rituel d’emportement, le Temps qu’il fait/​​Obsidiane, 2002… et l’anthologie qui lui est consa­crée dans la col­lec­tion Poésie/​​Gallimard, en 2019 : Terre éner­gu­mène et autres poèmes (pré­face d’Aude Préta-de Beaufort).
Sur sa poé­sie , un essai de Pierre Brunel et Aude Préta-de Beaufort,  A la voix de Marie-Claire Bancquart Le Cherche-midi, 1996)un livre de Peter Broome, In the Flesh of the Text, The Poetry of Marie-Claire Bancquart, Rodopi,2008 ; un col­loque à Cerisy-la-Salle, 3- 10 sep­tembre 2011, Marie-Claire Bancquart, dans le feuillage de la terre,  sous la direc­tion de Béatrice Bonhomme, Jacques Moulin et Aude Préta-de Beaufort, publié en 2012 (Berne,  Peter Lang),  

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Eric Jacquelin

À pro­pos de Eric Jacquelin Membre de An Amzer Poésie Président du concours de Poésiz Leclerc/​An Amzer Site poé­sie : http://​eric​jac​que​lin​.over​-blog​.com Site pho­tos : www​.eric​jac​que​lin​.com Recueils : CRINIERES DES REVES, Chambelland, 1989 ANTHROPOPHAGES, édi­tions LGR, 1996 LOINTAINS, édi­tions LGR, 2000 LE FRONT CONTRE LE CIEL, 2009 3ème prix de la ville d’Arles et 2ème prix Tavel-Avignon, pre­mière par­tie édi­tée dans la sélec­tion annuelle de Tarabuste LES REVES DE LA MEDUSE, la baie en poé­sie, 2010 1er prix de la baie du Mont St Michel JE PARLE SI BAS QUE SEULE LA LUMIÈRE PEUT M’ENTENDRE , La Nouvelle Pléiade, 2012 1er prix de la Principauté d’Orange L'ARBRE ET LA MER, 2013 3eme prix de la ville de Pau LA MORT DU POISSON A PLUME, 2015 Prix Blaise Cendrars de la ville de Vannes PRIMITIVES , La Nouvelle Pléiade, 2019 Revues et Anthologies : Participation à des revues : Tarabuste, le cris d’os, Phréatique, Recours au poème… Anthologies : Triages, Flammes Vives, Société des Poètes Français, Editions Robin… Organisation du prin­temps des poètes au châ­teau de Kergroadez, près de Brest, avec des poètes amis, Jean-Pierre Boulic, Gérard Le Gouic, Gwen Garnier-Duguy, Louis Bertholom, Eve Lerner et bien d’autres.